Il y a près d’une semaine, j’ai créé un tumblr pour pouvoir me défouler de mes états d’âme de pauvre auteur maudit. Parce que oui, quand on écrit, on court souvent après la publication, mais une fois que c’est fait, ben c’est encore pire, du moins pour moi qui suis une grosse angoissée de la vie, et des états d’âme, j’en ai, et je crois que j’y ai droit, même si je suis publiée :) On ne te dit jamais que le premier roman, t’as toute ta vie pour l’écrire, mais que pour le suivant, on t’attend au tournant, et que tu vas te manger des tas de trucs pourris dans la gueule! Si j’avais su, jamais j’aurai signé ce contrat, parce que pour moi, il y a plus d’inconvénients que d’avantage à ce que mon livre soit diffusé.

Avec ce tumblr, tout s’est bien passé pendant deux jours, j’allais un peu mieux niveau angoisses, ça me faisait marrer d’être anonyme, jusqu’à ce qu’un autre tumblr s’empare d’un de mes posts et que ça dégénère. J’aime pas qu’on me tape dessus et qu’on déforme mes propos, mais bon, je l’avais cherché, je n’aurais pas dû oublier qu’Internet, c’est le maaal et qu’on te retrouve toujours :D  Quelqu’un a publié une charade prouvant qu’il (ou plutôt elle?) savait qui j’étais, et j’ai eu tellement la trouille que j’ai supprimé mon tumblr sur le champ! (D’ailleurs c’est qui? Si cette personne me lit, elle pourrait venir discuter avec moi, je ne suis pas méchante :),) J’avais pas franchement envie qu’Éditeur apprenne comme ça tous les sales trucs que je pensais :)

Et puis j’ai réfléchi. Je me suis dit que j’assumais totalement ce que j’ai posté. Après tout, mon héros c’est Cyrano de Bergerac, et j’ai toujours admiré sa façon de dire ce qu’il pense. Je m’en fous de ma réputation, je n’en ai pas, et les gens trouveront toujours que j’ai l’air d’une pédante petite je-sais-tout, ça a toujours été mon lot quotidien depuis les bancs de la maternelle.

J’ai quand même eu envie de reprendre certains points avant d’un jour me les prendre dans la figure totalement déformés:

D’abord, je n’ai jamais dit que seules les personnes qui ont fait des études de lettres pouvaient se permettre de faire des critiques de bouquin. On seraient bien dans la merde, nous pauvres auteurs de genre, si c’était le cas! Parce que oui, on ne trouvera jamais les auteurs de fantasy, fantastique ou SF dans des magazines comme “Lire” ou le “Magazine Littéraire”. Il faut s’appeler Robert Jordan ou Bernard Werber pour ça, et encore, même Werber n’est pas pris au sérieux par les “élites”. Mon problème, c’est qu’il n’y a quasiment plus que des blogs littéraires pour faire notre carrière, pour parler de nos livres, et qu’il y a une sacrée différence entre une analyse critique et un avis subjectif. Pour reprendre mon exemple sur Emma Bovary, je m’explique:

Une analyse un tant soit peu correcte pour moi, c’est:

On fait une mini-bio de l’auteur, on replace le livre dans son époque et dans son contexte, on explique ce que sont le réalisme et le naturalisme (en tout cas le genre dans lequel se place l’auteur), ce que sont les lectures d’Emma, la place de la femme de la société, puis on peut s’attaquer à une sociocritique, à une étude du style, à des extraits de ses passages préférés, ce genre de truc…et seulement finir par une petite note perso :)

Le souci, c’est qu’on a majoritairement droit à la note perso, sans le reste, du genre:

“Ouais Emma Bovary c’est trop chiant, il ne se passe rien, si moi j’étais Emma je me bougerais le cul et je divorcerais de ce con de Charles!”

C’est bien joli ce genre de propos, c’est marrant, mais pour moi c’est typiquement la réflexion qu’on s’échange entre copines autour d’un verre. Parce que oui, mes potes qui ont fait des études ou qui se penchent un minimum sur la Littérature, ils savent que le divorce n’existait pas en 1857, qu’à cette époque le but pour un auteur ce n’était pas franchement d’avoir une intrigue où il se passe dix mille trucs à la minute avec des rebondissements à la fin de chaque chapitre, et que si une femme du XIX ème quittait son mari dans la fiction, ça donnerait plutôt Anna Karénine qu’un mauvais Harlequin…. A quoi ça sert de lire dix critiques du même acabit? Je pense sincèrement que ce genre de petite phrase doit rester du domaine de la private joke, seulement, la plupart du temps, c’est un premier degré qui ne creuse pas très loin, et que son auteur pense réellement. (Par exemple, j’ai aussi lu que les personnages de Raison et sentiments étaient des clichés, faut en vouloir pour sortir un truc pareil!). Chaque ressenti personnel est différent et moi, en tant qu’auteur, ça ne me sert à rien.

Si on me dit que j’ai des problèmes de style en me les prouvant, ok, je pourrais m’améliorer et faire un meilleur bouquin la prochaine fois. (J’ai pu corriger certains défauts de Bordemarge dans Novalys comme ça). Mais si on me sort que Violette est une sale tête-à-claques, qu’est-ce que j’y peux, moi? C’est mon personnage, elle est comme ça et ça plaira à certains et pas à d’autres. Si en plus je lis que je suis une sale pimbêche désagréable (oui, ça m’est arrivé), alors là… Je me retrouve juste avec le moral à zéro et ça ne change rien au bouquin. A quoi ça sert d’attaquer l’auteur? C’est pas le roman qui est important? (Et sérieusement, une personne qui me connait un tant soit peu saura que je suis une stressée notoire et que ma poker face c’est “je tire la tronche”^^)

Ce que j’aimerai, c’est un peu plus de critiques professionnelles, car oui, ça me fait chier que ma carrière se soit retrouvée entre les mains de personnes qui ne connaissent pas grand-chose à la Littérature… Parce que moi, j’ai eu de la chance, j’ai lu beaucoup de choses chouettes sur Bordemarge, mais combien de mes potes qui font de la high fantasy ou de la Sci-Fi un peu pointue ne pourront jamais prétendre à une carrière digne de l’auteur de “50 nuances de Grey”, (ce qui n’est pas mon cas non plus faut pas se leurrer) parce que leurs intrigues ne sont pas formatées, que leurs personnages ne sont pas calibrés, que leurs descriptions sont un peu trop longues, leurs intrigues sur plusieurs niveaux ou que leurs dialogues sont très travaillés? Alors non, je ne suis pas jalouse de E.L. James, (bon de ses droits d’auteur, si un peu^^) mais pas franchement de ce qu’elle écrit, et je trouve ça lamentable qu’à chaque fois qu’une personne en critique une autre, on lui dise: “C’est parce que t’es jaloux/se”. Non, c’est juste parce que c’est mauvais, et que des milliers de personnes vont lire un truc atroce… Et que sur ces milliers de personnes, seule une poignée saura faire la part des choses et avoir du recul.

Si Flaubert présentait “L’Éducation sentimentale” à un éditeur d’aujourd’hui, on lui dirait: “c’est bien joli coco, mais un type qui court pendant 400 pages après une nana sans jamais se la faire, ça ne marchera jamais! Raccourcis tes phrases, élague tes descriptions, tes passages introspectifs ne servent à rien, “Show don’t tell”, rajoute de l’action, fais-moi une intrigue policière ou rajoute-moi des scènes de cul, mais fais de Frédéric un vrai héros!” 

Alors du coup, les romans qui se vendent bien aujourd’hui se ressemblent tous… Et j’ai bien peur que jamais plus on n’ait droit à des romans comme ceux qui m’ont transportée ado… Et tant de bons auteurs ne seront jamais publiés pour d’autres qui feront des best-sellers à partir de conneries !

Oui, je critique “Twilight”, “Fifty shades of Grey”, Musso ou Lévy, mais je les ai lus. Et oui, en tant que bibliothécaire, en tant que lectrice et auteur curieuse, fallait bien que je puisse parler de ces best-sellers à mes usagers, et comprendre ce qui faisait leurs succès :) Jamais je ne me permettrais de dire du mal d’un livre que je n’ai pas ouvert :) En trouvant ces livres nuls, je ne conspue pas tout un genre: il y a des choses géniales en roman érotique comme en romance fantastique, et ce n’est vraiment pas moi qui vais mettre des étiquettes sur des bouquins, parce que j’ai suffisamment été confrontée au problème. Quand j’étais à la fac, j’aurai bien aimé étudier Jane Austen ou Edgar Allan Poe, mais non, comprenez-vous, c’est du sous-genre, on fait pas ça à l’Université mâdâme, si vous les lisez, ne le criez pas sur tous les toits!! Je vous assure, quand j’ai fais mon mémoire sur Edgar Allan Poe, j’ai bataillé pour trouver une tutrice, et j’en ai entendu des vertes et des pas mûres… Le clivage entre littérature “sérieuse” et “de divertissement” est encore loin de disparaître, surtout en France… Tout livre doit rentrer dans des cases et viser un public spécifique!

Pour Bordemarge, il fallait dès les premières questions dans les interviews que je sache dire précisément si c’était pour la jeunesse ou les adultes, et si c’était de la fantasy, du fantastique ou du cape et d’épée. J’ai dû m’excuser à chaque fois parce que, pauvre de moi, c’était tout ça à la fois, et que ça s’inscrivait pas dans LE genre du moment, à savoir la dystopie… Et je vois pas pourquoi je devrais m’excuser de pas rentrer dans les cases, ni de faire comme tout le monde.

Je ne rentrerai jamais dans une case, et si ce que je viens d’écrire ne vous plaît pas, et bien tant pis. Je passerai une semaine horrible avec des nœuds dans le ventre, mais j’assume!