Emmanuelle Nuncq

Romancière à deux visages, couturière rêveuse et plein d'autres choses encore.

Mot-clé - La Laitière

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Paysanne pour l'Ommegang

Cette année, je participe pour la seconde fois à l'Ommegang ! L'an dernier était vraiment une expérience géniale : avec mon groupe nous avons fait les villageois qui dansions sur la grand'place de Bruxelles. J'avais utilisé mon costume de la Laitière mais sans les manchons ni le tablier, et j'avais changé de coiffe. Cette année, je vais me faire un costume exprès pour, en tenant compte des soucis que j'avais eus. Par exemple, le bustier avec des manches ainsi que la chemise à col haut étaient beaucoup trop chauds (ça se passe début juillet), alors j'ai décidé de faire une chemise décolletée et un bustier sans manches.

17 mars 2018 :

Comme hier on a regardé "Le retour de Martin Guerre" qui m'a l'air très bien documenté question Histoire, et que ça se passe en 1542 (et l'Ommegang en 1549 !) j'ai bien regardé tous les costumes et j'ai commencé une chemise beige comme un des costumes de Nathalie Baye. (Après tout, c'est vrai qu'un blanc pur, pour une paysanne, est peut-être un peu utopique) Elle est basée sur le patron d'une tunique "Aerin". Comme ça les manches sont parfaites, j'ai simplement allongé le tout en l'évasant.

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Là ça ne donne pas grand chose, mais déjà avec un biais et un cordon en haut, c'est mieux !

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Pour finir, j'ai ourlé les manches, qui se ferment également par des cordons, puis je l'ai essayée avec la jupe de la Laitière.

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Ensuite j'ai commencé un bustier avec un décolleté carré. J'ai repris le patron d'un autre bustier réalisé il n'y a pas longtemps, et je l'ai allongé :

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Au départ il était sensé être seulement marron, mais en fait je me suis dit qu'en faisant la doublure d'une autre couleur, il serait reversible et que ça me permettrait de changer ma tenue !

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L'autre côté sera donc rouge ! Et là, j'ai essayé une décoration avec un bout de biais.

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Je préfère la première couleur, mais malheuresement je n'en avais pas assez, alors j'ai acheté un biais plus rouge chez Veritas.

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18 mars :

Ce soir, devant "La machine à explorer le temps" (le récent, avec Jérémy Irons), j'ai cousu un ruban doré sur le côté rouge, une ouverture de manche ainsi que trois anneaux pour pouvoir le fermer ! C'est un peu long, mais ça vaut le coup :)

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19 mars :

J'ai terminé devant "Dangerous beauty" ! Si les costumes sont beaux, ce film est quand même bien mièvre et bien américain... Mais il m'a donné plein d'idées pour ma garde-robe Renaissance !

Pour finir, il restait donc les anneaux, le repassage et le laçage. Voilà le côté rouge :

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Et le côté marron !

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Féminisme et costumes historiques : 400è billet !

Depuis longtemps, j’ai pu remarquer que féminisme et reconstitution historique, sous quelque forme que ce soit, ne font pas bon ménage. Au début, cela ne m’a pas trop dérangée, parce que je n’avais pas encore commencé ce processus de questionnement, et que j’étais comme la plupart des femmes qui font du costume historique, d’abord attirée par les belles robes. Elles me donnaient l’impression d’être une « princesse », et de réaliser un fantasme de petite fille en les revêtant (le syndrome de la jupe qui tourne, sans doute^^).

Sauf que, avec les années, ce milieu m’exaspère de plus en plus. Alors certes, reconstruire l’Histoire, c’est reconstruire aussi la condition de la femme, mais il y a d’autres moyens de s’investir dans cette passion sans pour autant reproduire tous les schémas et clichés d’antan ; et c’est malheureusement ce que font une très grand majorité des reconstitueurs. Très souvent d’ailleurs, ils ne recréent qu’une infime partie de l’Histoire, celle, glamour et fantasmée, qu’on entrevoit dans les films, et qui tourne à la parodie. Sous couvert de nostalgie, de regrets de ces « bonnes manières qui se sont perdues aujourd’hui », ils et elles perpétuent des comportements qui feraient horreur à n’importe qui pour peu que l’on porte des jeans et des t-shirts 2010. Me retirer la chaise pour m’aider à m’assoir, très bien, vu que ma crinoline m’en empêche (ce pourrait cela dit être aussi une femme qui m'aide), mais voir qu’on ne s’adresse qu’à l’homme du couple parce que sa femme n’est qu’un accessoire, me voir méprisée parce que j’incarne une domestique , ou regardée de haut parce que ma robe ne porte pas la quantité requise de falbalas et de colifichets : non merci.

De plus, les costumés ne choisissent pratiquement pas de milieux ou de personnages populaires (à part peut-être en danse folklorique). Il s’agit en général de recréer des cours royales, des salles de bal de l’aristocratie ou des régiments glorieux : je n’ai vu que rarement (à part peut-être pour le Moyen Âge, plus ouvert) des paysans, des serviteurs, des petits artisans. La plupart des bals ne sont souvent que le prétexte à une débauche de froufrous et de bijoux pour ces dames, d’uniformes médaillés pour ces messieurs. À la journée Grand-Siècle de Vaux-le-Vicomte, vous compterez bien plus de duchesses et de marquis clinquants que de laquais ou de lavandières, et ce toujours dans un style XVIIIe brillant et extravagant, quand bien même il s’agit d’une journée XVIIe et que la frange de la population qui pouvait à l’époque s’habiller en soie et broderies était infime.

Mais ce qui m’énerve davantage — car après tout, il est de bonne guerre, au fond, de vouloir paraître sous son plus beau jour le temps d’une soirée — c’est de voir des classes sociales se recréer au sein de ces costumiers et reconstitueurs. En effet, si vous avez l’intention d’arborer la plus belle robe de la parade, il vous faudra évidemment un beau tissu, et en quantité suffisante : pour une robe de cour 1760 pleine de ruchés, comptez au minimum dix mètres de soie ; et ça, moi, je ne peux pas me le permettre. Le monde du costume est donc non seulement un milieu de riches, car il faut du temps et de l’argent si l’on veut se consacrer à cette passion (costumes, billets d’entrée, déplacements, jours de congés ne sont pas accessibles à tous), mais plus encore, le milieu d’une nouvelle aristocratie autoproclamée. Combien de royalistes (mais oui !) ai-je pu croiser, ainsi que de descendants de nobles qui se croyaient encore au temps où les titres valaient quelque chose !

Comment être féministe dans un milieu dont le rêve repose sur la reconstitution d’une inégalité sociale, et où être une femme revient, encore et toujours, à privilégier l’apparence ?

Déambuler en robe inconfortable sans rien faire d’autre que m’exhiber pendant une demi-journée, et recueillir les compliments de tous, ou être costumée en homme ou en paysanne pour pouvoir m’amuser et me faire regarder de haut, voilà globalement le choix qui s’offre à moi. Et c’est encore pire depuis que je suis en couple et que nous allons à deux à ce genre d’événements, peut-être parce que nous correspondons davantage à ce qu'on attend de reconstitueurs.

Les dernières déceptions que j’ai vécues lors d’événements costumés m’ont fait beaucoup réfléchir à ce problème, suffisamment important à mes yeux pour que j’envisage d’arrêter (sauf les spectacles de mon atelier de danses anciennes^^). Alors, comme il est impensable de changer ce milieu de l’intérieur et que je n’ai pas non plus vraiment envie d’arrêter, je vais continuer à faire du costume, mais en m’amusant et en gardant mes valeurs. Pour cela, j’ai tenté de trouver des solutions. Je ne sais pas si elles sont les meilleures, mais au moins, je vivrais ce hobby à ma manière.

  • Tout d’abord, je vais arrêter de faire des princesses et des aristocrates emplumées (ce que j’ai déjà un peu fait ces derniers temps). Je suis loin d’être une jeune femme gracieuse ou une jolie potiche, et donc, exit les perruques et la représentation d’une ancienne noblesse que je n’adule pas.
  • Ensuite, je ferai, si possible, des personnages historiques intéressants et féministes. Hervé s'est ainsi amusé à me rédiger une liste d'une vingtaine de femmes qui ont fait autre chose dans leur vie que de naître avec une cuillère dans la bouche. Lors d’un dernier salon, j’étais costumée en Amelia Earhart, l’aviatrice : voilà quelqu’un de chouette à incarner ! Et au moins, on peut bouger dans un pantalon :) Pour la foire du Livre de Bruxelles, je serai une suffragette : là, je pourrai même allier féminisme et élégance, puisque la ligne 1910 est ma préférée.
  • Et enfin, je ne ferai quasiment plus de strictement historique. Maintenant que j’ai relevé le défi et que je sais que je suis capable de reproduire une robe de tableau ou d’après un ancien patron, je ne vois plus l’intérêt de coudre tout à la main ou de se faire chier à broder des boutonnières (excepté pour une conférence, comme celles sur la mode au temps de Jane Austen que j’ai données dernièrement). Je veux laisser libre court à mon imagination ! Ainsi, pour un prochain bal 1800, je porterai une robe dont la ligne sera bien d’époque, mais pas les tissus ni les accessoires.

Éventuellement, une des solutions serait que je crée ma propre association de reconstitution : avec un salon littéraire du Directoire, une corporation de dentelliers/drapiers du XVIIe ou un laboratoire scientifique de 1880 par exemple, il y aurait moyen de revivre l’Histoire sans trop de clichés. Mais ça, c’est une idée qui ne prendrait pas corps avant très longtemps…

En attendant, le mot d’ordre sera : du costume historique oui, mais fun et féministe !

La Laitière de Johannes Vermeer

Cette année, pour la troisième fois consécutive, je vais à la journée Grand Siècle à Vaux-le-Vicomte ! Avec Falang, qui me l'a fait découvrir, et Mr Perfect, nous avons décidé de participer au concours de costumes. Nous serons un groupe de personnages de Vermeer, et moi la Laitière ! Nous avons décidé de ça suite à plusieurs critères : d'abord le peintre qu'on aime beaucoup tous les trois, le XVIIè forcément, puis le confort, le coût des matériaux, l'originalité, et le fait qu'on vienne du peuple, histoire de faire la nique à tous les aristos enfarinés et emplumés qui seront présents ce jour-là :P

J'ai réuni tout le matériel, excepté la cruche ^^

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17 avril 2017 :

J'ai commencé par le plus simple, à savoir le tablier :D

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C'est un bête rectangle de tissu ourlé, avec un lien. Seul le lien est cousu à la machine, le reste est fait à la main ! J'ai décidé pour ce costume de faire toutes les coutures apparentes à la main.

Minuit :

J'ai terminé la jupe ! C'est un rectangle de 3 m de long froncé sur une ceinture. J'ai fait les boutonnières à la main !

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Le moins que je puisse dire c'est que les couleurs sont vives et font mal aux yeux ! Même mon appareil photo a du mal avec ;)

19 avril :

J'ai trouvé ce matin une reconstitueuse qui montre exactement le bon modèle de coiffe et comment on la porte ! Elle s'appelle Hémiole et son travail m'a beaucoup aidé, c'est exactement ce qu'il me faut !

Voilà la coiffe à laquelle j'ai fait quelques plis dans le cou :

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Et la coiffe portée !

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20 avril :

J'attaque enfin le bustier, qui me faisait un peu peur parce que je ne savais pas trop comment le réaliser. J'ai donc fait les choses comme il faut en commençant par un patron. Je souhaite qu'il soit à ma taille sans avoir besoin de corset !

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J'ai reporté ce patron sur mon papier plastique et coupé les pièces.

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Finalement, une fois les pièces bâties, je me suis rendue compte que la pince de poitrine était mauvaise. J'ai donc coupé pour prolonger et arrondir cette pince qui prend désormais tout le bustier et n'en est plus une. J'ai renforcé toutes ces pièces à la vlieseline blanche et vais ensuite les doubler.

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21 avril :

Les manches bâties :

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Puis cousues, ainsi que le décolleté :

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Ensuite j'ai fait toute la finition, avec des basques, puis j'ai brodé de fil de coton vermillon comme sur le tableau.

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Pour le dos, j'ai improvisé et brodé aussi :)

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22 avril :

Après un sondage sur facebook désignant à l'unanimité le laçage comme système de fermeture, j'ai fait deux bandes avec des petits œillets que je vais ajouter par en-dessous. J'ai galéré ma mère pour les poser, parce qu'ils se mettaient mal, et j'en ai refait 14 ! Mais là, ils sont tous impec' maintenant !

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Cet après-midi, sur conseil de Gasparde, nous sommes allés aux "Petits Riens" de la rue Américaine pour trouver un cruche. Et.... miracle ! La même cruche, avec la bonne couleur, la bonne forme et la bonne taille ! Pour 7,50€ en plus, contre les 40€ pour un modèle trouvé sur e-bay.

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Voilà le devant avec le laçage fermé, mais les bords ouverts :

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Et enfin le soir j'ai commencé une chemise un peu sur ce modèle :

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Mais sans plis sous le col ni les manches. Là elle est sur l'envers et le pied de col est simplement épinglé :

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J'ai essayé de voir comment étaient faites les chemises du XVIIè siècle et j'ai fait, en regardant des modèles, un petit col avec de la dentelle. (Cela dit je pense qu'il y a un reste du XVIè dans ce costume. ) Il y a un cordon qui passe dedans pour pouvoir le fermer plus ou moins.

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J'ai fait la même chose avec les poignets. Comme ça je pense que ça a l'air simple mais en fait j'ai mis pas mal de temps à les coudre : c'est qu'il y a en fait 4 pièces: la manche, le volant rapporté, et deux bandes fines pour pouvoir faire passer le cordon.

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Et voilà le tout sur le mannequin, avec les manches relevées ! Il ne me manque plus que les mancherons de protection à faire. Ces morsmouwen, comme ça s'appelle, ne seront pas en cuir car je n'en ai pas de cette couleur, je vais les faire en coton également.

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23 avril 2017 :

Voilà, j'ai terminé les mancherons (bleu canard avec un passepoil du même tissu jaune que le caraco), et mon costume est terminé !!

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Dès que j'ai le temps, je ferai des photos du costume porté ! Si non, il y aura toujours des photos de prises à Vaux-le-Vicomte, j'imagine^^

25 avril :

Le pied de la cruche était cassé alors je l'ai réparé. D'abord j'ai comblé le manque avec de la pâte bi-composant :

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Ensuite je l'ai poncé :

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Et enfin je l'ai peint avec de la peinture à l'huile. Là, ça sèche :)

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12 juin 2017 :

Voilà une superbe photo du costume porté hier à la journée "Grand siècle" de Vaux-le-Vicomte !

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