Emmanuelle Nuncq

Romancière à deux visages, couturière rêveuse et plein d'autres choses encore.

Mot-clé - Porcelaines

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Vous serez immortelle

Pour mon 200ème billet, j’offre gracieusement à mes si nombreux lecteurs ( :p ) la première partie de “Vous serez Immortelle”, nouvelle qui sera publiée dans l’Anthologie de Trolls et Légendes 2013! Le thème en est le semi-homme, et si je ne suis pas hors-sujet, je me suis quand même pas mal éloignée du hobbit auquel j’ai évidemment immédiatement pensé^^ J’ai écrit cette nouvelle environ une semaine avant la date limite… Cétait comme une dissertation, j’ai séché sur une copie blanche, attendu le dernier moment et tout m’est venu tout seul :) Je n’avais pas prévu de réutiliser le thème que l’on trouve dans “Porcelaines”, mais je crois qu’il me tient à cœur ;) On m’a fait remarquer que je faisais encore référence à Tim Burton, notamment à Edward aux mains d’argent, ainsi qu’au XIX ème siècle… et que j’utilisais encore une fois Sarah Bernhardt comme personnage (là il faut me connaître depuis longtemps pour savoir dans quoi ;) ) C’est vrai. Je crois que ce sont des thèmes qui sont en moi et que, comme pour Bordemarge, mes références débordent quand je me mets à écrire sans forcément me demander “est-ce que je l’ai déjà fait?”  ou “Est-ce que c’est original ” :) Le sujet ne l’est peut-être pas, mais la forme, oui: je n’avais encore jamais écrit au présent! Et je me suis vraiment amusée, je crois que c’est surtout ça qui compte :D



Vous serez immortelle

- Paris, 44 rue des Dames, 24 décembre 1887 -


Vu de l’extérieur, avec ses deux pans de carreaux sales enchâssés dans un bois déverni par la pluie, « L’Atelier Merveilleux » semble minuscule et sombre, mais dès qu’il en pousse la porte, le client se retrouve dans un tout autre monde, beaucoup plus grand, plus riche, chargé de promesses. Aujourd’hui, le client est une cliente, et elle sourit en refermant la porte, si basse qu’elle a dû se pencher pour ne pas abîmer son chapeau.

La clochette de l’entrée tinte doucement, un bruit de porcelaine cassée se fait entendre dans le fond. Sarah sait pourtant ce qu’elle va trouver à l’intérieur de la boutique, mais cela continue de l’étonner. Elle observe le mur de gauche, couvert de cadavres de poupées à qui il manque toujours quelque chose : œil, dents, bras, ou même tout le corps. Elle est habituée à ce que ces centaines d’yeux la fixent, et cela fait longtemps qu’elle ne se sent plus mal à l’aise. Il s’est passé dans cette boutique des choses bien plus étranges. Elle serre pourtant le paquet qu’elle apporte contre son ventre, peut-être pour qu’il la protège, ou tout simplement parce qu’il est précieux.

Le mur de gauche est caché par un rideau de velours qui, autrefois, a dû être rouge. Aujourd’hui, il tire plutôt vers le marron sale, tant il est vieux et décoloré par le soleil. À sa barre sont pendues, par leurs fils, des marionnettes. Il n’y a que deux personnes ici, et pourtant elle a la sensation qu’ils sont toute une salle de spectacle. Il faut passer des amoncellements de jouets cassés et des piles de livres pour atteindre l’autre côté de la boutique.

Derrière un grand bureau acajou, dont le pan externe était autrefois le mur d’une roulotte, et sur lequel on peut encore lire « E. Werner, marchand ambulant, jouets de première qualité », se trouve le propriétaire des lieux, monsieur Edgar Werner en personne. Il a levé sa tête dégarnie quand il a entendu la clochette de la porte d’entrée, et sourit en voyant la femme qui s’avance vers lui. Ses moustaches grises, qu’il a imposantes et cirées, se soulèvent jusqu’à ses yeux et se confondent un instant avec le cerclage de ses lunettes. Sa cliente avance entre les obstacles, manque de faire tomber un arrivage tout neuf de Jules Verne avec sa tournure, et se penche au-dessus du bureau pour embrasser son vieil ami. Monsieur Werner a les oreilles qui rosissent, et remonte d’un geste sec ses lunettes rondes sur son nez :

— Bonjour, ma divine, la salue-t-il. Qu’est-ce qui vous amène ?

— J’ai un bras cassé, dit-elle en serrant le petit paquet sur son estomac.

Le restaurateur de jouets se lève et fait difficilement le tour de son bureau. C’est qu’il a un ventre proéminent, qu’on ne remarque guère quand il est assis. Il va jusqu’à la porte, sans toucher le moindre objet, et tourne la pancarte pour qu’elle affiche « Fermé » aux éventuels clients, même s’il paraît évident qu’il n’y en aura aucun. Il est midi, et ils ne sont jamais vraiment nombreux, ceux qui veulent faire réparer leurs jouets à la veille de Noël.

Monsieur Werner retourne à son bureau aussi élégamment qu’il en est parti, tel un danseur, évitant les murs de bimbeloteries comme s’il s’agissait de fleurs précieuses à ne pas écraser. Mademoiselle Sarah n’a pas bougé, elle se contente de tourner une boucle d’un auburn profond autour de son doigt. La boutique de monsieur Werner est le seul endroit où elle sait être patiente. C’est peut-être parce que le calme et la sérénité du vieil homme se diffusent en elle. Ou parce qu’il a toujours trouvé des solutions à ses problèmes.

Le restaurateur ramasse la tête qu’il a fait tomber par surprise au moment où sa cliente préférée est entrée. Elle est brisée en trois morceaux, qu’il tient en coupe entre ses mains potelées comme s’il s’agissait d’un oiseau blessé. Il écarte le rideau rouge en gardant les mains tendues devant lui, et tous deux, sous la sarabande des pieds des marionnettes qui s’entrechoquent, entrent dans une pièce qui n’a rien à voir avec celle que l’on peut distinguer depuis la rue. Ici, tout est propre, les murs sont d’un bleu lavande immaculé, et au milieu de ce qui semble être un laboratoire, trône une paillasse en carrelage blanc, aux extrémités couvertes d’instruments de chimie. Quand monsieur Werner pose la tête en porcelaine entre les flacons de verre, celle-ci est intacte. Sarah dépose avec précaution son paquet sur la paillasse et se débarrasse de son grand manteau noir, ainsi que de son chapeau, qu’elle laisse par terre, à l’endroit même où elle se déshabille. Il n’y a pas de chaise ni de porte-manteau ici, et elle a pris l’habitude qu’une domestique empressée devance toutes ses demandes. Monsieur Werner la regarde et la trouve très jolie dans sa robe de soie rose. Sans le bras gauche qui lui manque, elle serait parfaite. Il ajuste ses lunettes et veut regarder la blessure de plus près :

— Je peux ? demande-t-il poliment en faisant mine de défaire sa manche en dentelle.

— Je vous en prie.

De son bras valide, Sarah délace habilement sa robe, tire sur le tissu pour dégager ses épaules et laisse tomber le bustier, montrant son corset sans aucune pudeur. Monsieur Werner l’a déjà vue nue. Il suit du doigt une couture, le long de son épaule en chevreau blanc, aussi douce que de la peau humaine. La fixation est toujours bien en place, mais elle ne soutient plus le bras, juste quelques tessons de porcelaine.

— Comment vous êtes-vous fait ça ? Demande-t-il.

— En sautant du parapet dans Tosca hier soir, explique-t-elle.

Monsieur Werner se recule, surpris :

— Sur scène ?

— Personne n’a rien vu, le rassure-t-elle. J’avais de longues manches serrées, et c’était le final. Je suis rentrée directement, et j’ai filé chez vous à la première heure.

Monsieur Werner sourit :

— Il est l’heure du déjeuner.

Elle fait une moue :

— C’est la première heure… de l’après-midi.

— Allongez-vous, lui ordonne-t-il.

Sarah maugrée :

— Quand installerez-vous quelque chose de plus confortable ?

— Je ne travaillerais pas bien si vous étiez allongée dans un de vos cercueils, plaisante-t-il.

— C’est très froid.

— Pourquoi me faire remarquer cela, puisque vous ne ressentez rien ?

Elle sourit et répond, évasive :

— Je ne sais pas, pour paraître vivante ? J’ai pris l’habitude de feindre ce genre de choses.

Mais quand elle s’allonge enfin, ses formes ne s’écrasent pas sous son poids. Elle reste une statue en cuir et en porcelaine, très droite, qui n’a rien d’humain. Ses yeux se ferment mécaniquement.

— Ce n’est pas très beau, ce que vous avez fait là, constate-t-il en déballant le bras de son paquet, prenant les morceaux entre ses doigts.

À l’exception de l’attache qui est brisée, c’est un bras magnifique, à la main finement ciselée, mais malheureusement inerte. Il se dit qu’il a vraiment exécuté du beau travail, autrefois, et que c’est dommage qu’elle n’y prête pas plus attention.

— Je suis désolée, s’excuse-t-elle, comme si elle lisait dans ses pensées.

Il explique :

— Il y a plusieurs gros morceaux. Il vaudrait mieux que je refasse un bras neuf… Seulement…

Elle tourne son visage pâle et parfait vers le sien, les yeux toujours fermés :

— Seulement ?

— Eh bien…

— N’hésitez pas !

Il baisse la tête, honteux :

— J’ai eu une inondation dernièrement. Les moules d’origine ont pris l’eau.

Elle se relève, horrifiée, et ses yeux se rouvrent. Son mouvement est abrupt, digne de celui d’un vampire sortant de sa tombe :

— Pardon ? Ce n’est pas possible ! N’y a-t-il aucun moyen de les refaire ?

Il soupire :

— Mademoiselle Sarah Bernhardt, vous êtes ma plus belle création. J’ai travaillé plus de dix ans entre votre conception et le premier vers que vous avez prononcé. Est-ce que vous voulez vraiment mettre votre carrière entre parenthèses maintenant, et pendant tout ce temps ? Ne saurez-vous vous contenter d’une réparation sommaire ? Nous savions tous les deux que ce moment allait arriver.

Sarah détourne la tête et regarde dans le vide. Son beau profil, que monsieur Werner a modelé d’après des statues grecques, se découpe comme un camée sur le mur bleu.

— Non, je ne le savais pas. Disons que… J’avais oublié, et que je ne tenais pas particulièrement à ce que vous me le rappeliez. Pas maintenant, en tout cas. Vous m’aviez promis que je serais immortelle.

— Vous le serez. Seulement, ce n’est pas mon cas.

Elle le regarde tristement. Pour un peu, il croirait voir apparaître des larmes dans ses yeux de cristal :

— Je ne veux pas disparaître comme ça. Je ne suis pas destinée à tomber en morceaux.

— Je peux tenter une réparation. Vous devrez rester toute la nuit chez moi.

— Cela, je suis prête à le faire.

— Mais elle se verra. Cela fera un bourrelet plus épais. Comme un bracelet égyptien, mais en bandelette de momie, tente-t-il d’expliquer à sa manière.

Il se gratte la tête, se demandant si elle a compris, et si elle va accepter d’être déformée. Il connaît son narcissisme. Contre toute attente, elle éclate de rire en serrant son bras cassé contre sa poitrine :

— Alors, je mettrai les grandes manches bouffantes à la mode !

Elle se rallonge, ferme les yeux, et monsieur Werner prépare ses instruments. Par la fenêtre de « L’Atelier Merveilleux », il voit les premiers flocons de neige de l’année tomber, et dans le laboratoire silencieux, le rire de l’actrice résonne encore dans son esprit comme un grelot.

Interview sur Babelio

Pour mon 100ème billet, hop, une bonne nouvelle!

Une interview de moi est parue sur Babelio, menée par Guillaume Teisseire, qui a fait partie du jury du Prix du premier Roman. Et elle est cool, cette interview, en tout cas, j’ai adoré les questions :)

Article dans le Vosges Matin du 8 juin 2011

Ouaaaah le bal artiiicle!

(Et la belle photo aussi hi hi, qui date du Livre sur La Place de l’an dernier).

Merci à Charlotte de l’avoir écrit, et à Julie de me l’avoir envoyé!

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Article sur "Porcelaines" et son prix dans l'Express 27 mai 2011

On peut trouver le lien sur l’article en ligne ici:

Article en ligne

En espérant qu’il reste longtemps, et sinon, voilà l’image que j’ai réussi à obtenir!


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Prix du Premier Roman 2011

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, et autres trolls,

Je suis toute fière de vous annoncer que j’ai eu le “Prix du Premier Roman en ligne” pour Porcelaines, mon premier roman donc, et que ce joli prix m’a été remis lundi 23 à 19h.

Porcelaines est un roman que j’ai porté pendant presque deux ans et auquel, malgré ses innombrables défauts, je tiens beaucoup. Grâce à lui j’ai rencontré plein de gens chouettes, j’ai eu mes premiers lecteurs, mes premiers fans, mes premières critiques, mes premières séances de dédicace, mon premier Livre sur la Place, et surtout, mon premier PRIX Littéraire!!

Voici les critiques auxquelles j’ai eu droit:

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Article de Vosges Matin - 24 mars 2011

Hier, surprise! Mes collègues lisent le journal et me disent: “Tiens, t’es dedans!” “Ouais c’est ça, arrête de raconter des conneries!” Et en fait, c’était vrai! Je ne sais pas qui l’a écrit mais je le trouve cool! C’est ma première “critique” et en plus, on voit que la personne l’a lu! Ce que je trouve encore plus génial, c’est de me dire que c’est quelqu’un que je ne connais pas qui l’a fait et surtout, sans que je l’ai demandé, pas comme le premier du mois d’août ;) 

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