Emmanuelle Nuncq

Romancière à deux visages, couturière rêveuse et plein d'autres choses encore.

Mot-clé - Emile Zola

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L'Onyreïdée - Nuciger/Novalys


Lundi 26 octobre 2015:

Après avoir laissé reposer ce roman dans mes tiroirs de nombreux mois (voire en fait deux années), je l'ai repris récemment en même temps que les Chercheurs du Temps afin de le transformer en e-book. La genèse de cette suite de Bordemarge aura été longue et compliquée, mais avec le temps et de nombreuses corrections je trouve ce roman plutôt réjouissant. Certes, il n'est pas parfait, mais j'ai bien plus confiance en moins qu'autrefois, et avec le recul je sais reconnaître qu'il a aussi des qualités. Comme il ne convenait pas à Castelmore, il sortira donc en e-book pour Halloween sur Amazon, et j'ai hâte que des gens le lisent !


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Mardi 22 janvier 2013:

Toujours pas de réponse. La semaine dernière je n'ai pas pu m'empêcher de le relire, résultat j'ai passé trois chapitres à la première personne, corrigé plein de fautes et rajouté deux scènes :) . Avec le recul je me dis que ce roman est pas si génial. Comme me l'a fait remarqué Lilla My, à la fin ça va trop vite et ça demande à être étoffé. Je n'ai pas l'impression que ce roman est vraiment à moi. Si je l'ai écrit en fait c'est parce qu'à tous les salons et interviews données au moment de la sortie de Bordemarge, on m'a posé plein de questions et fait plein de critiques. En fait ça a commencé quand on m'a demandé si j'écrirai la suite. Je sais pas pourquoi j'ai répondu que oui, et à partir de là j'ai brodé autour des remarques des gens! On m'a demandé: ça sera la suite? Est-ce que ça va parler de Jane Austen? De belles robes? D'un voyage dans le temps? Du XIX ème? On reverra Angus? A chaque fois j'ai répondu oui. On m'a dit: y a trop de personnages, alors dans la suite y en a que trois qui sont importants. On m'a demandé une histoire d'amour, je l'ai mise. Un mec beau et classe, il y est :) On m'a dit que le steampunk était pas assez développé, j'en ai mis plus, que le décor était pas assez bien planté, je l'ai décrit plus en finesse, que le coup des références et des clichés c'était cool, je m'en suis servie, que les règles qui régissaient les Personnages étaient pas nettes, je les ai définies, et ainsi de suite... Drôle de cheminement, en fin de compte. Pour le prochain roman. Je veux que tout soit absolument MOI. Bien sûr, tout ce que je viens de citer, c'est quand même moi, mais il n'empêche que ;)

Vendredi 23 novembre:

J'ai terminé Novalys! Je l'ai relu trois fois, corrigé, remanié, et l'ai envoyé hier soir à mon éditrice. Il fait 118 pages, presque 150 avec les bonus! Maintenant je n'ai plus qu'à croiser les doigts et espérer que ça lui plaise :)

Mardi 6 novembre:

J'ai repris ce roman après les retours de BBL et l'ai entièrement remanié. Le début que vous lisez tout en bas n'apparaît plus dans mon texte! Je suis à la fin d'une grosse semaine entièrement consacrée à l'écriture de ce bouquin: j'ai scindé la structures en fichiers/chapitres et peut ainsi mieux l'organiser. J'ai traité 24 chapitres sur 38!

26 août 2012:

A priori, j'ai trouvé un nouveau nom, ce sera Novalys. J'aime les Y, ça évoque le poète allemand mais également un système de données pour les bibliothèques, donc c'est parfait :) J'ai écrit près de 60 pages et j'ai laissé reposer depuis que j'ai eu les retours... pas trop mauvais, pour la plupart, je les avais prévus. Seulement, j'ai eu un vieux blocage, comme d’habitude. Aucune envie de tout reprendre à zéro pendant une semaine, mais ça me revient lentement. Je crois avoir compris ce qu'il fallait faire pour rendre mes deux héros attachants :) On verra bien ce que ça donnera  et si j'y arriverai. je n'ai pas franchement l'impression d'être un écrivain, et ça ne me quittera jamais, cette sensation. Raconter, imaginer des histoires, j'adore, mais les écrire, c'est déjà plus difficile, et les écrire bien, là, c'est carrément autre chose. je ne suis pas une styliste. J'ai l'impression qu'à chaque fois que j'écris une phrase, elle a déjà été écrite auparavant par d'autres, alors je ne cherche pas à faire original, mais juste à faire comprendre au lecteur ce que j'ai comme images dans la tête... Du coup, moi qui voulais faire un beau roman avec Novalys, je me retrouve comme avec Bordemarge, avec une gentillette histoire pour gamins... Quand est-ce que j'arriverai à allier forme et fond?  On m'a dit que Porcelaines était bien mieux écrit, mais pour le coup, l'histoire n'avait rien d'original. Je ne sais pas pourquoi, mais il faut absolument que je retrouve ça... Porcelaines, je l'avais écrit sans imaginer de lecteurs derrière, je voulais faire le roman d'amour que je voulais lire. Peut-être que je devrai recommencer avec Novalys, ne pas avoir peur de mettre des louches de sentiments et de description lyriques, et tant pis pour les lecteurs qui trouveront ça ridicule^^


27 juin 2012:

Après avoir fait Étonnants voyageurs et les Imaginales, je suis ressortie pleine d'idées et de motivations. C'est vraiment jouissif de rencontrer ses lecteurs, et j'ai envie de ne pas les décevoir! j'ai donc totalement repris Nuxiger en rentrant et j'ai écrit la 40ème page ce matin! J'ai eu un vieux blocage après la sortie de Bordemarge, je n'ai plus rien écrit depuis mon déménagement à part une petite nouvelle et la suite des Chercheurs (pas encore publiée sur ce blog) mais là c'est enfin revenu, et ça fait du bien!

Par contre, je déteste ce nom maintenant (comme dirait Pierre Pevel, on dirait le nom d'un laxatif^^), et ça fait bien un mois que j'en cherche un autre, et que je ne trouve pas. Pas évidement d’inventer un nom qui soit joli, qui représente bien la ville de fiction que j'ai créée, et qui en plus ai autant la pêche que celui de Bordemarge! Du coup je cherche, et en attendant, Nuxiger restera le nom de code ;)


24 avril 2012:

Nuxiger, c'est provisoirement le titre de mon prochain roman :) C'est une sorte de suite à Bordemarge, avec Emily comme héroïne!

Je me suis amusée à faire la couverture en la calquant sur celle de Bordemarge^^

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Samedi 19 novembre:

J'ai abandonné. Peut-être que je reprendrai plus tard mais j'ai, après le Souffleur, encore commencé un nouveau truc. Après Bordemarge, quel gros projet pourrais-je bien entreprendre? Quelle idée choisir?? Pfff ça va faire depuis août que j'ai pas trouvé LE truc à écrire parmi toutes les idées qui tournent dans ma tête et me rendent dingue.

Mardi 18 octobre:

J'ai commencé un nouveau roman! J'espère que je pourrais le continuer après Bordemarge, parce que j'y tiens beaucoup... Il se passe dans l'Onyreïdée, et il se trouve même si à l'origine j'avais quelques réticences avec ça, c'est la suite de Bordemarge!
16 ans après cela dit, et avec de nouveaux personnages, donc c'est quelque peu éloigné, mais je n'avais pas dit tout ce que j'avais à dire sur ce monde-là, et je suis bien contente de le développer encore un peu :)

Voilà le début (et il y a des chances que tout change) :

 

L'Onyreïdée

TOME II - NUCIGER

 

*

 

       Et si Réalité et Fiction se mêlaient?

 

 

Scène I

Bellefontaine, 18 octobre 2011

 

            A 4h20  du matin, heure locale, Bill Sartings, habitant de Bellefontaine, près de Colombus dans l’Ohio, fut pris d’une soudaine envie de soulager sa vessie. Il sortit de son lit et, tout à fait par hasard, regarda par la fenêtre ouverte de son salon. Dans son jardin, il croisa le regard d’un nain à bonnet rouge, tout à fait vivant, qui lui fit un clin d’œil et s’enfuit en courant. Bill mit cette rencontre étrange sur le compte des trois bières qu’il avait sifflées la veille au soir, et qui d’ailleurs, étaient à l’origine de sa petite virée nocturne. Il se recoucha, et le lendemain matin, il avait tout oublié.

 

Scène II

Merdrignac, 19 octobre 2011

 

A Merdignac, petit village à proximité de la forêt de Hardouinais, vestige de la fameuse forêt de Brocéliande, un garde-forestier du nom de Brabant prit son 4x4 pour commencer son tour d’inspection. Il était presque cinq heures du matin quand il arriva au lac, et le soleil levant faisait naître une brume opaque aux abords de l’eau. Une licorne à la robe immaculée s’abreuvait là. Les pas lourds du garde forestier effrayèrent l’animal, qui le regarda un instant, et disparut dans son monde. Brabant, les yeux baissés vers ses bottes, ne la vit pas, et ne sut jamais qu’elle avait existé.

 

Scène III

Tessalit, 19 octobre 2011

 

L’aéroport de Tessalit, situé au beau milieu du Sahara, n’était pas particulièrement fourmillant d’activité ce jour-là, jusqu’à ce qu’à 16h21, Ismaël Traoré, bagagiste de son état, aperçoive un vaisseau spatial au-dessus de lui. Il rameuta tous ses collègues et ensemble, ils admirèrent les voltes gracieuses, le fuselage sorti tout droit d’un Star Wars, les lasers verts assourdissants et le petit droïde au sommet de l’extraordinaire appareil. Nulle part ailleurs, les médias ne relayèrent la nouvelle, et Ismaël Traoré en conclut qu’un tournage de film devait avoir eu lieu pas loin.

Scène IV

Terre, 20 octobre 2011

 

Partout dans le monde, au même moment, des portails s’ouvrirent, et des créatures et des machines qui n’avaient jamais existé que dans l’imagination des humains firent leur apparition sur la Terre. Parallèlement, quelques humains se perdirent de l’autre côté, et découvrirent ce qu’était l’Onyreïdée.

Parmi eux, deux frères, peut-être parce qu’ils étaient plus ouverts d’esprit que d’autres, crurent à ce qu’ils virent, et surtout, évaluèrent tout l’argent qu’ils pouvaient tirer d’une découverte pareille. Les autres crurent à un rêve, à une hallucination, ou a des drogues, mais n’en parlèrent pas. Quant à Nick et James Sanderson, en quelques heures, ils comprirent les règles de l’Onyreidée et montèrent une entreprise qu’ils nommèrent “Dream On Corp.” En deux jours, ils réussirent à revendre la “Dream On Corp.” à l’une des plus grosses maisons de production cinématographique américaine: la Black Stars inc. Ils en restèrent les adjoints, selon leurs conditions.

A partir du moment où John Hammer, directeur de la Black Stars inc., eut signé le contrat, s’en était fini. Le destin de l’Onyreidée était tout tracé: elle allait mourir.

 

Scène V

Paris,  31 octobre 2011

 

Lucille Khaltourine avait un sérieux problème. Au début, elle avait mis du temps à comprendre ce qui lui arrivait, mais maintenant, elle en était sûre: des ailes lui poussaient dans le dos. C’était des ailes étranges, en forme de feuilles, comme des membranes de peau très pâle, sur lesquelles son sang écrivait ses émotions. On pouvait voir, à travers le fin réseau des veines, se dessiner des mots. Chaque matin, elles avaient disparu, comme rétractées pour la journée, et chaque soir, elles poussaient plus grandes encore.

Lucille , en se regardant ce jour-là une millième fois dans la glace, en conclut que leur taille était arrivée à leur maximum. Elles pouvaient l’envelopper comme une cape quand elle les laissaient tomber, maintenant. Passés les premiers moments de terreur, où ses ailes pulsaient de rouge intense, la jeune fille en était arrivée à se poser la question suivante: comment annoncer ça à son père?

Si elle était tombée enceinte, ça aurait été bien plus simple. Un papa, surtout le sien, peut comprendre çà et aider sa fille, mais des ailes? Jamais elle n’oserait aborder ce sujet-là. Sa mère était morte quand elle était jeune, et Lucille  en parlerait encore moins aux gens autour d’elle: déjà que depuis toute petite tout le monde la prenait pour une folle, qu’allaient-ils dire s’ils croyaient qu’elle se prenait pour une fée?

            Lucille soupira, et ses ailes frissonnèrent, parcourues d’un sang plus calme. Le mot “Respire...” s’écrivit dessus, et disparut pour laisser place à une légère ombre bleutée.

On toqua à la porte de la salle de bain:

— Lucille , sort de là! Cria son père avec son accent russe qui roulait les “R”. On va être en retard!

            Lucille sursauta et tenta de se calmer. Quand elle était stressée, elle n’arrivait pas à faire disparaître ses ailes. Mais elle eut beau respirer et fermer les yeux, rien n’y fit, alors, paniquée, elle enfila un peignoir par-dessus sa robe de soirée au dos nu et ouvrit:

— Désolée, p’pa.

Angus avisa le peignoir:

— Quoi, ça fait une heure que t’es là-dedans et t’es pas encore prête? Grouille-toi!

Il la poussa de force jusqu’à sa chambre, lui fourrant sa trousse à maquillage entre les mains. Lucille tomba sur son lit, au bord des larmes: en la poussant, son père lui avait froissé ses ailes. Ces trucs étaient plus sensibles que n’importe quelle autre partie du corps, elle l’avait bien compris la semaine passée quand elle avait voulu les couper au rasoir. Et malheureusement, elle avait souffert le martyre toute la nuit pour rien, puisque le lendemain soir, elles étaient revenues plus fortes et plus grandes encore que la veille.

Son père était scénariste, et ce soir, c’était l’avant-première de son premier long-métrage, un polar intimiste nommé “Un mensonge ancien”.  Ça faisait plus d’un mois qu’il tournait dans l’appartement comme un lion en cage, pendu au téléphone à longueur de journée. Un mois qu’il ne s’occupait que de lui, et ça arrangeait bien la jeune fille. Mais ce soir, il la voulait auprès d’elle, pour ce si grand événement.

Ce n’était vraiment, mais vraiment pas le bon moment.

 

Scène VI

Paris,  31 octobre 2011

Un point lumineux se mit à grossir dans le ciel. Avec la pollution, on ne put voir tout de suite qu’il s’agissait d’une étoile, et que celle-ci se dirigeait tout droit vers la capitale.

 

 

Présentation des Chercheurs du Temps - SPOILERS


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Les Chercheurs du Temps

Nuncq Emmanuelle

(ATTENTION c'est tout plein de SPOILERS)


Les Chercheurs du Temps, ce sont Clarence Fertennant et Roxane Marty, des voyageurs du passé qui utilisent leur pouvoir pour étudier la Littérature française… ou du moins, qui essayent, puisque aucune de leurs missions ne se termine comme ils l’avaient souhaité !

A force de courir après LE scénario de roman parfait, n’arrivant jamais à en trouver un seul qui puisse mélanger tout ce que j’aimais, l’évidence s’est imposée d’elle-même un jour en discutant avec ma mère (les mamans sont toujours de bon conseil) : il fallait que j’écrive une histoire de voyage dans le Temps. Après tout, comme elle me l’a pointé du doigt alors, je pouvais ainsi traiter de tout ce que j’aimais en gardant les mêmes personnages; la série « Docteur Who » et les « Retour vers le Futur » ont toujours fait partie de ma mythologie personnelle, et je ne cessais, gamine, de lui poser des questions sur les causes et les conséquences d’un tel pouvoir. Mais, peut-être parce que ça me semblait trop facile, trop évident, ou que je n’ai jamais pu vraiment me détacher des livres, j’ai ajouté à cet ingrédient « Voyage dans le Temps » mon amour de la Littérature et des écrivains, et j’ai fait de mes deux personnages un professeur et son étudiante… en Lettres.

Les « chapitres » des Chercheurs sont en réalité des nouvelles conçues comme des épisodes de série télévisée : à priori indépendants les uns des autres, le lecteur découvre un fil rouge qui les lie tous, mais n’est pas essentiel pour comprendre l’intrigue.

Chapitres et résumés

Voici les chapitres déjà écrits ainsi que ceux à venir, leur ordre et leurs résumés. La série est close au chapitre X mais je l’ai conçue de telle sorte que je puisse inventer des épisodes à insérer, ou une préquelle. Quant à la « suite », c’est mon roman, « Bordemarge », paru chez Castelmore.

Épisode pilote – La Momie aux sandales d’Or :

Le professeur Fertennant et son élève Maxime Champigny se rendent en Égypte en 1898 pour assister au débandelettage de la momie de Ramsès II.

Chapitre I – Les libellules électriques :

Le professeur Fertennant et sa nouvelle élève Roxane Marty, pour leur quatrième voyage d’études, se rendent à Paris en 1855. Ils interfèrent sans le vouloir sur le suicide de Nerval et doivent combattre la Grande Demoiselle, une étrange femme qui vole l’inspiration des poètes grâce à des libellules électriques.

Chapitre II – L’Automate d’aquarelle :

Paris, 1658. Les Chercheurs du Temps assistent à une représentation de l’Antigone de Rotrou à l’Hôtel de Bourgogne. L’arrivée sur scène d’un automate d’aquarelle, mené par Anna de Saxe, anciennement la grande Demoiselle, provoque une nouvelle ligne temporelle en assassinant par procuration Louis XIV. Ils doivent remettre le Temps en place tout en évitant Anna de Saxe, très hostile au professeur.

Chapitre III – Les Papillons de l’oubli :

Hampshire, 1817. Au cours d’un bal chez Jane Austen, des papillons de l’oubli sèment le trouble dans l’esprit des Chercheurs. Où l’on aperçoit pour la première fois David, le fils du professeur.

Chapitre VI – Les Chevaliers d’Améthyste :

Brocéliande, 1180. En voulant étudier la matière de Bretagne, les deux Chercheurs retrouvent Anna de Saxe, amnésique, dans une grotte féerique. Où l’on apprend qu’elle est la mère de David. Le professeur Fertennant la perd une troisième fois, car elle meurt ensevelie sous la grotte.

Chapitre V – Le Fantôme de la fée perdue

Londres, 1904. Les deux Chercheurs, pour fêter Noël, assistent à la première de « Peter Pan ». Mais le personnage de la fée Clochette est très étrangement absent de la pièce…

Chapitre VI – Les banquiers en lambeaux

Paris, 1941. Le professeur Fertennant emmène Roxane pour rétablir une ligne du Temps faussée, dans laquelle Marcel Aymé n’est plus un écrivain reconnu, mais un employé de banque. Anna de Saxe, qu’on avait crue morte dans l’épisode IV, fait sa dernière apparition. Où l’on apprend que si elle poursuivait son ancien amant, c’est parce qu’il a assassiné leur fils David en 1817 : l’enfant, issu de deux lignes temporelles différentes, menaçait de faire imploser le Temps.

Chapitre VII – Le brouillard d’Edgar Allan Poe

Baltimore, 1849. Roxane Marty tient à élucider les circonstances mystérieuses de la mort d’Edgar Allan Poe. Nul doute qu’avec les Chercheurs du Temps, l’explication ne sera pas rationnelle…

Chapitre VIII – L’Exécution du Tyran détesté

1989. Roxane vole les Semelles pour modifier son propre passé.

Chapitre IX – Le fantôme de Vaux-le-Vicomte

Prend place sous Louis XIV, aux fameuses fêtes de Vaux-Le-Vicomte. Où l'on croise Molière et un fantôme! Clarence veut se séparer de Roxane pour fuir sa malédiction. Il l'envoie en 1900 pendant que lui va finir sa vie en Égypte, sous les traits de Ramsès II.

Chapitre X – La Divine Messagère

Roxane est seule et coincée à Paris, en 1900. Elle rencontre Sarah Bernhardt qui la met sur la piste d'une invention renversante, la Dewey (que l'on rencontre dans Novalys). Roxane s'en sert pour fuir dans un monde de Cape et d’Épée. Fin de la série des Chercheurs du Temps.

Début de BORDEMARGE...

(Rédaction de l'article le 5 octobre 2011, multiples modifications depuis)


1er mai 2015:

Des années après, je vous annonce que je vais publier mes Chercheurs du Temps :D !


Bustier de soirée 1880 pour Clara Clayton

Regarder Marie-Antoinette pour la 8000ème fois m'a donné envie de faire une polonaise^^ Il est pas terrible ce film, mais visuellement je me régale! Alors coudre devant de jolies images, c'est super :) Comme il me reste beaucoup de tissu de ma robe de Clara Clayton, elle sera donc magenta! Bon, je ne sais pas si ce sera vraiment une polonaise, à force de faire de recherches je me rends compte que c'est beaucoup plus compliqué que ça en a l'air la classification des robes du XVIIIè. Ce que je sais c'est qu'il y aura les trois pans relevés du manteau de robe, histoire de, mais pour le devant, ça sera celui de la robe à l'anglaise bleue que j'ai faite en dernier. Tant pis si c'est pas histo, de toute façon la couleur ne l'est pas et je couds à la machine, alors prout :P

16 janvier:

J'ai eu la flemme de faire la jupe, d'autant que j'en avais déjà une avec des tas de volants que même j'ai mis un temps fou à les faire, aussi j'ai repris la jupe de Clara et j'ai mis un gros jupon au lieu du faux-cul dessous. Bon la silhouette n'est pas parfaite, mais une fois la robe finie je suis sûre que ça fera illusion^^

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J'ai refait tout un patron pour le bustier, je voulais que le dos soit en plein de petites pièces :)

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Voilà le devant, c'est pas terrible pour l'instant mais décoré ça devrait le faire

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Et le dos, avec toutes les petites pièces que j'aime beaucoup. (J'avoue, là sur la photo on ne voit pas grand chose^^)

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18 janvier:

J'ai mis les manches:

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16 février:

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Après réflexions et vu cette photo-là, je me suis dit que finalement ça serait plus logique et utile (façon de parler, mes costumes ne sont jamais vraiment utiles^^) de faire à la place d'une polonaise un bustier riche pour ma robe de Clara, histoire de la transformer en robe de soirée quand je le souhaite.

J'ai commencé par couper les manches que je m'étais bien embêtée à monter :P

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J'ai posé un volant de dentelle rose:

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Des basques dans le velours qui me reste de la robe de Clara:

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Un rang de dentelle beige par-dessus la rose:

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J'ai coupé la dentelle, posé des pressions, et décoré le tout avec des fleurs et des rosettes en tissu:

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Et hop voilà ma robe à transformation! Je n'ai pas fait la coiffure ni le maquillage, il est tard et je suis enrhumée^^

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Je la trouve limite plus jolie que celle que j'avais prévue pour la Foire du Livre à Bruxelles, aussi je me demande si je ne vais pas mettre ça à la place :)

Bal Steampunk

Quand j'irai à des salons pour signer ma romance, qui se passe en 1884, j'ai prévu d'y aller en belle robe d'époque. Hier en regardant une énième fois toute ma documentation pour m'inspirer et en rangeant mon armoire à tissus (j'en ai jeté trois sacs poubelle et remonté deux de la cave), j'ai pensé que j'avais deux beaux tissus qui allaient bien ensemble pour me faire une robe de bal classe, dont un offert par Gasparde (encore elle^^. Décidément, si on compte le nombre de choses qu'elle m'a offertes, elle détient la palme (après mes parents mais y a du passif :D )) . J'ai mélangé dans un croquis deux formes que j'aime bien. Tout d'abord le décolleté carré bordé de dentelles de celle-ci:

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Ensuite le corsage en V et le tablier d'une seule pièce de celle-là:

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J'y ai mis un faux cul (la perspective est bizarre, c'est parce que j'ai mis la face et le profil en même temps sur la jupe), deux trois détails que je voulais et hop, voilà mon croquis!

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Ce n'est pas une pure robe historique, parce qu'elle s'inspire d'un modèle 1900 et d'un autre 1880 et parce que les couleurs sont un peu anachroniques, c'est pourquoi j'ai mis cette robe dans ma partie "créations". Mais dans l'idée, elle se veut pure robe du XIX ème, en quelque sorte ma vision du siècle résumée en couture !

4 décembre:

J'ai commencé par vouloir utiliser une crinoline que j'ai achetée il y a un bail, mais qui ne m'a jamais servie. J'ai enlevé le tulle devant pour le mettre à l'arrière, mais le devant n'est pas assez plat pour ce que je veux faire, donc au final elle ne me servira encore pas.

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J'ai coupé deux grandes pièces pour le devant en improvisant pour le bas

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Mais quand je les mets sur mon mannequin, elles sont trop courtes! Suis-je intelligente... Du coup ça ne ressemblera pas à mon modèle, et à partir de maintenant je ne vais faire qu'improviser.

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Voilà le dos, avec un autre jupon en dessous :

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Un essai avec le tissu d'Alice pour le bustier :

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Des manches:

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Et une pièce sur le devant que j'ai rajoutée pour avoir mon cœur croisé :

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7 décembre :

J'ai coupé la pièce devant ainsi que les pans du tabliers, puis ai cousu un mancheron de tissu vert:

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Mais c'était moche alors je les ai cousus au-dessus plutôt qu'en dessous:

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En voulant choisir un tissu dans mon étagère j'ai retrouvé un bustier pas fini que j'avais prévu pour une robe de Cranach que je ne terminerai finalement pas, et je ne sais pas pourquoi, je l'ai essayé dessus. Et bizarrement, alors que je n'associe jamais du vert et du rouge normalement (Jingle Bells, c'est Noël :P ), je trouve que ça fait très chouette:

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Du coup j'ai cousu les manches, mis un peu de vlieseline pour faire tenir le col, et cousu des restes de franges de mon châle Titanic sur le bas. C'est en train de vraiment s'éloigner du croquis cette robe, mais je trouve ça sympa^^ (alors que bizarrement ça fait assez 1890, années où la monde est pour moi la plus immonde)

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22 janvier:

Je ne sais pas pourquoi, il m'arrive d'avoir parfois des passages à vide et pas envie de continuer la couture, et c'est ce qu'il s'est passé avec cette création-là. C'est peut-être un mieux parce que ça me permet de réfléchir et vous verrez en-dessous que le résultat est beau, même si ce n'est pas encore terminé! En fait, entre temps, j'ai eu une idée pour porter cette robe et surtout quoi en faire et qui cosplayer avec aux Imaginales, si j'ai la chance de pouvoir y aller: bref la perspective d'un beau projet raccord avec ce salon m'a donné un regain de motivation! Je ne peux pas trop expliquer de quoi il s'agit en public, mais si vous êtes curieux, vous pouvez toujours me demander en privé^^

Pour continuer j'ai laissé tombé l'idée du haut rouge, j'ai cousu une traîne et une jupe:

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J'ai fait une autre jupe en organdi vert à reflets rouges:

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J'ai bordé d'un biais marron:

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Puis d'une dentelle que j'ai teinte en bleu canard :

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J'ai décoré l'épaule gauche avec une application en dentelle que j'ai bombée en doré, par-dessus un ruban d'organdi beige et doré:

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Puis j'ai cousu une application sur le devant que j'ai également bombée (espérons que ça ne déteigne pas, ou pas en moche, parce que ce n'est pas fait pour le tissu à la base), ainsi qu'un galon doré et un autre marron par-dessus sur la pièce d'estomac:

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Voilà, je reprends mon projet aujourd'hui!

23 janvier:

J'ai fait l'épaule droite:

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J'ai décoré une épingle à chapeau qui me permettra de fermer la robe en haut:

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Qui s'insère dans la décoration!

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Voilà les deux épaules avec un peu plus de déco:

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Le dos, avec encore des applications de dentelle bombée:

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Une seconde épingle à chapeau pour fermer le côté:

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Des petites fleurs sur les pointes, des ourlets des jupes et des basques, des fleurs violettes dans la déco, des plumes de paon plus tard, et voilà, c'est terminé!

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Elle est beeelle hein? Et en plus elle sera confortable, je n'ai pas trop de trucs à porter dessous! Je la mettrai avec un diadème Art Nouveau que m'a offert Gasparde, ainsi qu'une décoration de cheveux que j'ai fabriquée qui reprend les principaux éléments de la robe. Là je suis trop fatiguée, alors je ferai les photos maquillée et coiffée dimanche! Finalement, ça ne fait pas vraiment historique, et les grosses manches rapprochent plus cette robe de la décennie que je déteste le plus, à savoir les années 1890, mais bon...

Aujourd'hui, j'aurai regardé J. Edgar et Blanche-Neige (celui avec Julia Roberts, dont les costumes sont trop beaux) et écouté au moins quatre podcasts de l'émission d'Europe 1 Au cœur de l'Histoire que Jérémie m'a fait découvrir. Il n'aurait peut-être pas du, maintenant, je suis accro^^ (Ça m'a donné une superbe idée de romance historique, d'ailleurs). Bref, j'ai passé la journée entière à coudre! Enfin, à décorer, et c'était un beau foutoir chez moi, parce que pour mieux voir ce que j'avais, j'ai déballé mes six caisses de trucs et mon salon était jonché, je voyais plus mes pieds... (Nus bien sûr, j'aime travailler comme ça, mais mes pieds eux n'aiment guère les perles, les bijoux et les épingles ;) ) Oui, parce que j'ai deux caisses spéciales "Trucs bizarres", une de dentelle, une de rubans, une de plumes, une de fleurs, et une petite rien que pour les bijoux^^ Entre ça et mes étagères rien que pour les tissus, je commence à avoir trop de matos :D Mais en même temps j'adore ça, et ça me rend plus créative :)

Sinon, je me suis amusée en même temps à décorer un petit pot de crème hydratante :) A la base, c'est un pot Yves Rocher dont j'ai enlevé les étiquettes:

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J'ai modelé dessus une forme avec de la pâte bi-composant:

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Et je l'ai bombé en doré, du coup ça s'insère à peu près dans mon étagère de salle de bain "ancienne"^^ A peu près, parce que ça se voit vraiment que c'est artisanal, et on devine encore la marque sur le bord :D

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24 janvier:

Ayé, zé fait les photos de la robe portée!

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Voilà le dos:

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Je n'ai pas pu résister à l'envie de montrer le dessous:

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En l'enlevant j'ai découvert qu'en remontant les jupes et attachant de façon différentes, on pouvait créer d'autres effets avec cette robe: il y a un petit côté Mucha qui n'est pas pour me déplaire^^

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D'ailleurs, j'ai bricolé un portrait "à la manière de"

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Chapeau de Jane Canfield

Vous ne savez pas qui est Jane Canfield? C'est normal, soit vous ne vous souvenez plus d'elle parce qu'elle n'a tourné que dans un épisode, soit, ce qui est plus probable, vous ne regardez pas "La Petite maison dans la prairie"^^. Moi, j'ai du voir cette série trois ou quatre fois (oui, je sais). Il est probable que j'aie loupé des épisodes, mais certains font partie de mes préférés, dont "Love lost", datant de 1982 (j'avais donc -2 ans, ça fait peur :D) qui raconte une histoire d'amour avortée entre Mr Edwards et Jane donc, une jeune aveugle de l'institut de Mary et Adam. Aujourd'hui alors qu'il passait à la télé, je suis restée bloquée sur une chapeau qu'elle porte durant plusieurs scènes :) Je ne sais pas pourquoi, mais il me fallait ce chapeau, alors qu'il ne va avec rien dans ma garde-robe, alors ben, je l'ai fait :D

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Là, c'est Jane. Je n'ai trouvé que cette image toute moche pour vous montrer le modèle, l'a pas de chapeau, tant pis :)

J'ai commencé par décoller le tissu moche du chapeau 1910 que j'avais fait pour ma robe à carreaux verte (quelle horreur, ce chapeau), et je l'ai découpé. Comme ça ça ressemble un peu à un truc de matador^^ Puis je me suis armée de mon pistolet à colle! (En couture, ça m'aurait pris des plombes et aurait été moche).

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Je l'ai recouvert d'un coton beige

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Un premier volant de dentelle

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Et encore

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Et encore (à ce stade, je n'ai déjà plus de doigts)

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Des rubans pour l'attacher

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Des gros nœuds de velours marron (oui je sais, ça pique les yeux de certains d'entre vous)

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Un fond en satin marron

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Quelques fleures en tissu et hop!

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Alors, il est cool hein mon chapio :D ? Bon maintenant, faudrait que je fasse une robe pour aller avec :P

Robe impressionniste bleue

(Ou robe 1884)

Cette fois, je n'ai pas fait de dessin, j'avais juste une idée de base en tête et puis j'ai improvisé ensuite en cherchant ce que j'avais dans mes tissus :) En fait, ça fait assez longtemps que je veux me faire une robe de cette époque, parce que les Impressionnistes sont mes peintres préférés, que je suis fan d'Au bonheur des Dames, parce qu'en ce moment je regarde The Paradise qui est trop bien, mais hier, un reportage génial passé sur Arte expliquait la naissance des grands magasins, et les costumes des clientes de la fiction brodée autour étaient si beaux que je n'ai pas pu m'en empêcher :)

Dimanche 16:

Mes inspirations:

Trois tableaux de Berthe Morisot, que j'kiffe sa mère c'tte meuf (c'était moi dans une autre vie, rêvons un peu :P)

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Un tableau de James Tissot:

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Et une gravure de 1884:

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Pour commencer, j'ai pris le patron du bustier sur celui que j'avais fait pour Mary Kelly et j'ai modifié le devant.

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Pour le dos, ce patron est très inspiré du patron 1884 de chez Burda, j'ai juste changé la forme des basques, dont on ne voit que la moitié:

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Les manches:

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Les basques et le jupe:

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Deux couches de dentelles:

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Trois couches de dentelle:

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Une couche devant! Et j'ai fait un essai de dentelle avec une superbe dentelle de Calais qu'on m'a offerte mais finalement je la mettrais pas, parce que j'ose pas la couper :D

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Là, c'est un petit chapeau de mariée qui une fois dépiauté et redécoré, ira très bien avec :D

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Un ancien jupon que j'ai repassé et qui va parfaitement avec (la jupe est un peu transparente)

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Le bas de la jupe! En gros plan on voit bien les rayures du tissu :)

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Et la dentelle sur les manches! D'habitude je suis très sobre mais là c'est bien là première fois que je trouve qu'il n'y en a pas assez! Je vais rajouter des tonnes de dentelles, de nœuds, de rubans et de volants! Et comme je n'ai plus de tissu bleu, il faut aussi que je trouve un moyen de faire du volume à l'arrière, d'autant que la broderie que j'ai rajouté en bas pèse son poids et tire un peu le volume vers le bas.

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6 janvier:

Quand je disais qu'une de mes bonnes résolutions pour 2014 était de prendre mon temps pour la couture, là pour cette robe je n'avais pas menti! J'ai mis des heures à la finir^^

Voilà des petits nœuds devant:

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Un nœud dans le dos pour resserrer un peu la taille:

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Des volants bleus et des nœuds sur les manches:

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Et enfin, la touche finâââle, comme dirait Rowan Atkinson dans Love Actually, un gros nœud bleu pour cacher le creux du décolleté. Au départ j'avais fait un nœud jaune pâle, mais la forme était pas terrible, alors j'ai changé.

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Le chapeau, devant et dos:

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Donc en fait c'est terminé, et je ferais des photos de la robe portée demain si tout va bien!

9 janvier:

Gasparde a bien voulu me prendre en photo, du coup en cinq minutes c'était plié, et elles sont parfaites!

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Et un petit portrait dans l'ambiance pour la frime, vu que j'ai de nouveau photoshop :D

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Robe de bal de "La Curée"

Il y a déjà quelques temps, dans une analyse naze que j'avais faite de la Curée, j'avais dit que je voulais faire une des robes que porte Renée Saccard au début du roman. Et bien après avoir acheté les fournitures aux Imaginales (des kilomètres de soie.... Miam), je l'ai commencée hier!

Alors si c'est une création, puisque j'ai du l'inventer, je la classe quand même dans les "costumes historiques". J'ai essayé de faire un dessin qui soit au plus proche de la description. Le souci c'est que le roman a été publié en 1872, qu'il est sensé se passer dix ans avant, mais que Zola décrit une mode de son temps (la tunique, la jupe garnie à l'arrière de volants...). Alors du coup, j'ai dessiné quelque chose des années 1870. (Faut dire aussi que je kiffe pas particulièrement les crinolines des années 1860^^)

« Quand Renée entra, il y eut un murmure d’admiration. Elle était vraiment divine. Sur une première jupe de tulle, garnie, derrière, d’un flot de volants, elle portait une tunique de satin vert tendre, bordée d’une haute dentelle d’Angleterre , relevée et attachée par de grosses touffes de violettes ; un seul volant garnissait le devant de la jupe où des bouquets de violettes, reliés par des guirlandes de lierre, fixaient une légère draperie de mousseline. Les grâces de la tête et du corsage étaient adorables, au-dessus de ces jupes d’une ampleur royale et d’une richesse un peu chargée. Décolletée jusqu’à la pointe des seins, les bras découverts avec des touffes de violettes sur les épaules, la jeune femme semblait sortir toute nue de sa gaine de tulle et de satin, pareille à une de ces nymphes dont le buste se dégage des chênes sacrés ; et sa gorge blanche, son corps souple, était déjà si heureux de sa demi-liberté, que le regard s’attendait toujours à voir peu à peu le corsage et les jupes glisser, comme le vêtement d’une baigneuse folle de sa chair. Sa coiffure haute, ses fins cheveux jaunes retroussés en forme de casque, et dans lesquels courait une branche de lierre, retenue par un nœud de violettes, augmentaient encore sa nudité, en découvrant sa nuque que des poils follets, semblables à des fils d’or, ombraient légèrement. Elle avait, au cou, une rivière à pendeloques, d’une eau admirable, et, sur le front, une aigrette faite de brins d’argent, constellés de diamants. Et elle resta ainsi quelques secondes sur le seuil, debout dans sa toilette magnifique, les épaules moirées par les clartés chaudes. »

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30 juillet 2013 :

Première étape, le corsage:


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Bordé de dentelle d'Angleterre :D (Enfin c'est de la dentelle de nylon, mais faut pas charrier, je la trouve où, moi, la vraie? J'ai pas de TARDIS pour aller faire un saut au Bonheur des Dames :D )

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Et une drôle de pièce pour le recouvrir:

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(Où l'on voit que les fausses hanches XVIII ème c'est aussi très pratique pour fabriquer des épaules à mon mannequin ;) )

31 juillet:

Je n'ai pas pu résister à passer toute la journée à coudre cette robe... Je n'ai travaillé que le bustier, ce fut long! Ce qui m'a vraiment décidé à commencer ce projet, c'est qu'un bal costumé aura lieu à Strasbourg le 19 octobre, et j'en suis!!! Enfin mon rêve se réalise :D Happy je suis^^ Et mes lecteurs, ça vous dirait pas qu'on s'y retrouve? L’événement est là: Le Bal des Lys

Je suis donc allée acheter quelques petites fournitures... Qui dirait que ces petites choses-là m'ont coûté 60 euros??

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Voilà la drôle de pièce cousue, et placée un peu plus bas d'ailleurs pour accentuer le décolleté:

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En parlant de drôle de pièce, en voilà une autre bien bizarre, avec baleines à l'intérieur. Comme je suis infichue de vous expliquer ce que c'est et comment je l'ai faite, je vous montre en images:

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Voilà ci-dessous cette pièce cousue avec une dentelle entre. Je n'ai pas vraiment l'impression que toute ma superbe technique se voit mais ça donne du corps et de l'épaisseur au bustier :) J'avais prévue de la fermer dans le dos avec des œillets et un ruban mais sur aucune de mes gravures de l'époque on ne voit le système de fermeture, aussi je réfléchis encore!

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En attendant que je trouve la solution, , voici un brin de dentelle posé en plus, et des fleurs épinglées pour donner un aperçu. Bon normalement, ce sont des violettes, mais je n'en ai pas trouvé, et comme je suis tombée au carrefour sur une promo à 25 cts la fleur en tissu, j'allais pas me priver!! Ce seront donc des iris^^:

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C'est beaauuu hein :D ?

1er août:

Finalement j'ai utilisé mes œillets pour fermer la robe, je ne trouve pas ça si laid que ça :) Par contre, c'était vraiment la merde à poser! Y a qu'au bout du dixième que j'ai réussi à en faire un parfait, et j'ai du en enlever deux qui ont bien failli me niquer tout le dos:

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J'ai pas mis des œillets jusqu'en haut, j'ai improvisé en mettant tout ce que j'avais sous la main et il se trouve que les gros rubans, ça faisait joli:

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Du coup, j'en ai mis deux :D

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Pour la jupe, j'ai pris le patron Butterick déjà utilisé pour ma robe d'Albine. Ces andouilles ont queuté sur deux points: d'abord, il est hors de question que je la ferme avec une fermeture éclair, (et ça se prétend patron "historique", tu parles :) ) et ensuite, elle est beaucoup trop grande:

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Et elle était aussi beaucoup trop courte, même avec les volants de prévus, j'ai du rajouter dix centimètres. Pourtant y avait pas marqué qu'il y avait besoin de pinces pour la taille! Bon j'en ai fait quand même:

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Et j'ai mis un jupon en-dessous, ça donne un peu plus de corps (bon y en aura encore plus quand ça sera repassé :P )

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Et hier soir, j'ai passé mille ans à épingler 8 m de plis creux, puis à les coudre! On peut vraiment dire que j'en avais plein le dos, et plein les yeux, comme aurait dit Maxime :D

- "Oh ! tes jupons, murmura-t-il avec mauvaise humeur, j'en ai jusqu'aux yeux..."

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(Vous avez droit à un portrait de Bistouille en prime :p Elle m'accompagne partout, elle adore grignoter les fils de soie :D)

2 août:

Je n'ai fait que ça hier, mais c'est parce que d'une j'ai travaillé sur un autre costume, et de deux, parce que c'était long! Il a fallu faire l'ourlet, poser la dentelle, et repasser les plis! Mais ça vaut le coup, non^^?  Et sinon j'ai mis le deuxième coussin en-dessous, ça fait encore une meilleure tenue et y a un beau mouvement vers l'arrière :)

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3 août:

D'abord, la sur-jupe en mousseline blanche. Évidemment c'est un peu long, alors j'ai recoupé et plissé:

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Puis, il a fallu faire le tablier:


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Ensuite, j'ai fait une première traîne.

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Mais comme il s'est avéré qu'elle était trop courte, j'en ai fait une seconde, mais j'ai utilisé les deux. Ce qui est cool avec la soie c'est que c'est léger, que donc ça n'affaisse pas la silhouette, et que ça fait de beaux mouvements:


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Et puis j'ai épinglé des fleurs pour voir ce que ça donnera:

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4 août:

J'ai repassé et cousu le tout, et mis des rubans pour l'attacher:

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Et j'ai fait des fleurs amovibles en y mettant des épingles à nourrice. (J'ai fait les mêmes sur des épingles à cheveux pour la coiffure)

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Bon je trouve ça un poil trop chargé, on va voir si je peux arranger ça. Je suis allée en ville cet après-midi, et j'ai trouvé un adorable éventail et une petite bourse qui vont trop bien avec :D C'est pas de la dentelle d'Angleterre, mais de la dentelle de Bruxelles, et c'est très bien aussi^^

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5 août:

Voilà, elle est presque finie! Il ne me reste plus qu'à fixer du lierre sur la mousseline, mais il est en route!

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16 octobre:

Voilà, prise avec mon téléphone, une photo du jupon refait en dernière minute!

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31 octobre 2013 :

Le 19, je suis allée au Bal des Lys et c'était vraiment très chouette! Je viens d'avoir des photos grâce à Rainbird de la robe portée avec la coiffure et le maquillage, je les remets ici:


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Je me trouve particulièrement jolie sur ces photos, et il y a même un faux air de Kate Winslet, surtout sur la dernière, qui n'est pas pour me déplaire^^


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Le Bal des Lys

     Les articles façon “reportage” sur ma vie privée, ça n’a jamais été mon fort. Peut-être parce que d’autres que moi racontent bien mieux ce qui leur arrive, avec plus d’humour ou de talent. Ou peut-être aussi parce que je n’aime pas garder les “preuves” de ce que j’ai fait dans ma vie: photos, tickets de musée ou de cinéma… Je n’en prends pas ou je les jette. Mais ce week-end, j’ai participé à mon premier bal costumé, et c’était une expérience tellement chouette, de réaliser un de mes rêves de gamine, que ça m’amuse de me prêter à l’exercice, et que pour une fois, j’ai envie de me rappeler de tout!

                              Début août 2013

Une amie de longue date, organisatrice de murders comme moi avant, me fait passer un lien sur la page facebook du grenier, là où j’expose toutes mes créations de costume. A première vue, je me dit: encore un de ces événements trop loins, trop snobs, trop chers, auxquels je ne pourrais pas participer. Et puis je vois que c’est à Strasbourg, que le thème des costumes est historique et va du XVIII ème au début du XX ème, bref, ça me tente. Mais j’ai pas de sous, alors je remise le message à la poubelle, comme d’habitude, pour éviter la frustration… Sauf que mon chômage tombe, trois mois d’un coup, miracle! Je me dis, pour une fois, et si je faisais une folie? Du coup dans la foulée, j’en parle à une amie, qui comme moi adore ça, et on décide d’y aller toutes les deux! (En fait, j’avais demandé à l’origine à mon amoureux, mais il ne voulait pas, et entre temps, tant mieux, vu qu’il n’est plus mon amoureux… Le prochain devra aimer danser et se déguiser en Darcy :P !!)

                             Un cadeau d’anniversaire

Le 17, c’est mon anniversaire, et Falang vient! Là on s’est organisées pour le bal, et on a décidé de jouer le grand jeu: train et pas covoiturage, hôtel pile en face de la salle de bal, robes plus spectaculaires tu meurs, bref, la totale! Elle sera Mina dans Dracula, et moi Renée Saccard dans la Curée. On passe chacune presque deux semaines à faire nos robes (ce qui pour moi est un record… de longueur :D), j’essaye de l’aider, et une semaine avant, elle change d’avis, et simplifie son modèle. Moi, j’ai acheté une crinoline à traîne pour rien, puisqu’elle ne va pas avec ma robe, et suis obligée de me fabriquer un jupon deux jours avant. Finalement, ç’aura été une meilleure idée, parce que plus tard…..

                          Le train le plus long du monde…

Samedi matin, à 6h, je me lève pour prendre le train, déjà bien fatiguée par deux semaines de déménagement, montage de cartons, peinture de meubles…. Et arrive une demi-heure à l’avance à la gare. C’est tout moi ça, toujours la trouille de tout rater, et finalement je m’emmerde dans le froid pour rien. Arrivée sur le quai, je vois un train plus pourri tu meurs, sans la moindre indication dessus: c’est un train inter-city, qui a dû sortir d’une faille temporelle des années 50. Sur le quai, une jeune homme irlandais me demande si c’est le bon, tout surpris comme moi de ce machin hors-temps, et une dame avec son vieux père se rajoutent dans la conversation: de fil en aiguille, je reste avec les deux pour les aider, et on s’installe dans le même coin. La fille me confie son papa: il n’est plus tout jeune et ne saura pas où descendre… Et en effet, j’ai passé les 6h de trajets suivant à l’empêcher de descendre à chaque arrêt^^ (Oui, oui, six heures…) Jusqu’au Luxembourg, je discute en franglais avec le jeune homme irlandais, et on se découvre les mêmes goûts pour le cinéma: lui aussi est fan de comédies musicales niaises, et connait même “Return to Oz”, la suite du Magicien d’Oz dont j’étais super fan gamine. On passe trois heures à se marrer comme des cons, tandis que je passe mon temps à chouffer le papy qui nous refile des tic-tac tous les cinq minutes.Le temps passe un peu plus vite comme ça.

Le jeune homme descend, et le papy s’installe en face de moi. On commence à discuter, il est adorable cet homme: 85 ans, encore très alerte, mais comme il est marocain il mélange un peu ses deux langues et j’ai du mal à tout comprendre. Au final, il aura partagé son Kiri avec moi à midi et je lui aurais refilé mon 06: sachez que toute ma famille est invitée à passer un mois au Maroc ;))

13h18, j’arrive enfin. J’ai mal partout, le train était très inconfortable… Moi qui devais attendre mon amie une heure à la gare, finalement on arrive au même moment: ça aura au moins eu cet avantage! On se tombe dans les bras, enfin, j’arrête d’avoir peur, maintenant qu’elle est là, tout va bien se passer!

L’hôtel de la Cathéd…râle

On met à peine un quart d’heure pour trouver l’hôtel. A vrai dire, il est juste en face de la cathédrale. La maison Kammerzel, où l’on va danser le soir, est un immeuble classé avec un restaurant au rez-de-chaussée. C’est magnifique, le coin me plaît vraiment! On dépose nos valises et découvre nos chambres: il était prévu un tout petit truc avec un seul lit, on se retrouve avec une chambre à mezzanine sous les combles adorable, deux lits et plus de confort dans la salle de bain que dans mon propre appartement^^ On fout le bordel, déballe les jupons pour qu’ils se défroissent, et décide de visiter la ville.

Brocantes et vieilles dentelles

On a deux heures pour faire un petit tour: il fait un temps sublime, je suis en robe, la ville est magnifique, et… il y a une brocante! Je ne me suis jamais sentie aussi bien, et j’oublie pour un temps tous mes soucis du moment. On s’extasie en voyant que la brocante n’est pas un vieux boui-boui: il n’y a que des choses de valeurs, j’ai envie de tout acheter. Finalement, c’est mon amie qui dépensera quelques euros dans une paire de gants noirs pour sa robe. La vendeuse nous dit qu’elle connait une boutique pas loin où on pourrait trouver des gants longs: il nous reste une heure, on y va! Mais on se perd… Après des détours, on la trouve, il n’y a pas de gants, et on est en retard sur notre planning….

Stressgirl:

J’avais demandé deux heures pour se préparer à l’aise, parce que je sais que je stresse et que je mets du temps. On n’en a plus qu’une, je commence à chauffer, je cours dans tous les sens, je sens bien que c’est contagieux, mon état d’esprit pourri, elle n’arrive pas à mettre ses lentilles à cause de moi. Je déteste quand je suis comme ça, mais quoi, je suis une angoissée de la vie… Elle est adorable, patiente, et m’aide pour mes cheveux et ma robe. Finalement, on est prêtes avec un quart d’heure de retard, et comme d’habitude, je me trouve hideuse. Pourtant objectivement, avec le recul, quand je me suis regardée dans le miroir, c’était pas mal. Sauf que je n’ai pas confiance en moi, et comme je sais que je vais être regardée, tous mes complexes remontent à la surface: tâches rouges sur la peau, bras trop gras, taille pas assez fine malgré le corset, gros pif, dos tordu, double menton… bref, j’ai pas du tout envie d’y aller. Je fais semblant de perdre mes gants trois fois, histoire de retarder le moment… Sauf que c’est quand même sensé être mon rêve et que j’ai entraîné Falang dans cette galère: si j’y vais pas, elle n’ira pas non plus. Et ce serait légèrement du gâchis ;) Donc j’empoigne ma traine et je me motive! Une fois dans les escaliers de l’hôtel, je nous vois dans la grande glace baroque, et j’ai une révélation: on est quand même toutes les deux sublimes..

En haut des escaliers

Au premier étage, une chanteuse lyrique, près d’un piano, de grands rideaux, quelques messieurs en haut de forme dans le fond, des moulures au plafond, un parquet de danse, et des tables dressées comme dans Titanic avec des chaises dorées: c’est bon, je suis conquise! Même s’il ne s’agissait que de rester assises sans rien faire toute la soirée, ça m’irait. Puis je tombe directement sur cette amie qui m’avait envoyé le lien de l’événement, on gniiise comme toute fille débile qui n’a pas vu sa pote depuis longtemps, et elle fait les présentations avec son groupe: du coup c’est parti, moi qui avait prévu de rester avec Falang dans mon coin toute la soirée, non, on parle, on s’éclate, on est avec des gens comme nous, intelligents, drôles et qui n’ont pas peur du ridicule, et misère, je suis populaire! C’est un truc qui ne m’arrive quasiment jamais, d’ordinaire on me regarde de loin avec de grands yeux, c’est qui cette fille bizarre qui se prend pour une princesse de Disney à 30 piges?

On rencontre l’hôtesse, adorable, dans une robe de cour XVIII ème qui lui fait rejouer des scènes de la Folie des Grandeurs, puis on se prête à une séance photo que vous m’en direz des nouvelles. On nous mitraille, ils sont gentils de recommencer sous mes directives de chieuse (ben quoi, j’ai pas passer tout ce temps à être belle pour qu’il ne reste rien :P) et pour une fois, je ne suis pas trop mal à l’aise: la robe, la coiffure, le maquillage: j’ai tout calculé pour être impec’. Je regarde cependant une photo, mais pas les suivantes: mes défauts me reviennent tous à la gueule.

On a le droit à un apéritif, mais seul le muscat est passé: avec les corsets, la nourriture, c’est difficile^^ Du coup on est un peu pompettes, et tout le stress disparaît. Le repas est un délice, deux menus qu’on se partage et que je mets un temps fou à avaler: terrine de campagne aux mirabelles et avocat pimenté en entrée, filet de sole ou porc aux griottes en plat principal, et île flottante (mon dessert préféré^^) en dessert! Par contre, je suis incapable de vous redire exactement quels étaient les noms des plats, ce qui aurait ajouté encore un peu de classe, s’il en avait fallu, à cet événement.

Il ne vous est jamais arrivé de vous demander pourquoi les héroïnes de ces époques demandent des sels toutes les quatre secondes, et de trouver ça totalement ridicule? Et bien portez cette tenue, et je vous assure que si vous ne tombez pas dans les pommes, entre la chaleur, l’alcool, le corset, vous êtes fort(e)s ;) Moi, même si je sais qu’elles étaient habituées, je les plains, et ne ferais pas ça tous les jours :D !

Oui mais si on danse?

Avec tout ça dans le bide, fallait en vouloir pour réussir à se lever :) Mais le couple qui allait nous apprendre les danses est arrivé, alors fallait bien se bouger :) La plupart d’entre elles étaient des danses plus folkloriques ou médiévales, mais j’étais très heureuse parce que j’ai eu droit à ma contredanse anglaise! Évidemment, pas de Darcy ni de colonel Brandon en vue pour m’inviter, mais hein, ma cavalière était aussi très sympathique^^ Pendant qu’on dansait (et j’ai réussi à peu près à m’en tirer), je regardais la scène, et c’était vraiment superbe, tous ces messieurs en gilets, ses dames en belles robes. Si toutes avaient choisi la même époque, on s’y serait vraiment cru! Par moments, d’ailleurs, des groupes se formaient ou bizarrement, les époques étaient les mêmes, ce qui faisait rejouer quelques tableaux célèbres, du genre Eugénie et sa cour pour les robes 1860, ou du Tissot pour notre groupe, axé sur les années 1870. D’ailleurs, je pensais sincèrement que nous serions les seules à avoir choisi cette époque, mais nous étions bien une dizaine! Et il ne devait y avoir que la moitié en XVIII ème! Ce qui dominait était le steampunk, ou ce que j’appelle globalement le “costume-placard”, à savoir, on prend une pièce ici, un truc là, ça devrait bien ressembler, une belle coiffure et un beau maquillage, ça fera illlusion! Mais dans ces “costumes-placards”, quelques-uns étaient très réussis, notamment une jeune femme avec ce qui devait être globalement une robe de mariée des années 70: elle avait du passer chez des pros avant parce que coiffure et maquillage étaient vraiment impeccable, et ça faisait très regency^^

Évidemment, avec nos traînes, on s’est fait marcher dessus plusieurs fois, et je n’ai pas arrêté de perdre mes iris qui sautaient partout façon Flore qui sème le Printemps. Tout au long de la soirée, des gens très gentils s’amusaient à me les rendre^^

On est arrivées facilement à deux heures du matin, et pour nous deux, c’était bien la première fois qu’on restait jusqu’à la fin d’une soirée (genre d’habitude moi je me casse dès que je fatigue, l’ambiance fin de soirée alcoolisée c’est pas trop mon truc), et sincèrement, je serais bien restée plus longtemps!

Fin de bal…

Alors pour immortaliser ce moment, j’ai demandé une séance photo “after”:. Pour vous je ne sais pas si ça sera aussi marrant, mais je crois qu’on a jamais autant rigolé toutes les deux! En me déshabillant, j’ai découvert que ma jupe du dessous était morte, tiens donc, c’était ça tous les “cracs”?? 

Le lendemain, on a laissé nos valises à l’hôtel, et avons continué de visiter la ville. Comme j’étais totalement morte (fatal dôme au chocolat chantillyé et fatale choucroute :P) on est allées au cinéma voir “Neuf mois ferme” qui était vraiment excellent! J’ai pleuré et j’ai beaucoup ri, mais cela dit, c’était peut-être du à la fatigue :p Non je blague, je n’aurais peut-être pas pleuré en temps normal, mais c’était vraiment bien écrit, et les acteurs sont excellents!

Le voyage de retour fut éprouvant, et rien que de le raconter, ça m’use… En plus j’étais seule, alors sans ma copine, c’était évidemment bien moins drôle. Ces deux jours avec elle furent vraiment très chouettes :) Donc je vais passer pour dire que je suis rentrée épuisée, mais ravie, à onze heures du soir, et que je veux recommencer!!!!

Robe fleurs 1875 "La Mort d'Albine" dans la "Faute de l'Abbé Mouret " de Zola

A Halloween moi et mon amoureux organisons une soirée intitulée “RIP VIP” où l’on doit incarner un personnage célèbre paré des attributs de sa mort. J’ai choisi la mort d’Albine dans la Faute de l’Abbé Mouret de Zola, mort que je trouve la plus jolie et la plus romantique qui soit: pour ceux qui ne sauraient pas ou ne s’en souviendraient plus, Albine, enceinte, se suicide par désespoir amoureux en coupant toutes les fleurs du Paradou et en s’asphyxiant avec dans la chambre aux Amours.

J’ai donc pris un modèle de robe 1875, date de parution du roman, et je vais faire une robe… entièrement en fleurs.

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Pour mon anniversaire on m’a offert un superbe tissus à feuilles, un peu Douanier Rousseau, qui est parfait pour faire la base!

21 août:

J’ai coupé les pièces et les ai épinglées sur le mannequin

Essai de ceinture

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22 août:

j’ai cousu les pièces (l’effet asymétrique n’était pas des plus simple) et voilà, bah en deux jours, j’ai terminé la base… Il ne me reste plus qu’à tout recouvrir de fleurs!

J’ai épinglé pour l’instant trois barrettes dessus pour voir ce que ça donnera, mais il m’en faudra des tonnes!

Le système de fermeture est à base d’agrafes que je ne connaissais pas mais que j’ai trouvées au Veritas, mon nouveau magasin préféré :) Comme ça, quand la robe est fermée, c’est invisible! Dorénavant, c’est ce que j’utiliserai pour toutes mes robes, notamment les robes XVIII ème (parce que bon, j’ai un peu galéré avec la fermeture intérieure invisible de ma robe verte^^)

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1er octobre:

Je sais, j’ai mis le temps, mais j’ai terminé :) Il m’a fallu trouver des fleurs artificielles (la vendeuse du casa m’a bien vue passer pendant deux semaines, et mon amoureux m’en a offert aussi), ainsi que les idées pour les placer :) Mine de rien, ce n’était pas si simple, il fallait un vrai talent de fleuriste! Ce que je n’ai pas, aussi j’ai fait des tonnes d’essais.

Voilà pour l’instant ce que ça donne, sans maquillage approprié ni accessoires, et avec photo floue et moche :). Il faut que j’achète un postiche pour me rallonger les cheveux, mais pas avant mercredi parce que je passe chez le coiffeur refaire ma couleur. De même, je dois trouver ou accessoiriser des chaussures. Si jamais je ne trouve rien (l’idéal serait de petits escarpins verts) je prendrais mes bottines noires 1900. J’hésite encore à faire des gants ou une couronne de fleurs, je ne sais pas si c’est nécessaire. D’autres photos vont certainement suivre le jour même de la soirée!

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(Je kiffe les nénuphars en bas :D )

Robe "Le bar des Folies-Bergères" de Manet

20 janvier:

Je SAIS que je devrais être en train de faire mon déménagement, mais j’ai craqué. Il FALLAIT que je couse.

Hier soir ça m’a pris comme une envie de me gratter, j’ai fouillé dans mes cartons de tissus, sorti du velours noir et de la dentelle blanche, et hop, à coup de ciseaux comme Edward aux mains d’argent, j’ai taillé dans le tas pour faire le haut de ce tableau:

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Comme je n’ai toujours pas d’appareil photo, bah, ça viendra après.

Pour l’instant il est terminé et je le porte au boulot sur une jupe courte crème. Il faudra encore que je pose la dentelle sur les manches, que je trouve la broche de fleurs, et que je fasse la jupe!

24 janvier:

Photo! Bon elle craint, je peux pas mieux pour l’instant :)

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Jeudi 26 janvier:

Alleluiaaaaaaah!

Mon appareil photo est open!!

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C’est tout de suite mieux comme ça hein^^?

Imitation de Zola

Autrefois, quand j’étais une jeune et belle étudiante, toute naïve et pleine d’ambitions littéraires sur les bancs de la faculté, j’avais un cours que je chérissais par-dessus tout : c’était une sorte d’atelier littéraire donné par un professeur adorable dont j’étais secrètement amoureuse (de même que les ¾ de mes camarades féminines, et c’était pas secret, dans la mesure où je rougissais comme une courge chaque fois qu’il me parlait ) dans lequel il nous a été donné plusieurs fois de pasticher un style littéraire. Je me souviens notamment d’un pastiche de Proust sur lequel j’avais passé bien une soirée, et que j’avais adoré faire…

Alors que je lisais cet après-midi au boulot (oui je sais c’est pas bien mais vive Wikisource!) « Le Ventre de Paris » (continuant sur ma lancée, à savoir lire les Rougon-Macquart dans l’ordre), j’ai eu envie de pasticher le style de Zola, que j’adore. Voici donc ce petit chapitre, sans prétention aucune, qui reprend ma désormais célèbre « Scène de la bibliothécaire emmerdée » (oui car j’en suis au moins à ma sixième réécriture de ce thème). J’espère que ça vous plaira, et s’il y a des connaisseurs dans mes lecteurs, est-ce qu’ils pourraient me dire si j’ai réussi mon exercice ou bien s’il est totalement loupé ?

 

 

Imitation de Zola

 

-Scène de la bibliothécaire emmerdée-

 

 

Florent Baudin entra dans la bibliothèque et grimpa les escaliers, de lourdes marches de marbre sali sur lesquelles des siècles de lecteurs avaient posé leurs semelles avant lui. Il ne reconnaissait plus l’endroit, s’y trouvait perdu, ne se souvenant plus depuis combien d’années il n’y avait pas mis les pieds.

Au fond, à la place des élégantes boiseries d’autrefois, des blocs d’étagères de métal gris s’élevaient comme des colonnes antiques, portant dans leurs flancs des alignements de livres, faisant des murs de briques. Cela semblait les murs d’une prison grecque, toute grise, d’un gris de tristesse, où l’on aurait enfermé le savoir comme on l’aurait fait d’oiseaux. Les pages ne demandaient qu’à s’envoler, dans cet ennui de plomb que la lumière, tombant des larges fenêtres, éclairait d’un demi-jour morne.

Devant lui, un vaste espace semé de fauteuils laids s’étendait. Cela faisait des tâches vives de couleurs orange et violette qui ne s’accordaient pas entre elles et agressaient les sens. Avec son âme de peintre, l’envie lui prit de bouleverser tout cela, ces couleurs laides et misérables, ces formes trop modernes, et d’y mettre du goût, de la vie, des rondeurs de femme. Le bâtiment lui semblait un bourgeois solitaire n’ayant jamais connu la douceur d’une bouche sensuelle, avec ses lignes trop nettes, sa sobriété guindée de couvent, et ses nuances empruntées à la palette d’un artiste misérable et loqueteux des bas-fonds.

Sur la gauche, perdue derrière un bureau noir et revêche trop grand pour elle, sous l’enfoncement que faisait la pente du toit et les hautes poutres de dentelle métallique se rejoignant en arc brut, il aperçut une jeune femme ; la bibliothécaire au vu du petit carré blanc marqué de son nom qui se détachait sur le coton de son corsage noir. Elle, belle femme, semblait attendre que l’on vienne la sortir de sa torpeur. Enfoui sous une abondante masse de boucles d’or fauve, son visage, pâle et rond comme une lune de décembre, exprimait l’ennui le plus profond. Ses paupières lourdes et sa joue comprimée par sa main, le coude posé sur le comptoir, lui donnaient l’air d’une Madone moderne, alanguie dans une pose sensuelle de serveuse de café sans client.

Quand elle vit Florent, dans un sursaut d’espoir du à son instinct de bibliothécaire, son œil s’alluma d’une flamme vivante, et tout son corps frissonna, sortant de l’attente ,comme d’un bain que l’on aurait laissé refroidir. Sa figure blanche se colora de rose aux joues, fleur fanée qui renaît à la vie, et elle se redressa en le mangeant de ses grands yeux. Mais lui, l’homme perdu, n’eut pas plus que ce premier regard de curieux pour elle. Il fit demi-tour, fuyant, et d’un bond, fut dans les escaliers. Elle s’éteignit de nouveau, comme la flamme d’une bougie que l’on aurait soufflée. La bibliothèque, comme elle, retourna à son gris de cendre.

Et c’était une tristesse de la voir là, si ennuyée, si morne et si désemparée, au milieu de cette mer de livres que personne n’ouvrait plus…

La Curée: analyse partiale et personnelle

                                          La Curée

             Une courte critique personnelle de Mademoiselle Mars

 

Introduction

J’ai décidé de faire la critique d’un livre d’une manière tout à fait sérieuse, attendu que je n’ai pas fait plus de dix ans d’études de lettres pour rien et que j’ai été ignominieusement provoquée par la dénommée Falang sur mon forum chéri dont je ne citerai pas le nom. Et même si elle ne l’a pas fait volontairement, la vue des longs pavés qu’elle et le sieur Laston (parfois aussi Dracula) nous postent souvent dans  le topic “Ce que vous lisez en ce moment” ainsi que dans le topic « Dernier film intéressant vu » sur ce même forum, à elle seule aurait suffit à me provoquer. De surcroît, mon cerveau s’est rouillé depuis toutes ces années passées loin des bancs de ma faculté, et je profite de cet exercice pour tenter de le réactiver ainsi que pour vous prouver que je suis suprêmement intelligente ne suis pas infichue d’être sérieuse. Je lis trop souvent des billets sur des blogs littéraires qui m’énervent par leurs stupidités et leurs erreurs, alors voilà, je veux prouver que je peux faire mieux. Je suis une horrible petite prétentieuse pleine d’ambition et de “poussez-vous-c’est-moi-que-vla-ou-jvous-écrase”.

Et j’ai toujours rêvé de placer cette phrase: “”A pédant, pédant et demi, qu’il s’avise de parler latin, j’y suis grec, je l’extermine!”

J’ai donc choisi pour vous aujourd’hui La Curée, roman d’Emile Zola paru en 1872 et deuxième volume de la série Les Rougon-Macquart. Ceux qui n’aiment pas les spoilers, passez votre chemin.

A titre d’indication, je tenais à souligner qu’Emile Zola est un des écrivains majeurs du panthéon de la Littérature Française, et accessoirement mon préféré. Je suis en train de relire tout le Cycle des Rougon-Macquart dans l’ordre (oui j’en ai déjà lu plus de la moitié, mais dans le désordre) attendu que toute la puissance de Zola se trouve justement dans le fait de lire en continu cette fresque historique où l’hérédité et le milieu jouent avec les personnages comme des marionnettes. Si vous n’êtes pas sages, je vous ferai la critique de tous les dix-sept romans à venir, sachant qu’arrivée au Docteur Pascal, (ce roman étant l’aboutissement du cycle et pour moi l’apothéose de l’écrivain) j’en aurais forcément encore plus à dire.

Hormis la biographie, le résumé et la présentation des personnages, toutes les idées sont de moi, parfaitement partiales et personnelles (donc possiblement fausses). Je ne suis pas allée fouiller dans de quelconques analyses ni même dans mes anciens cours. (D’ailleurs j’aurai eu du mal, je les ai tous jetés et/ou ils sont tous couverts de dessins).

Nous allons donc commencer par une succincte biographie du sieur Emile. Succincte ? Oh non, j’ai dit que je pavéïsais, je tiendrai ma parole. Comme je suis cocasse !

J’emprunte donc les pages suivantes à ma chère amie wikipédia et comme je suis gentille, je vous fais un petit plan, histoire que vous ne vous perdiez pas dans les méandres de ma réflexion. (Bon, et comme je suis en fait vraiment gentille, je vous l’ai mise en tout petit histoire que vous la sautiez si ça vous dit, mais… un peu de culture ne fait pas de mal.)

I/ Biographie d’Emile Zola

                        Enfance et adolescence provençale (1840 - 1858)

Émile Zola naît à Paris le 2 avril1840 d’un père italien. Il est le fils unique de Francesco Zolla (François Zola en français) et d’Émilie Aubert. Son père, ingénieur de travaux publics, ancien officier subalterne italien, soumissionne la construction d’un système d’amenée d’eau potable à Aix-en-Provence depuis la montagne Sainte-Victoire. Il obtient le contrat le 19 avril 1843 et s’installe alors avec sa famille à Aix-en-Provence. La concession est signée en 1844, il crée avec des partenaires financiers la société du canal Zola. Les travaux commencent en 1847. Il meurt de pneumonie en 1847 après avoir été responsable de la construction du Barrage Zola à Aix-en-Provence.

Les créanciers poursuivent alors la société du canal. En 1851, Madame Aubert se rend à Paris avec son fils pour suivre les actions en justice contre Jules Migeon et les créanciers qui se disputent la Société du canal Zola. Les créanciers font déclarer en banqueroute la société par le tribunal de commerce d’Aix-en-Provence en 1852. Le 10 mai 1853, la Société du canal Zola est bradée aux enchères. Elle est rachetée par ses créanciers et devient “Migeon et Compagnie”.

Émilie Aubert, sa mère, totalement démunie, s’occupe de l’orphelin avec la grand-mère de l’enfant, Henriette Aubert. Restée proche de son fils jusqu’à sa mort en 1880, elle a fortement influencé son œuvre et sa vie quotidienne.

Au collège à Aix-en-Provence, il se lie d’amitié avec Jean-Baptistin Baille et surtout Paul Cézanne qui reste son ami proche jusqu’en 1886. Ce dernier l’initie aux arts graphiques, et plus particulièrement à la peinture.

Dès sa prime jeunesse, Émile Zola est passionné par la littérature. Il accumule les lectures et conçoit très tôt le projet d’écrire à titre professionnel. Il considère dès son plus jeune âge l’écriture comme sa véritable vocation. En sixième, il rédige déjà un roman sur les croisades. Ses amis d’enfance Paul Cézanne et Jean-Baptistin Baille sont ses premiers lecteurs. Il leur affirme plusieurs fois, dans ses échanges épistolaires, qu’il sera un jour un écrivain reconnu. L’histoire lui rendra raison.

                        La vie de bohème (1858 - 1862)

Émile Zola quitte Aix en 1858 et rejoint sa mère à Paris, pour y vivre dans de modestes conditions, espérant trouver le succès. Mais petit à petit, Zola se constitue un petit cercle d’amis, majoritairement aixois d’origine. Installé à Paris, il complète sa culture humaniste en lisant Molière, Montaigne et Shakespeare, mais pas encore Balzac qui ne l’inspirera que plus tardivement. Il est aussi influencé par des auteurs contemporains, comme Jules Michelet, source de ses inspirations scientifiques et médicales.

Émile Zola est recalé par deux fois au baccalauréat ès sciences en 1859. Ces échecs marquent profondément le jeune homme qui désespère d’avoir déçu sa mère. Il est aussi conscient d’aller au-devant de graves difficultés matérielles, sans diplôme et sans formation.

C’est une période où le jeune homme s’éveille à la vie sentimentale. Le premier amour de Zola s’appelle Berthe. Le jeune homme la surnomme lui-même « une fille à parties », une prostituée dont il s’est entiché pendant l’hiver 1860-1861. Il conçoit le projet de « la sortir du ruisseau », en essayant de lui redonner goût au travail, mais cet idéalisme se heurte aux dures réalités des bas quartiers parisiens. Il tire toutefois de cet échec la substance de son premier roman, La confession de Claude.

D’autres passions s’expriment à ce moment de sa vie. En effet, le monde de la peinture fascine Zola, très proche du mouvement impressionniste, avec des peintres qu’il a sans cesse défendus dans ses chroniques. Il gagne l’amitié d’Édouard Manet, qui le représente plusieurs fois dans ses œuvres ; grâce à lui, Zola fait la connaissance de Stéphane Mallarmé. Il est proche aussi de Camille Pissarro, Auguste Renoir, Alfred Sisley et Johan Barthold Jongkind. Paul Cézanne, son ami d’enfance, tient évidemment une place à part. Pendant des dizaines d’années, le peintre et l’écrivain se côtoient, échangent une correspondance riche et s’entraident même financièrement. Mais avec le temps, et surtout la publication de L’Œuvre, roman dans lequel l’artiste croit se reconnaître dans le personnage du peintre raté Claude Lantier, leur amitié s’éteint. Il adresse sa dernière lettre à l’écrivain en 1886, et ils ne se reverront jamais plus.

                        À la découverte de l’édition (1862 - 1865)

Ayant échoué au baccalauréat, Émile Zola affronte sans qualification le marché du travail et entre comme employé aux écritures aux Docks de la douane en avril 1860. Insatisfait, il démissionne au bout de deux mois et connaît une longue période sans emploi, difficile moralement et financièrement, jusqu’au moment où il parvient à entrer en contact avec Louis Hachette, qui l’embauche comme commis dans sa librairie le 1er mars1862. Il est naturalisé français le 31 octobre 1862. Apprécié et multipliant les contacts avec le monde littéraire, il reste quatre ans au service de publicité chez Hachette où il occupe finalement un emploi équivalent à nos attachés de presse modernes.

À la librairie Hachette, l’idéologie positiviste et anticléricale le marque profondément et il y apprend toutes les techniques du livre et de sa commercialisation. Travaillant avec acharnement pendant ses loisirs, il parvient à faire publier ses premiers articles et son premier livre, édité par Hetzel : Les contes à Ninon.

À la fin de 1864, Zola fait la connaissance d’Éléonore-Alexandrine Meley, qui se fait appeler Gabrielle. Ce prénom aurait été celui de sa fille naturelle, qu’à dix-sept ans elle a été forcée d’abandonner à l’Assistance publique. Lourd secret qu’elle révéla certainement à Zola après leur mariage. Née le 23 mars 1839 à Paris, Alexandrine est la fille d’une petite marchande de dix-sept ans et d’un ouvrier typographe, né à Rouen. L’écrivain consacre un portrait à sa nouvelle conquête, « L’amour sous les toits », dans Le Petit Journal[N 6],[10].

On ne connaît pas l’origine de cette liaison. Peut-être est-ce le fait du hasard, puisque Émile et Alexandrine habitaient tous deux les hauts de la montagne Sainte-Geneviève. Des rumeurs font état d’une liaison préalable avec Paul Cézanne et du fait qu’elle ait pu être modèle pour le groupe de peintres que Zola fréquente, ou encore d’une relation avec un étudiant en médecine. Mais aucune preuve ne justifie ces affirmations.

                        Journaliste littéraire (1866 - 1868)

Dès 1863, Zola collabore épisodiquement, puis régulièrement à partir de 1866 aux rubriques de critique littéraire et artistique de différents journaux. Les quotidiens permettent au jeune homme de publier rapidement ses textes et ainsi, de démontrer ses qualités d’écrivain à un large public. C’est pour lui, « un levier puissant qui [lui] permet de [se] faire connaître et d’augmenter [ses] rentes».

Il bénéficie de l’essor formidable de la presse de la seconde moitié du XIXe siècle qui assure l’émergence immédiate de nouvelles plumes. À tous les apprentis romanciers lui demandant conseil, et jusqu’aux derniers jours de sa vie, l’écrivain propose de marcher sur ses pas, en écrivant d’abord dans les journaux.

Il fait ses débuts véritables dans des journaux du Nord de la France, opposants du second Empire. Zola met à profit sa connaissance des mondes littéraire et artistique pour rédiger des articles de critique, ce qui lui réussit. Dès 1866, à 26 ans, il tient les deux chroniques dans le journal L’Événement. À L’Illustration, il donne deux contes qui rencontrent un certain succès. Dès lors, ses contributions sont de plus en plus nombreuses : plusieurs centaines d’articles dans des revues et journaux très variés. On peut citer les principaux : L’Événement et L’Événement Illustré, La Cloche, Le Figaro, Le Voltaire, Le Sémaphore de Marseille et Le Bien public à Dijon.

Outre la critique (littéraire, artistique ou dramatique), Zola a publié dans la presse une centaine de contes et tous ses romans en feuilletons. Il pratiquait un journalisme polémique, dans lequel il affichait ses haines, mais aussi ses goûts, mettant en avant ses positions esthétiques, mais aussi politiques. Il maîtrise parfaitement ses interventions journalistiques, utilisant la presse comme un outil de promotion de son œuvre littéraire. Pour ses premiers ouvrages, il a en effet rédigé des compte-rendus prêts à l’emploi qu’il a adressés personnellement à toute la critique littéraire parisienne, obtenant en retour de nombreux articles.

À partir de 1865, Zola quitte sa mère et emménage avec sa compagne dans le quartier des Batignolles, sur la rive droite, à proximité du faubourg Montmartre, le secteur où se situent les principaux organes de presse. Les réticences de Mme Zola mère retardent de cinq ans l’officialisation de cette liaison. C’est aussi une période de vaches maigres, pendant laquelle Alexandrine effectue de menus travaux afin que le couple puisse joindre les deux bouts.

                        Journaliste politique (1869 - 1871)

C’est au travers de ses interventions dans la presse politique que l’engagement de Zola est le plus marquant. La libéralisation de la presse en 1868 lui permet de participer activement à son expansion. Par des amis de Manet, Zola entre au nouvel hebdomadaire républicain La Tribune, où il pratique ses talents de polémiste par l’écriture de fines satires anti-impériales. Mais c’est à La Cloche que ses attaques les plus acides contre le Second Empire sont publiées. Thérèse Raquin n’a pas enthousiasmé Louis Ulbach, son directeur, mais il admire l’insolence du chroniqueur. Courageux, voire téméraire, Zola s’attaque avec dureté aux ténors de l’Assemblée comme de Broglie ou de Belcastel. Il vilipende une Chambre peureuse, réactionnaire, « admirablement manipulée par Thiers ». Pendant un an, il produit plus de deux cent cinquante chroniques parlementaires. Elles lui permettent à la fois de se faire connaître du monde politique et d’y fonder de solides amitiés (et inimitiés). Il collectionne aussi une foule de détails pour ses romans à venir. Ces engagements sont quelque peu risqués pour l’écrivain. Il tombe deux fois sous le coup de la loi, et est mis en état d’arrestation en mars 1871. Mais ces arrêts n’ont pas de conséquences et il est chaque fois libéré le jour même.

Zola reste soigneusement à l’écart du monde politique, auprès duquel il sait s’engager, mais avec retenue, recul et froideur. L’action politique ne l’intéresse pas et il n’a jamais été candidat à aucune élection. Il se sait avant tout écrivain, tout en exprimant une attitude de réfractaire. Il agit donc en libre penseur et en moraliste indépendant, ce qui lui apporte une stature de libéral modéré. Il s’oppose radicalement à l’Ordre moral, notamment dans La Conquête de Plassans, interdit de vente dans les gares par la commission de colportage, et par la publication de La Faute de l’abbé Mouret, une attaque en règle contre le dogme de la chasteté, renforcé alors par la mise en œuvre du culte du mariage par l’Église. Il défend aussi activement les communards graciés par la loi d’amnistie, en évoquant les parias de la Révolution de 1848 dans Le Ventre de Paris et en soutenant notamment Jules Vallès afin qu’il puisse publier ses propres textes. Ce seront les derniers articles politiques de Zola, puisqu’il a entrepris le cycle des Rougon-Macquart qui va l’occuper pendant vingt-deux années.

Sur le plan personnel, son mariage avec Alexandrine est finalement célébré le 31 mai 1870 à la mairie du XVIIe arrondissement, à la veille du conflit franco-prussien. Alexandrine est un soutien indispensable dans les nombreux moments de doute de l’écrivain. Il lui en sera toujours reconnaissant.

L’écrivain n’a pas été mobilisé en 1870. Il aurait pu être intégré à la Garde nationale, mais sa myopie et son statut de soutien de famille (pour sa mère) l’en ont écarté. Il suit la chute du Second empire avec ironie, mais ne se trouve pas à Paris pendant la Semaine sanglante. On sait toutefois que sans soutenir l’esprit de la Commune, dont il relate modérément les évènements dans la presse, il ne s’est pas associé à Flaubert, Goncourt ou Daudet dans leur joie d’une violente répression. Le 3 juin 1871 dans le Sémaphore de Marseille, Zola écrivait à propos du peuple de Paris : “Le bain de sang qu’il vient de prendre était peut-être d’une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres. Vous le verrez maintenant grandir en sagesse et en splendeur.” Au moment de l’avènement de la République, Zola a cherché à se faire nommer sous-préfet à Aix-en-Provence. Malgré un voyage à Bordeaux, lieu de refuge du gouvernement, c’est un échec. Zola n’est ni un homme d’intrigues ni de réseaux.

                        Vers le succès littéraire (1872 - 1877)

Émile Zola est un homme éminemment social, multipliant les amitiés de tous ordres et tous milieux, tout en refusant les mondanités. Passionné par ses semblables, il privilégie cependant les amitiés artistiques et littéraires, et fuit les politiques. Dès 1868 et grâce à ses travaux journalistiques, il se lie avec les frères Goncourt, Edmond et Jules. Puis en 1871, il rencontre Gustave Flaubert. Celui-ci, à l’occasion de réunions dominicales, l’introduit auprès d’Alphonse Daudet et Ivan Tourgueniev. Toute sa vie, Zola gardera la nostalgie de ce « petit groupe » dans lequel de « trois à six, on entreprenait un galop à travers tous les sujets, où la littérature revenait chaque fois, le livre ou la pièce du moment, les questions générales, les théories les plus risquées. »

Zola se rapproche aussi de jeunes écrivains comme Guy de Maupassant, Paul Alexis, Joris-Karl Huysmans, Léon Hennique et Henri Céard qui deviennent les fidèles des soirées de Médan, près de Poissy, où il possède une petite maison de campagne, acquise en 1878. C’est le « groupe des six » à l’origine des Soirées de Médan parues en 1880. Le groupe lui offre le célèbre « dîner Trapp » le 16 avril1877.

La puissance de travail du romancier a fini par porter ses fruits. Pendant cette période, Zola publie en effet un roman par an, de multiples collaborations journalistiques, ainsi que des pièces de théâtre et Les Nouveaux contes à Ninon. Connaissant depuis de longues années d’importantes difficultés sur le plan financier, sa situation a commencé à se stabiliser à partir de l’énorme succès constitué par la publication de L’Assommoir en 1877. Dès ce moment, ses revenus annuels oscillent entre quatre-vingts et cent-mille francs. Zola n’est pas fortuné à proprement parler, puisqu’après avoir eu sa mère à charge et ses deux foyers, les baisses de ventes de ses romans consécutives à ses engagements politiques l’amènent une fois ou l’autre à la gêne financière. Mais celle-ci n’est le plus souvent que momentanée, et il sera à l’abri de toute difficulté jusqu’à sa mort. Ses romans publiés en feuilletons lui rapportent mille cinq-cents francs en moyenne et ses droits d’auteurs cinquante centimes par volume vendu. Il tire aussi des revenus conséquents de l’adaptation de ses romans au théâtre ainsi que de leurs nombreuses traductions. En quelques années, les revenus annuels de Zola augmentent rapidement au point d’atteindre des montants de l’ordre de cent cinquante mille francs autour de 1895.

                        Le maître du naturalisme (1878 - 1885)

Observateur des hommes et des faits de son temps dans ses romans, Zola n’a cessé de s’engager dans des causes sociales, artistiques ou littéraires qui lui semblent justes, sans jamais faire de politique. Le personnel politique lui semble suspect et avant l’affaire Dreyfus, il n’aura pas d’amis dans ce monde. Républicain convaincu, il s’engage tôt dans un combat contre l’Empire. Les premiers romans du cycle des Rougon-Macquart ont ainsi une visée à la fois satirique et politique. Aussi la censure dont il est l’objet dès 1871 avec La Curée, au retour de la République, le déçoit profondément. Mais il reste fervent républicain, la république étant pour lui « le seul gouvernement juste et possible ».

Cette période, qui marque le début d’une certaine reconnaissance professionnelle, est assombrie par plusieurs évènements dans la vie d’Émile Zola. 1880 est à ce titre une année très difficile pour l’écrivain. Les décès d’Edmond Duranty[N 18], mais surtout de Gustave Flaubert terrassé par une attaque, atteignent profondément le romancier. Ces disparitions, qui se conjuguent avec la perte de sa mère à la fin de la même année, plongent durablement Zola dans la dépression. En 1881, parvenu à l’autonomie financière grâce à la publication régulière des Rougon-Macquart, il cesse son travail de journaliste. À cette occasion, il publie des « adieux » dans lesquels il dresse un bilan de quinze années de combat dans la presse. Il ne reprend la plume du journaliste, hormis quelques interventions çà et là, qu’à l’occasion de l’affaire Dreyfus en 1897, principalement au Figaro et à L’Aurore.

Un des atouts de Zola consiste en sa force de travail et sa régularité, résumées par sa devise qu’il a fait peindre sur la cheminée de son cabinet de travail à Médan : « Nulla dies sine linea »[N 19]. Sa vie obéit pendant plus de trente ans à un emploi du temps très strict[32], bien que sa forme ait varié dans le temps, notamment à l’époque où il conjuguait le journalisme avec l’écriture de romans. En général, à Médan, après un lever à sept heures, une rapide collation et une promenade d’une demi-heure en bord de Seine avec son chien Pinpin, il enchaîne sa première séance de travail, qui s’étend sur environ quatre heures, et produit cinq pages. L’après-midi est consacré à la lecture et à la correspondance, laquelle tient une large place chez Zola. À la fin de sa vie, il modifie cet ordre immuable pour consacrer plus de temps à ses enfants, les après-midis, reportant une partie de ses activités en soirée et dans la nuit.

                        L’achèvement des Rougon-Macquart (1886 - 1893)

En 1888, alors que Zola s’interroge sur le sens de son existence à la veille de la cinquantaine, sa vie bascule brutalement. N’avait-il pas soufflé à Goncourt : « Ma femme n’est pas là … Eh bien je ne vois pas passer une jeune fille comme celle-ci sans me dire : « Ça ne vaut-il pas mieux qu’un livre ? »

Jeanne Rozerot, une jeune lingère de 21 ans, entre au service des Zola à Médan. Originaire du Morvan, orpheline de mère, elle est montée à Paris pour se placer. Elle accompagne les Zola à la fin de l’été, lors des vacances du couple à Royan. Le romancier en tombe immédiatement éperdument amoureux. Émile conçoit pour elle un amour d’autant plus fort qu’elle lui donne les deux enfants qu’il n’avait jamais pu avoir avec sa femme Alexandrine. Jeanne élève Denise, née en 1889 et Jacques, né en 1891, dans le culte de leur père. Pour autant, celui-ci n’abandonne pas la compagne de sa jeunesse. L’idylle est secrète pendant trois ans, seuls quelques très proches amis de l’écrivain étant au courant. Zola installe sa maîtresse dans un appartement parisien et lui loue une maison de villégiature à Verneuil, à quelques encablures de Médan, où il se rend à vélo.

Alexandrine Zola apprend l’infidélité de son époux vers le mois de novembre 1891, et l’existence des deux enfants, par le biais probable d’une lettre anonyme. La crise est grave pour le couple qui passe au bord du divorce. Mais c’est un soulagement pour le romancier, après trois ans de secrets et de mensonges. Contre l’assurance que son mari ne l’abandonnera pas, Alexandrine se résigne à cette situation. Elle s’occupe même des enfants, leur offrant des présents, les promenant de temps à autre, reportant sur eux un amour maternel dont elle a été privée. Après la mort de l’écrivain, elle fera reconnaître les deux enfants afin qu’ils puissent porter le nom de leur père.

Zola essaye ainsi, tant bien que mal, d’organiser sa double vie en partageant son temps entre Alexandrine et Jeanne. En juillet 1894, il écrit : « Je ne suis pas heureux. Ce partage, cette vie double que je suis forcé de vivre finissent par me désespérer. J’avais fait le rêve de rendre tout le monde heureux autour de moi, mais je vois bien que cela est impossible. »

Déjà en son temps, l’immense succès de Thérèse Raquin avait agacé Daudet et les Goncourt. Avec la réussite, et surtout les scandales, d’autres grandes amitiés de l’écrivain se distendent. Des campagnes de presse sont lancées contre Zola, notamment avec un pamphlet publié dans Le Figaro en 1887 : le Manifeste des cinq[37]. Cinq romanciers d’inspiration naturaliste et proches de Daudet et Goncourt, opèrent une attaque en règle contre l’écrivain et La Terre, son nouveau roman en cours de parution dans la presse. Ils lui reprochent violemment ses faiblesses documentaires, « la niaiserie de ses leçons d’hérédité », « le superficiel dans l’observation », « le discours décadent », en affirmant que « le maître est descendu au fond de l’immondice » ! Zola décide de ne pas répondre mais la presse se fait globalement le défenseur de l’écrivain. Les relations entre Zola, Goncourt et Daudet se refroidissent dès lors.

Avec le succès viennent les honneurs. Zola a accepté la croix de la Légion d’honneur à condition d’être dispensé de la demande écrite officielle. Après de nombreuses tergiversations, liées à des articles sévères du romancier sur ses confrères écrivains dans la presse en 1878, Édouard Lockroy lui accorde la rosette. L’écrivain est donc fait chevalier de la Légion d’honneur le 13 juillet 1888, au grand dam encore une fois des Goncourt et d’Alphonse Daudet, mais aussi de ses proches, voire de son ami Paul Alexis. Octave Mirbeau intitule même un article sur Zola à la une du Figaro : « La fin d’un homme ». Le 13 juillet 1893, Raymond Poincaré le fait officier de la Légion d’honneur. Mais, en raison de sa condamnation consécutive à « J’Accuse…! », Zola est suspendu de l’ordre de la Légion d’honneur le 26 juillet 1898 et ne sera jamais réintégré.

Par ailleurs, il est présenté à la Société des gens de lettres par Alphonse Daudet en 1891, et accueilli en son sein « exceptionnellement par acclamation et à main levée à l’unanimité. » Il est élu au comité, puis élu et réélu président de l’association de 1891 à 1900. Il exerce très sérieusement ses fonctions : il intervient dans la presse pour présenter son organisation et ses valeurs, il fait reconnaître la société comme établissement d’utilité publique, le droit de la propriété littéraire et la défense des auteurs en France progressent sous son autorité, des conventions avec des pays étrangers, comme la Russie, sont signées.

                        L’affaire Dreyfus (1894 - 1899)

Articles détaillés : Affaire Dreyfus et Émile Zola dans l’affaire Dreyfus.

Le romancier intervient dans l’affaire Dreyfus à la fin de l’année 1897. Les campagnes de haine antisémite incitent Émile Zola à s’engager en faveur des juifs. Son premier article est publié dès le lendemain dans Le Figaro. Il est suivi de Le Syndicat le 1er décembre et de Procès-verbal le 5 décembre. Il le conclut par la phrase prophétique, restée célèbre : « La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera ». Le véritable traître en lieu et place d’Alfred Dreyfus, le commandant Walsin Esterházy, est dénoncé puis jugé par un Conseil de guerre à Paris le 10 janvier 1898. Il est acquitté le lendemain. Après la condamnation d’un innocent, c’est l’acquittement du coupable, ce qui amène Zola à la réaction. Elle fut extrêmement énergique.

                             « J’Accuse…! »

Émile Zola avait préparé depuis plusieurs semaines un résumé de l’affaire Dreyfus. Le Figaro ayant refusé ses derniers articles afin de conserver son lectorat le plus conservateur, l’écrivain se tourne vers L’Aurore. Il termine la rédaction de l’article dans les quarante-huit heures suivant le verdict. Initialement nommé « Lettre à M. Félix Faure, Président de la République », Ernest Vaughan (le directeur de L’Aurore) et Clemenceau lui trouvent un autre titre, plus ramassé et percutant : « J’Accuse…! » Le numéro du jeudi 13 janvier 1898 de L’Aurore décuple son tirage. Les trois cent mille exemplaires s’arrachent en quelques heures. Cet article est un brûlot, mais aussi la première synthèse de l’affaire Dreyfus, que le public découvre enfin dans sa globalité. Le retentissement de l’article est considérable en France comme dans le monde. Zola s’expose personnellement à des poursuites judiciaires afin de relancer le débat et de ramener l’affaire au sein d’une enceinte judiciaire civile. La réaction du gouvernement ne se fait pas attendre, en assignant Émile Zola pour diffamation.

                             Les procès Zola

Le ministre ne retient que trois passages de l’article, soit dix-huit lignes sur plusieurs centaines. Le procès s’ouvre dans une ambiance de grande violence. Fernand Labori, l’avocat de Zola, fait citer environ deux cents témoins. Ce procès est le lieu d’une véritable bataille juridique, dans laquelle les droits de la défense sont sans cesse bafoués. De nombreux observateurs prennent conscience de la collusion entre le monde politique et les militaires. À l’évidence, la Cour a reçu des instructions pour que la substance même de l’erreur judiciaire ne soit pas évoquée. La phrase du président Delegorgue « la question ne sera pas posée », répétée des dizaines de fois, devient célèbre. Toutefois, l’habileté de Fernand Labori permet l’exposition de nombreuses irrégularités et incohérences, et force les militaires à en dire plus qu’ils ne l’auraient souhaité.

Zola est condamné à un an de prison et à 3 000 francs d’amende, la peine maximale (soit, avec les frais, 7555,25 francs, qu’Octave Mirbeau paie de sa poche le 8 août 1898.

Le 2 avril, une demande de pourvoi en cassation reçoit une réponse favorable. L’affaire est déférée devant les assises de Seine-et-Oise à Versailles. Le 23 mai1898, dès la première audience, Me Labori se pourvoit en cassation en raison du changement de juridiction.

Le procès est ajourné et les débats sont repoussés au 18 juillet. Labori conseille à Zola de quitter la France pour l’Angleterre avant la fin du procès, ce que fait l’écrivain. Les accusés sont de nouveau condamnés.

                             L’exil à Londres

On fait donc partir Zola immédiatement au soir du verdict, avant que celui-ci ne lui soit officiellement signifié et ne devienne exécutoire. À l’image de ceux d’Hugo, Voltaire ou Vallès, cet exil déclenche un important mouvement d’opinion. C’est donc le 18 juillet 1898, que seul, Zola prend le train de 21h00 pour Calais, sans aucun bagage[N 25]. Zola vit reclus à Londres, dans le secret, dans une solitude entrecoupée des visites de ses amis et sa famille proche. Le suicide du lieutenant-colonel Henry, en août 1898, lui redonne l’espoir d’achever rapidement cet exil. Espoir vain, du fait des lenteurs de la justice. La procédure connaît de nombreux épisodes et s’étend sur tout le premier semestre 1899. La décision, positive, est rendue le 3 juin, et, le lendemain, l’écrivain rentre à Paris au terme de onze mois d’exil, avec Fécondité, son dernier roman achevé le 28 mai précédent.

                             Émile Zola dans la révision et le second Conseil de guerre

Le jugement de 1894 est finalement cassé, le capitaine Dreyfus étant renvoyé devant un nouveau Conseil de guerre à Rennes. La première action de Zola est d’écrire à Alfred Dreyfus, un peu après le retour de celui-ci en France métropolitaine, le 30 juin 1899.

Dans une lettre de quatre pages, il s’explique sur son léger retard :

« Capitaine, si je n’ai pas été l’un des premiers, dès votre retour en France, à vous écrire toute ma sympathie, toute mon affection, c’est que j’ai craint que ma lettre ne reste pour vous incompréhensible. Et j’ai voulu attendre que votre admirable frère vous ait vu et vous ait dit notre long combat. »

Entre-temps, l’écrivain a pris sa décision. Afin de ne pas hypothéquer les chances de succès au Conseil de guerre de Rennes, Zola n’interviendra pas publiquement. Le procès s’ouvre le 7 août 1899 dans la salle des fêtes du lycée de Rennes. Fernand Labori, l’un des avocats de Dreyfus, est l’objet d’une tentative d’assassinat à Rennes, qui l’écarte des débats pendant près d’une semaine. Zola lui apporte plusieurs témoignages d’affection, Labori ayant été son défenseur aux assises. Un verdict de culpabilité, avec circonstances atténuantes, est rendu le 9 septembre. Nouvelle iniquité.

Dans L’Aurore du 12 septembre, Zola explose :

« Je suis dans l’épouvante, […] la terreur sacrée de l’homme qui voit l’impossible se réaliser, les fleuves remonter vers leurs sources, la terre culbuter sous le soleil. Et ce que je crie, c’est la détresse de notre généreuse et noble France, c’est l’effroi de l’abîme où elle roule. »

Le gouvernement décide finalement de gracier Dreyfus, du fait de son état de santé. Le dernier combat de Zola en faveur d’Alfred Dreyfus sera de contester la loi d’amnistie prévue par la Chambre des députés afin d’absoudre l’ensemble des acteurs de l’Affaire.

                             Conséquences de l’engagement

Les conséquences de l’engagement de Zola ont été à la fois positives et négatives pour l’écrivain. Il apparaît évident que « J’Accuse…! » a totalement relancé l’Affaire, et lui a donné une dimension sociale et politique qu’elle n’avait pas jusqu’alors. Zola sort donc de ses démêlés judiciaires avec une stature du justicier pour toute une frange de la population, de défenseur des valeurs de tolérance, justice et vérité. Mais cet engagement coûte très cher au romancier. Sur le plan financier, tout d’abord, la justice fait saisir ses biens et les revend aux enchères. Alors que le dreyfusisme s’exposait sous un jour immatériel pour les nationalistes anti-dreyfusards, ceux-ci trouvent en Zola leur tête de turc. Il concentre dès lors toutes les attaques et incarne à lui seul le traître à la patrie et à l’armée. C’est ainsi que dès 1898, l’écrivain est l’objet d’un torrent d’articles satiriques, de caricatures, de chansons et de livrets le traînant dans la boue, l’insultant, le diffamant. Dans certains journaux, il est même l’objet d’attaques quotidiennes. Jamais Zola n’a regretté son engagement, quel qu’en ait été le prix. Il a écrit dans ses notes : « Ma lettre ouverte [« J’Accuse…! »] est sortie comme un cri. Tout a été calculé par moi, je m’étais fait donner le texte de la loi, je savais ce que je risquais ».

                        Le dernier cycle (1899 - 1902)

Malgré la nouvelle condamnation d’Alfred Dreyfus, qui l’affecte profondément, l’écrivain se consacre toujours à l’écriture. Il entame la création d’un nouveau cycle, Les quatre évangiles, dont le premier volume, Fécondité est publié en 1899. Travail suit en 1901 au moment même où disparaît son ami de toujours, Paul Alexis. Vérité paraît à titre posthume. Et Justice ne paraîtra jamais, l’ouvrage étant resté à l’état d’ébauche au moment de la mort de l’écrivain.

L’autre occupation de Zola à l’automne de sa vie, c’est la photographie. Il est fasciné par l’exposition universelle de 1900, qu’il photographie sous toutes les coutures, laissant un impressionnant reportage photographique pour l’histoire.

Émile Zola a livré un unique combat pour les honneurs, celui qu’il a mené afin d’intégrer l’Académie française. Jeune, il l’avait qualifiée de « serre d’hivernage pour les médiocrités qui craignent la gelée». Vingt ans plus tard, il pose sa première candidature. Il affirme après son premier échec en 1890, « qu’il reste candidat et sera candidat toujours ». Jusqu’à sa dernière candidature le 23 août 1897, qui échoue en 1898, l’écrivain brigue dix-neuf fois le fauteuil d’Immortel. Le 28 mai1896, il obtient son record de voix avec seize suffrages alors que la majorité est fixée à dix-sept voix. Comprenant que son engagement dans l’affaire Dreyfus lui ferme définitivement les portes de l’Académie française, il renonce ensuite à se présenter.

                        Mort

Article détaillé : Mort d’Émile Zola.

Le 29 septembre 1902, de retour de Médan où il avait passé l’été, Émile Zola et son épouse Alexandrine sont intoxiqués dans la nuit, par la combustion lente résiduelle d’un feu couvert, produite par la cheminée de leur chambre dans leur appartement de la rue de Bruxelles (Paris 9e). Lorsque les médecins arrivent sur place, il n’y a plus rien à faire. Émile Zola décède officiellement à 10h du matin. En revanche, son épouse survit. Cette mort serait accidentelle, mais étant donné le nombre d’ennemis qu’avait pu se faire Zola (notamment chez les anti-dreyfusards), la thèse de l’assassinat ou de la « malveillance ayant mal tourné» n’a jamais été totalement écartée. Après sa mort, une enquête de police est réalisée, mais n’aboutit à aucune conclusion probante.

Le retentissement de la mort d’Émile Zola est immense. La presse se fait l’écho de l’émotion qui gagne la population entière. La presse nationaliste et antisémite exulte. L’émotion gagne l’étranger où de nombreuses cérémonies ont lieu en mémoire de l’écrivain français, et les presses germaniques, britanniques, américaines s’en font largement l’écho. L’hommage est international. Lors des obsèques, Anatole France, qui avait insisté pour évoquer toutes les facettes de l’écrivain, y compris ses combats pour la justice, déclare : « Il fut un moment de la conscience humaine ».

Les cendres de Zola sont transférées au Panthéon de Paris le 4 juin 1908. À la fin de la cérémonie au Panthéon, un journaliste anti-dreyfusard, Louis Grégori, ouvre le feu avec un révolver sur Alfred Dreyfus, qui n’est que légèrement blessé au bras.

Depuis 1985, la maison de Médan est devenue un musée. Tous les premiers dimanche d’octobre, un pèlerinage est organisé par la Société littéraire des amis d’Émile Zola.

                   L’œuvre littéraire

                        Du réalisme au naturalisme

Article détaillé : Naturalisme (littérature).

« Notre héros, écrit Zola, n’est plus le pur esprit, l’homme abstrait du XVIIIe siècle. Il est le sujet physiologique de notre science actuelle, un être qui est composé d’organes et qui trempe dans un milieu dont il est pénétré à chaque heure »

Naturalisme : au début du XVIIIe siècle, ce dérivé savant de « naturel » distinguait le système symbolique d’interprétation de phénomènes naturels. L’expression « naturalisme » s’employa plus tard dans le cadre de théories excluant une cause surnaturelle. Au XVIIIe siècle, on utilise aussi ce mot dans le vocabulaire scientifique pour désigner le caractère naturel d’un phénomène. Ce terme tomba en désuétude jusqu’en 1857 au moment où la Revue Moderne publia une critique. Celle-ci qualifia la peinture de Gustave Courbet de naturaliste, dans le sens de « peintre de la nature réaliste ».

Henri Mitterand distingue deux périodes dans le naturalisme théorique de Zola qu’il situe au carrefour du Romantisme (Jules Michelet et Victor Hugo), dont il a été imprégné par ses lectures de jeunesse, et du Positivisme qu’il a pratiqué à la Librairie Hachette (Taine et Littré). La première époque court de 1866 à 1878 avec un point de départ posé par la publication de Mes haines. Zola s’y veut moderniste, révolutionnaire dans l’âme, en réaction. Il rejette le romantisme démodé « comme un jargon que nous n’entendons plus». Au Congrès scientifique de France en 1866, Zola adresse un mémoire qui compare le roman naturaliste à l’épopée. L’écrivain y affirme que le genre épique est spécifique à la Grèce antique, et ce lien nécessaire entre un genre littéraire et un contexte spécifique donné manifeste clairement un déterminisme littéraire proche de celui de Taine. Cette démarche critique est ainsi définie par le philosophe : « la race, le milieu, le moment et la faculté maîtresse ». Mais Zola se distingue de Taine en affirmant la prédominance du tempérament. C’est la différence principale entre le réalisme de Taine et le naturalisme. Ainsi pour l’écrivain, «une œuvre d’art est un coin de la création vu à travers un tempérament» (Le Salut public, 26 juillet 1865).

Après 1878, et la lecture de Claude Bernard, Zola, introduit la notion de méthode expérimentale afin que la littérature « obéisse à l’évolution générale du siècle». Zola applique cette définition à la technique romanesque transformée « en étude du tempérament et des modifications profondes de l’organisme sous la pression des milieux et des circonstances». Il ne faut toutefois pas voir dans les textes de critique littéraire de Zola l’exacte clé des thèmes et du style de l’écrivain, même si une relation évidente existe entre l’œuvre technique et l’œuvre dramatique.

Le naturalisme consiste donc en la recherche des causes du vice dans l’hérédité. De ce fait, le romancier naturaliste est « observateur et expérimentateur ». L’observateur accumule des renseignements sur la société et ses milieux, sur les conditions de vie et d’environnement. Il doit cerner de près la réalité qu’il transpose par un usage serré et acéré du langage. L’expérimentateur joue dès lors son rôle, par la construction d’une trame qui amalgame les faits et construit une mécanique où il enchaîne ces faits par une forme de déterminisme des principes liés au milieu et à l’hérédité. Le personnage naturaliste est ainsi la conséquence déterminée de constantes physiques, sociales et biologiques. Le romancier naturaliste a un but moral. Zola écrit : « nous sommes les juges d’instruction des hommes et de leurs passions, c’est-à-dire des moralistes expérimentateurs ».

Articles détaillés : Les Soirées de Médan et Maison d’Émile Zola.

La littérature naturaliste est une littérature de synthèse du type balzacien et de l’anti-héros flaubertien, qui engendre des personnages vidés d’individualité. La prépondérance de Zola dans le milieu naturaliste est indiscutable et le débat se catalysera d’ailleurs essentiellement autour de lui. L’école naturaliste est le plus souvent appelée École de Médan du nom de la maison appartenant à Zola, où les écrivains proches du mouvement naturalistes comme le premier Huysmans et Maupassant, avaient l’habitude de se réunir lors de soirées dites de Médan. Le volume collectif de ces soirées paraît deux ans plus tard. En dehors de l’œuvre zolienne, le naturalisme a donné peu d’œuvres majeures. C’est ainsi que Stéphane Mallarmé a pu dire : « Pour en revenir au naturalisme, il me paraît qu’il faut entendre par là littérature d’Émile Zola, et que le mot mourra, en effet, lorsque Zola aura achevé son œuvre. »

                        Méthode de travail et style

                             Un écrivain minutieux

Zola se présente comme un écrivain à la fois minutieux et méthodique.

Il décrit ainsi sa méthode de travail :

« Ma façon de procéder est toujours celle-ci : d’abord je me renseigne par moi-même, par ce que j’ai vu et entendu ; ensuite, je me renseigne par les documents écrits, les livres sur la matière, les notes que me donnent mes amis ; et enfin l’imagination, l’intuition plutôt, fait le reste. Cette part de l’intuition est chez moi très grande, plus grande, je crois, que vous ne la faites. Comme le disait Flaubert, prendre des notes, c’est être simplement honnête ; mais les notes prises, il faut savoir les mépriser. »

Zola a toujours insisté sur sa démarche consciente et tranquille qui s’apparente à celle du maçon qui construit sa maison, sans fébrilité. Il veut donner l’image de la quiétude dans l’écriture, avec une construction de premier plan, puis de second plan, une description des personnages précise par l’établissement de fiches pour chacun d’eux. La rédaction du chapitre doit immédiatement suivre. Cependant, cette démarche théorique est quelque peu contredite par l’examen des dossiers de préparation laissés par l’auteur des Rougon-Macquart. En effet, dans le cas de la documentation, plutôt que de réaliser ses recherches dans un premier temps, puis de réaliser la totalité de son travail d’écriture dans un second temps, on constate que Zola se documentait tout au long de la réalisation de ses romans.

Le travail de Zola romancier commence donc par la constitution d’un dossier préparatoire. Sa taille est variable en fonction du roman et du sujet, mais va plutôt en s’accroissant avec le temps. D’une cinquantaine de folios pour la Fortune des Rougon, le dossier de Pot-Bouille en atteint 450, pour compter entre 900 et un millier de pages pour Germinal, L’Argent ou La Terre, et enfin culminer à près de 1 250 feuilles pour La Débâcle. Le dossier préparatoire est aussi utile au romancier lorsqu’il doit se défendre des attaques assez nombreuses qui lui sont portées quant au sérieux de sa documentation. Zola viserait, à en croire ses contradicteurs, au superficiel et au spectaculaire. Il n’hésite pas, dès lors, à convoquer des journalistes pour leur prouver le sérieux de ses recherches en leur exposant ses dossiers. Zola s’appuie ainsi sur une solide documentation, ainsi que sur des enquêtes pour lesquelles il se déplace dans les régions qu’il veut décrire. Les voyages du romancier vers un lieu précis ont souvent provoqué moqueries et quolibets. La critique voit, dans ces « mouvements puérils », un manque d’imagination de l’écrivain. C’était en effet très nouveau, dans la seconde moitié du XIXe siècle, que de vouloir coller à la réalité d’aussi près. Mais le romancier souhaite absolument s’imprégner de l’ambiance d’un lieu pour y capter le détail véridique. C’est dans cet esprit qu’il part visiter le Valenciennois pendant une dizaine de jours pour Germinal, ou qu’il produit trois cents pages d’observations sur les Halles pour Le Ventre de Paris, entre autres. Il croque les scènes vécues, mais toujours dans l’optique de son roman en cours, jamais gratuitement. Il sélectionne ses observations et les utilise quasiment toutes dans le roman qu’il est en train d’écrire, ainsi qu’un peintre ferait avec son carnet de croquis.

Les dossiers préparatoires de Zola font aussi état de réflexions théoriques sur le roman en cours d’écriture, via une forme de dialogue avec lui-même.

L’écrivain prend soin de définir le schéma narratif, la position des personnages dans chaque scène, le niveau de dramatisation, la véracité de la situation. Il porte une attention toute particulière au rythme de la narration et à l’équilibre de chacun des chapitres.

                             Un travail sans brouillon ?

Zola préparait des brouillons avant d’écrire ses pages définitives. Mais il n’en a légué pratiquement aucun, et comme il travaillait toujours en solitaire, il n’existe aucun témoignage à ce sujet. Quelques bribes d’essais concernant un paragraphe ou une phrase ont été retrouvés, mais rien de systématique. Il est certain que cette étape intermédiaire a été détruite volontairement, comme chez Hugo. Les historiens de la littérature s’interrogent encore sur cette absence et supposent que, peut-être, Zola a cherché à masquer une certaine réalité qui aurait pu nuire à l’édification de son personnage « d’écrivain omniscient ».

En revanche, Zola fait de nombreuses retouches, après la première publication, et dispose d’une méthode originale : comme pratiquement tous ses romans sont parus d’abord sous la forme de feuilletons dans la presse, il découpe la page et y porte directement ses corrections en vue de l’édition en volume. Il a ainsi parfois apporté d’importantes corrections à ce qu’il a considéré comme un premier jet. Il lui est aussi arrivé d’avoir l’idée d’ajouter des personnages nouveaux dans le cycle des Rougon-Macquart, et dans ce cas, il pouvait reprendre un volume déjà paru et le modifier en vue d’une réédition.

                             Le style

Dès 1864, Zola a élaboré sa première théorie du style, qu’il expose au moyen de la métaphore des trois écrans : l’écriture est un écran entre l’œil et le monde, et cet écran peut être de trois natures différentes, suivant l’esthétique à laquelle l’écriture obéit. De ces trois écrans, le classique, le romantique et le réaliste, il choisit le dernier parce qu’il est celui qui lui semble le moins déformer la réalité : « un simple verre à vitre, très mince, très clair, et qui a la prétention d’être si parfaitement transparent que les images le traversent et se reproduisent ensuite dans toute leur réalité. » Cette même exigence de transparence et de clarté dans l’écriture l’amène à refuser « l’écriture artiste », celle des symbolistes notamment, contre lesquels il écrit en 1896 un article dans Le Figaro dans lequel il exprime son désir d’une écriture d’où l’« idée » puisse transparaître avec une « solidité de diamant dans le cristal de la langue. »

Le maître-mot est dès lors la « simplicité dans la langue » contre les excès de la rhétorique et le « déluge de lieux communs, d’images connues, qui fait dire au grand public : « C’est bien écrit ». » Pour « acquérir un style simple, clair et fort », Zola, dans une préface de 1889, conseille aux jeunes écrivains de se frotter à l’écriture journalistique : l’urgence, la nécessité de la concision, les amèneront à se débarrasser des adjectifs superflus, à ne plus conserver « que le verbe ». C’est en effet à ce prix que la langue peut devenir « l’arme scientifique du siècle ».

Pour autant, la langue que Zola appelle de ses vœux n’est pas une langue neutre, qui serait l’équivalent, dans le domaine de la littérature, de l’objectivité photographique. Paradoxalement, alors qu’il prend pour modèle de la création romanesque la méthode scientifique, dans la démarche de laquelle la subjectivité de l’observateur est censée n’avoir aucune part, il ne cesse de rappeler l’importance de la personnalité, du tempérament propre du créateur. Le « grand style », c’est celui dans lequel s’exprime « l’expression personnelle » de l’artiste. C’est pour cette raison, explique Zola, qu’on peut reprocher à Balzac « ses phrases fâcheuses », « son style est à toujours à lui », et c’est ce qui fait de lui un grand écrivain. Ce style personnel, ce tempérament, on ne peut selon lui ni l’acquérir quand on en est démuni, ni le changer quand on en possède un : le style, « on nait avec, comme on a les cheveux blonds ou bruns. »

Zola a par ailleurs donné quelques indications sur la manière dont il écrivait ses phrases, et qui a peu à voir avec l’idée selon laquelle la langue devrait se faire transparente pour ne pas faire obstacle à la manifestation du réel : la construction de celles-ci, explique-t-il, obéiraient en effet avant tout aux lois de l’« euphonie » :

« J’entends le rythme de la phrase […] je ne prépare pas la phrase toute faite ; je me jette en elle comme on se jette à l’eau, je ne crains pas la phrase ; en face d’elle je suis brave, je fonds sur la phrase, j’attaque la phrase, laissant à l’euphonie le soin de l’achever. »

Ces paradoxes, ces décalages entre la théorie et la pratique, les silences sur certaines caractéristiques importantes de l’œuvre romanesque (la transformation du réel par l’irruption de dimensions fantasmatiques et mythiques, notamment) ont pu donner de l’écrivain qu’était Zola une vision tronquée et réductrice qui a souvent été utilisée par les adversaires du naturalisme. Henri Mitterand a ainsi pu écrire qu’« il faut défendre Émile Zola contre lui-même aussi bien que contre ses critiques. Contre lui-même, parce qu’il a donné de ses méthodes de travail une description inexacte à force de raideur logique… »

                        Les œuvres de jeunesse et premières publications

L’itinéraire littéraire d’Émile Zola est initialement marqué par une hésitation. Poésie ? Théâtre ? Roman ? Essai ? L’homme tergiverse. La poésie l’attire, il en a beaucoup écrit, il est même remarqué chez Hachette après avoir livré un poème. Mais il n’y a aucun parti à en tirer à court terme. Le théâtre permet d’accéder vite à la notoriété et à la fortune. Le jeune homme s’y essaye, aidé de rencontres dans le petit monde des auteurs dramatique, sans succès. La Laide, conte moral inspiré de Milton, et Madeleine sont refusés. Les Mystères de Marseille, un roman-feuilleton épique qui avait paru un peu plus tôt, est adapté pour le théâtre avec Marius Roux, mais la pièce ne vit que le temps de quelques représentations.

Son premier ouvrage publié est un recueil de contes, Les Contes à Ninon, dont la substance a pour origine des textes écrits dès 1859. Il était souffrant lorsqu’il a écrit cet ouvrage. Le Zola de vingt ans s’y exprime, déjà avec talent, sous une forme facile à publier dans la presse, et dont l’administration impériale est friande. Les contes sont tout d’abord publiés dans La Revue du Mois, feuille littéraire et artistique de Géry Legrand, que Zola avait connu comme collaborateur dans la presse lilloise. Le volume imprimé par l’éditeur Pierre-Jules Hetzel[82] paraît à mille cinq-cents exemplaires en novembre 1864. C’est au plus un succès d’estime, mais Zola a pu faire jouer ses relations et obtient plus de cent articles dans la presse en trois mois.

Le 31 janvier 1866, Émile Zola décide de démissionner de la Librairie Hachette et de ne plus vivre que de sa plume. La dispersion du jeune homme, les publications des Contes à Ninon et surtout, de son roman à dominante autobiographique La Confession de Claude, semblent avoir joué un rôle prépondérant, dans ce qu’il est convenu d’appeler une séparation amiable. La Confession de Claude est achevée à la fin de l’été 1865, publiée chez Lacroix à quinze-cents exemplaires à la mi-novembre. C’est un roman écrit en réaction contre la mode du rachat « de la femme perdue », où Zola évoque déjà des thèmes récurrents dans son œuvre comme la peur de la souillure et de la déchéance, ou encore l’attrait maléfique de la Femme. La censure, très active sous le Second empire, s’intéresse immédiatement à ce premier roman, sans lui trouver matière à poursuites. Mais on lui reproche déjà la « crudité de l’observation », « le cynisme du détail » et son appartenance à une « école réaliste » prompte à « analyser de honteuses passions ».

Dans le courant de l’année 1866, Zola parvient à contribuer régulièrement à L’Événement. Il y propose son deuxième roman, Le Vœu d’une morte, qui paraît en feuilleton du 11 au 26 septembre. Devant la faiblesse des livraisons, Villemessant, le directeur du journal, interrompt la publication à la fin de la première partie. La seconde partie, pourtant prévue, ne sera jamais écrite. « On trouve cela très pâle, bien écrit, de bons sentiments, mais embêtant. Vite, vite, arrêtez les frais » écrit-il à Zola fin septembre 1866. Le roman, complété des Esquisses parisiennes est publié en novembre 1866. À l’occasion de la réédition chez Charpentier en 1889, le roman est totalement revu par l’écrivain. Le naufrage est évité par quelques belles pages de description parisiennes, de souvenirs bien sentis et par l’expression d’un thème majeur chez Zola : la perversion par l’argent.

Vivre de sa plume, vite dit ! Ces deux premiers romans ne rapportent rien d’autre qu’une certaine estime, et la situation matérielle de Zola en reste au point mort. Le journaliste sauve toutefois le romancier pendant ces années sèches. Mais le succès littéraire approche.

Avec Thérèse Raquin, l’entreprise se dessine. Première grande œuvre à succès de Zola, le roman illustre la théorie des tempéraments, le déséquilibre entre le sang et la personnalité. Le romancier a d’abord livré une nouvelle publiée dans Le Figaro du 24 décembre 1866, intitulée Dans Paris. Un mariage d’amour. Il s’agit plus d’une trame, dans laquelle les éléments principaux du roman à venir sont encore absents. Il propose ensuite au directeur de la Revue du XIXe siècle, Arsène Houssaye, le développement de cette nouvelle en un roman de six chapitres. Ce sont finalement trois livraisons qui sont publiées en août, septembre et octobre 1867 dans L’Artiste sous le titre Un mariage d’amour. Pour la publication en volume, Zola décide de changer le titre en Thérèse Raquin, le nom de l’héroïne du roman, s’inspirant ainsi de Madame Bovary de Flaubert et Germinie Lacerteux des Goncourt, dont l’influence est forte au-delà des seuls titres de roman. Le volume est édité par Lacroix, mis en vente en novembre 1867, tiré à quinze-cents exemplaires et réimprimé dès avril 1868. La réception du roman est variée. Il marque véritablement le début de la carrière d’écrivain de Zola.

Mais la polémique et la passion vont rapidement faire rage. Zola répond aux accusations de pornographie dans la préface de la seconde édition du roman, texte précieux puisque l’auteur s’y dévoile et emploie pour la première fois le concept de « Roman naturaliste ». Louis Ulbach, sous le pseudonyme de Ferragus, parle de « littérature putride […] d’une flaque de boue et de sang […] qui s’inspire directement du choléra, son maître, et qui fait jaillir le pus de la conscience». Taine, dont Zola se considère comme le disciple, offre un regard bienveillant à l’auteur de Thérèse Raquin. Il lui écrit : « Vous avez fait une œuvre puissante, pleine d’énergie, de logique, et très morale ; il vous reste à en faire une autre qui embrasse plus d’objets et ouvre plus d’horizons. » Zola va rapidement s’y employer en concevant un monument littéraire : Les Rougon-Macquart. La voie de la Littérature s’ouvre enfin à lui. Il s’y engouffre. Il vient d’avoir 27 ans.

                        Les Rougon-Macquart

« Je veux expliquer comment une famille, un petit groupe d’êtres, se comporte dans une société, en s’épanouissant pour donner naissance à dix, à vingt individus qui paraissent, au premier coup d’œil, profondément dissemblables, mais que l’analyse montre intimement liés les uns aux autres. L’hérédité a ses lois, comme la pesanteur. »

Article détaillé : Les Rougon-Macquart.

                             Une nouvelle Comédie Humaine

À partir de 1868, Émile Zola conçoit un projet qui était déjà en germe depuis quelques temps : L’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire. Il envisage une fresque romanesque traversant toute la période, du Coup d’État du 2 décembre 1851 à la défaite de Sedan en 1870. L’idée lui vient d’abord de sa passion pour Honoré de Balzac et de cette œuvre immensément variée, à laquelle Taine avait consacré un article très remarqué. Cet article va influencer l’œuvre de Zola de manière déterminante. La Bibliothèque nationale conserve d’ailleurs un texte contemporain de l’initialisation des Rougon-Macquart intitulé : « Différences entre Balzac et moi » dans lequel le jeune écrivain exprime sa volonté de bien se distinguer de son prédécesseur:

« Balzac dit que l’idée de sa Comédie lui est venue d’une comparaison entre l’humanité et l’animalité. (Un type unique transformé par les milieux (G. St Hilaire): comme il y a des lions, des chiens, des loups, il y a des artistes, des administrateurs, des avocats, etc.). Mais Balzac fait remarquer que sa zoologie humaine devait être plus compliquée, devait avoir une triple forme: les hommes, les femmes et les choses. L’idée de réunir tous ses romans par la réapparition des personnages lui vint. […]
Mon œuvre sera moins sociale que scientifique. […]
Mon œuvre, à moi, sera tout autre chose. Le cadre en sera plus restreint. Je ne veux pas peindre la société contemporaine, mais une seule famille, en montrant le jeu de la race modifiée par les milieux. […]
Balzac dit qu’il veut peindre les hommes, les femmes et les choses. Moi, des hommes et des femmes, je ne fais qu’un, en admettant cependant les différences de nature et je soumets les hommes et les femmes aux choses.
»

— Émile Zola, Différences entre Balzac et moi, 1869.

À la différence de La Comédie humaine, rassemblée en une œuvre compilée sur le tard, les Rougon-Macquart est, dès avant le départ de l’œuvre, un projet conscient, déterminé, réfléchi. Les travaux du docteur Lucas, dont son traité sur l’hérédité, sont une autre source de l’œuvre à venir. Les Rougon-Macquart sont ainsi la rencontre de Balzac avec la science de ce milieu du XIXe siècle, principalement illustrée par la physiologie.

Initialement prévu en dix volumes, le cycle évolue pour en compter successivement douze, puis quinze, puis enfin, le succès venant, vingt tomes. Il est pensé dans le détail avec une ossature précise dès l’origine, doté d’une vision ensembliste et systématique. Ce plan décrit les personnages, les grands thèmes de chaque ouvrage (l’argent, le monde ouvrier, l’armée), le lieu de l’action (Provence ou Paris). Zola ne cache pas non plus le côté rémunérateur de l’opération. Assurer la stabilité de sa vie matérielle est l’une de ses obsessions, après ses difficiles années de vaches maigres.

Il a conservé à l’esprit toutes les ficelles de l’édition moderne, apprises chez Hachette, dont la publication en série. L’écrivain a compris que chacun y gagne, l’éditeur comme le romancier. Mais Zola se sent aussi à un tournant littéraire après la publication de ses quatre premiers romans. Il prend conscience d’être arrivé aux limites d’un modèle. Si le naturalisme veut survivre comme nouveau genre littéraire, il ne doit pas se laisser enfermer dans les limites étroites imposées par ses premiers essais. Il a parfaitement assimilé les leçons que lui ont faites Taine et Sainte-Beuve sur ses premières œuvres, en termes d’équilibre et de vérité. L’initialisation des Rougon-Macquart marque donc un changement complet de stratégie dans l’œuvre naissante du romancier.

                             Un cycle construit sur l’outil hérédité

Le cycle repose sur l’histoire d’une famille issue de deux branches : les Rougon, la famille légitime, petits commerçants et petite bourgeoisie de province ; et les Macquart, la branche bâtarde, paysans, braconniers et contrebandiers, qui font face à un problème général d’alcoolisme. Cette famille est originaire d’Aix-en-Provence — qui deviendra Plassans dans la série de romans. Les Rougon-Macquart mettent en scène une descendance s’étendant sur cinq générations. Certains membres de cette famille vont atteindre des sommets de la société d’Empire, alors que d’autres vont sombrer, victimes d’échecs sociaux et de leur hérédité. Il s’agit donc d’une entreprise de dévoilement du corps social, mais aussi du corps humain dans ses recoins les plus sombres. Zola veut montrer comment se transmet et se transforme, dans une même famille, une tare génétique. Ce qui implique l’usage d’une généalogie que le romancier ne cessera de perfectionner au fil de l’élaboration de son œuvre. Si bien qu’une relation directe entre chaque personnage existe de roman en roman, trait absent des œuvres précédentes.

C’est par Émile Deschanel que Zola apprend l’existence des travaux des aliénistes Bénédict Augustin Morel et Joseph Moreau à propos de l’hérédité, vue sous un angle morbide. L’écrivain n’a de cesse de compléter ses connaissances sur ce sujet au point qu’on peut considérer qu’il a fait passer dans les Rougon-Macquart « à peu près l’état contemporain du savoir ». Au contraire de Balzac, Zola se sert de l’hérédité comme d’un outil, fil conducteur de son cycle, qui lui permet une classification scientifique de ses romans.

                             Une production constante et méthodique

L’écriture de cette série constitue la principale préoccupation de l’écrivain pendant les vingt-cinq années suivantes. Avec une régularité à toute épreuve, Zola écrit trois à cinq pages par jour, ce qui représente chaque année un roman de deux volumes. Il fait paraître six romans entre 1871 et 1876 avec La Fortune des Rougon, La Curée, Le Ventre de Paris, La Conquête de Plassans, La Faute de l’abbé Mouret et Son Excellence Eugène Rougon. Mais ce n’est pas encore le succès attendu. Il est évidemment reconnu, mais pas au niveau souhaité par le romancier.

Ferme dans son projet, l’écrivain s’attèle à l’écriture de son grand roman « sur le peuple, ayant l’odeur du peuple », L’Assommoir, qu’il publie en 1877 chez Georges Charpentier. Il y décrit, tel un reportage, les drames de la classe ouvrière, au travers de ses misères et des ravages de l’alcool. C’est un texte dans lequel il met beaucoup de lui-même, sur sa vie passée et ses expériences dans les quartiers populaires. Le roman a un retentissement considérable qui amène enfin la gloire attendue, mais aussi le scandale. La description de la réalité froide de l’alcoolisme, « monstrueusement détaillée » par un auteur instruit par une documentation précise, soulève et indigne une critique presque unanime. À droite, les accusations sont, comme d’habitude, de trivialité et de pornographie, mais à gauche on lui reproche de « salir le peuple ». Les attaques contre Émile Zola sont nombreuses et violentes si bien que la parution du roman dans Le Bien Public, journal républicain, est interrompue au chapitre VI. Mais le roman a un succès immense qui amène enfin au romancier l’aisance matérielle après laquelle il aspirait. Plusieurs de ses amis s’éloignent de lui à ce moment-là, par peur du scandale mais aussi, parfois, par jalousie.

Zola poursuit imperturbablement la production de son cycle, en publiant Une page d’amour en 1878, puis Nana en 1879. C’est à nouveau un scandale puisque l’œuvre porte sur les demi-mondaines et leurs frasques. Gustave Flaubert admire ce talent à multiples facettes et félicite une fois de plus Zola. Ses adversaires l’accusent d’être un écrivain « pornographique » de par son « goût du sordide et du détail cru ». Mais le public s’arrache les exemplaires de Nana qui devient un immense succès de librairie en France et à l’étranger. Toujours constant dans l’effort, Émile Zola publie de 1882 à 1884 cinq nouveaux romans : Pot-Bouille, Au Bonheur des Dames, La Joie de vivre, Germinal et hors le cycle des Rougon-Macquart, Naïs Micoulin.

Germinal, le roman sur les « gueules noires » et la grève, paraît en 1885. C’est très certainement le roman le plus travaillé, le plus préparé et documenté de Zola. Le romancier s’est déplacé dans le bassin houiller de Valenciennes, dans le nord de la France, à Anzin. Zola choisit le Nord plutôt que Saint-Étienne, sur les conseils du député Alfred Giard qui le guidera dans la région. Sa visite de huit jours, en pleine grève des douze mille mineurs du carreau d’Anzin, transforme totalement sa vision du monde des « ouvriers de l’industrie ». Il n’a pas hésité à descendre au fond de la mine], en février 1884, où il discute avec les mineurs, les cadres et ingénieurs, les personnels divers. Il assiste à des réunions syndicales, entre dans les maisons, les cafés, tous les lieux de convivialité, observe la détermination, le calme et la discipline des grévistes. Il est aussi témoin du drame social, « la débauche des filles qui ne se marient qu’au deuxième ou troisième enfant », la prostitution, le jeu, l’alcoolisme. Le livre est un immense succès alors que les ennemis de l’écrivain, de moins en moins nombreux, sont bien forcés à une reconnaissance de son immense talent.

Il publie en 1890 son ultime chef-d’œuvre : La Bête Humaine, et achève le cycle des Rougon-Macquart sur une note optimiste en publiant Le Docteur Pascal en 1893.

                        Après les Rougon-Macquart, un nouveau Zola ?

L’achèvement des Rougon-Macquart approchant, Émile Zola a changé. Le contraste est fort entre une reconnaissance internationale inégalée et une hostilité générale en France, exprimée par des attaques continues et le refus obstiné de le voir entrer à l’Académie française.

Il s’interroge sur son activité littéraire :

« L’avenir appartiendra à celui ou à ceux qui auront saisi l’âme de la société moderne, qui, se dégageant de théories trop rigoureuses, consentiront à une acceptation plus logique, plus attendrie de la vie. Je crois à une peinture de la vérité plus large, plus complexe, à une ouverture plus grande sur l’humanité, à une sorte de classicisme du naturalisme. »

Cette évolution est dans l’air du temps, avec un « néonaturalisme » illustré par les productions d’Anatole France et Maurice Barrès qui connaissent une évolution vers le roman à thèse.

                             Les trois villes

Article détaillé : Les Trois Villes.

Avant même la fin des Rougon-Macquart, Émile Zola décide de se lancer dans la rédaction d’un roman ayant pour objet la religion en cette fin de XIXe siècle. La révélation se fait à l’occasion d’un voyage dans le sud-ouest de la France en septembre 1891, où le romancier assiste interloqué au grand pèlerinage de Lourdes et à tout son décorum, avec « ce monde de croyants hallucinés ». Le but du romancier est de dresser une forme de « bilan religieux, philosophique, et social du siècle » au travers d’un, puis deux, puis finalement trois romans, intitulés chacun du nom d’une ville : Lourdes, Rome et Paris. Son héros, l’abbé Pierre Froment, personnage sceptique et désabusé, en crise face à la religion, sert de fil conducteur au cycle ainsi que de porte-parole au romancier. C’est le nouveau souffle que recherchait Zola, apte à le relancer après l’énorme travail fourni sur les vingt volumes des Rougon-Macquart.

Le dernier trimestre de l’année 1893 et la première moitié de 1894 sont consacrés à l’écriture de Lourdes, appuyé sur un texte de Zola, Mon voyage à Lourdes. Il s’agit d’une sorte de journal, qui décrit ses observations lors de son second voyage à Lourdes, en septembre 1892. Le volume paraît le 25 juillet 1894, tiré à 88 000 exemplaires, ouvrage présenté en avant-première dans Le Figaro. La critique littéraire reçoit correctement l’ouvrage, en regrettant parfois l’absence de renouvellement entre les deux cycles. La presse conservatrice et religieuse incendie le roman amenant même des réponses sous forme de roman ou d’étude-réaction. L’ouvrage est mis à l’Index le 21 septembre mais c’est, en revanche, un immense succès de librairie.

Rome et Paris suivent à peu de distance, écrits rapidement dans la foulée de la parution de Lourdes. Rome a pour objet la description du haut clergé moderne, avec le Pape à son sommet, et son positionnement dans le modernisme social de cette fin siècle. La rédaction du roman s’étale entre 1895 et 1896, publié en volume le 8 mai 1896, déclenchant les mêmes foudres que Lourdes. Enfin Paris est le roman de la capitale contemporaine. C’est le contraste entre la richesse et la misère, la bourgeoisie et le monde ouvrier, l’ordre contre l’anarchie. Le volume est mis en vente en pleine affaire Dreyfus, juste après le procès intenté contre Émile Zola à la suite de la publication de « J’Accuse…! »

                             Les Quatre Évangiles

Article détaillé : Les Quatre Évangiles.

Les quatre romans de ce nouveau cycle, (Fécondité, Travail, Justice et Vérité) découlent directement de la série précédente, bâtis autour de chacun des fils de Pierre et Marie Froment. Mais la mort prématurée de l’écrivain prévient la réalisation du dernier ouvrage, resté à l’état d’ébauche. Zola a voulu ce cycle ouvertement utopique, dans lequel il peut donner libre cours à ses rêves. Mais c’est aussi une conception du monde, au plan social, qui a très mal vieilli.

Dans Fécondité, Zola expose ses thèses natalistes. Le roman est basé sur une opposition stricte et rigoureuse, manichéenne, entre le couple Froment et leurs douze enfants, incarnant le bonheur, et les autres personnages qui se limitent volontairement à une progéniture réduite, voire inexistante. À ceux-là, la déchéance sociale et les malheurs de la vie. Le roman est publié en feuilleton dans L’Aurore de mai à octobre 1899, puis en volume le 12 octobre chez Fasquelle. La valeur morale de l’œuvre est remarquée, plus que ses qualités littéraires, malgré les fortes critiques de la droite nationaliste.

Travail est l’évangile socialiste, dans lequel Zola inaugure un nouveau genre pour lui-même, puisque c’est une œuvre d’anticipation, construite sur la volonté générale de progrès social et sur les évolutions industrielles de la fin du XIXe siècle. Alors que les idéaux socialisants appellent à une lutte des classes sanglante, Zola aspire à une entraide. La rédaction du roman débute en mars 1900 et s’achève en février 1901 ; le volume paraît chez Fasquelle en mai 1901. L’œuvre est reçue avec bienveillance à gauche, avec des critiques enthousiastes, de Jaurès notamment. Les associations coopératives, disciples de Fourier, voient en Zola un allié de poids et lui organisent un banquet le 9 juin 1901.

Vérité, le troisième roman du cycle est l’adaptation de l’affaire Dreyfus dans le monde de l’Instruction publique, qui s’oppose à l’école privée catholique. L’œuvre est conçue dans le contexte du projet de séparation des Églises et de l’État. C’est la description d’un cléricalisme qui, envers et contre tout, cherche à conserver coûte que coûte son emprise sur la société civile. Le volume, qui paraît en mars 1903 chez Charpentier, est liseré de noir en signe de deuil. La critique s’attache à élucider les messages relatifs à l’affaire Dreyfus, en faisant remarquer que la transposition de la trahison militaire à l’affaire de mœurs fait perdre beaucoup au récit. Mais la critique salue le traitement de l’éducation laïque.

Justice, le dernier roman de la série de Quatre Évangiles ne fut jamais commencé. On sait que Jean Froment devait en être le héros, militaire anti-militariste, certain de la nécessité du désarmement mondial pour assurer la paix des peuples et leur bonheur. Le but ultime devait être la création d’une république universelle par la victoire contre les nationalismes et le militarisme.

                        Adaptations théâtrales et lyriques de l’œuvre de Zola

Toujours dans la perspective d’une amélioration de sa situation matérielle, Émile Zola a cherché rapidement à adapter ses romans. À la fin du XIXe siècle, un succès sur une scène parisienne rendait immédiatement riche et célèbre. Mais Zola est aussi attiré par l’effet tribune du théâtre, dont il rêve d’exploiter l’écho potentiel pour son mouvement naturaliste.

                             L’auteur dramatique

Zola est attiré par le théâtre dès sa jeunesse en Provence. Il a entrepris dès 1855 des essais avec ses amis Baille et Cézanne, comme dans la comédie : Enfoncé le pion !. La Laide est sa première œuvre théâtrale. La pièce met en scène un père aveugle, son handicap lui révélant la véritable beauté, celle du cœur, incarnée par sa fille aînée. Ses deux filles se marient, l’une avec Lucien, l’autre avec un sculpteur sensible à la beauté académique de la cadette. La pièce, jugée naïve, ne sera jamais ni publiée, ni jouée du vivant de Zola. La seconde pièce de Zola, Madeleine, n’obtient pas plus de succès. Proposée à la direction du théâtre du Gymnase, elle est refusée. L’auteur la transforme alors en roman, Madeleine Férat. Ces échecs ne sont pas de nature à abattre l’écrivain, qui devra toutefois attendre ses premiers succès de librairie pour connaître un succès au théâtre. Thérèse Raquin, drame en quatre actes, lui en donne l’occasion en 1873. La pièce est représentée neuf fois au théâtre de la Renaissance. La critique exprime un certain dégoût en même temps qu’une vraie admiration pour le talent de Zola. Les Héritiers Rabourdin en 1874 est un échec boudé par la critique et le public. Le Bouton de rose, comédie en trois actes n’est représenté que sept fois en mai 1878. Sa dernière pièce, Renée, drame en cinq actes, est écrite à la demande de Sarah Bernhardt d’après le roman La Curée. Présentée en avril 1887 au Théâtre du Vaudeville, c’est une nouvelle déception. Émile Zola, dès lors, n’écrira plus pour le théâtre et cesse ainsi sa carrière de dramaturge. Le théâtre est donc un échec cuisant pour l’auteur des Rougon-Macquart.

                             L’auteur lyrique

Émile Zola n’aime pas beaucoup la musique. Clarinettiste dans la fanfare d’Aix-en-Provence dans sa jeunesse, l’écrivain avouera plus tard « faire profession d’une certaine haine de la musique » ainsi que « le plus grand mépris pour l’art des doubles et triples croches ». Il ira même jusqu’à contester les subventions accordées à l’Opéra de Paris. Mais paradoxalement, Émile Zola voue une certaine admiration à Richard Wagner. L’écrivain fut sans doute attiré par l’aspect révolutionnaire du musicien allemand, dont les scandales pouvaient être assimilé à ceux que provoquaient les publications naturalistes.

C’est sa rencontre avec Alfred Bruneau en 1888 qui marquera un tournant. Celui-ci lui propose de mettre en musique Le Rêve, en collaboration avec le librettiste Louis Gallet, œuvre à laquelle Zola participe activement. C’est un succès. Dès lors, les adaptations vont s’enchaîner régulièrement. L’attaque du moulin fut créée en novembre 1893 à l’Opéra Comique. Toujours sur un livret de Louis Gallet et une musique d’Alfred Bruneau, la trame est un peu modifiée pour éviter la représentation de Prussiens sur scène. L’argument est donc reporté en 1793 au lieu de 1870. La pièce est représentée trente-sept fois à Paris, ainsi qu’en province et à l’étranger. Suivent Lazare en 1893, Messidor en 1897, Violaine la chevelue, féerie lyrique en cinq actes et neuf tableaux qui ne sera jamais mise en musique, L’ouragan en 1901, L’enfant roi en 1905 et Sylvanire ou Paris en amour, achevé par Zola juste quelques jours avant sa mort. Sans engendrer des succès de scène phénoménaux, le théâtre lyrique apporte à Zola une renommée supplémentaire et lui permet de mettre en scène et d’animer son naturalisme.

                   Esthétique zolienne

                        Le monde des Arts

Avec Charles Baudelaire et les Goncourt, Zola a été l’un des trois plus importants critiques d’art de la seconde moitié du XIXe siècle[118] et un grand défenseur des nouvelles tendances picturales opposées à l’académisme. Émile Zola a été dès l’enfance un passionné de l’image, attiré spontanément par les arts graphiques, puis par la photographie. À partir de 1863, en compagnie de « son presque frère », Paul Cézanne, Émile Zola intègre le Groupe des Batignolles et visite les ateliers d’artistes parisiens. Il fait la connaissance de tout ce qui compte dans le monde artistique. Tous sont déjà impressionnés par le talent immense d’Édouard Manet avec sa nouvelle manière de voir la peinture, dont les sujets sont contemporains, et les paysages chatoyants rendus avec la technique du « plein air ». Gustave Courbet est l’autre source artistique du jeune Zola qui restera toujours, pour l’écrivain, un de ses modèles. Il le qualifiera de « seul peintre de notre époque », ajoutant « qu’il a pour frères, qu’il le veuille ou non, Véronèse, Rembrandt, Titien ». La petite population d’artistes se retrouve au quartier général de ce nouveau mouvement, le célèbre café Guerbois, aux Batignolles. Aux beaux jours, le groupe se déplace dans le petit village de Bennecourt près de Mantes-la-Jolie. Zola y révèle sa vision esthétique et complète ainsi ses autres apprentissages. Bien plus tard, dans l’Œuvre, en 1886, l’écrivain fera revivre de manière romancée toutes les scènes de cette époque.

Émile Zola se fait le défenseur virulent de ce nouveau mouvement artistique dès 1863. L’efficacité et la pertinence de ses critiques dans L’Événement sont vite reconnues. Il y attaque sévèrement le jury du salon de 1866, s’en prenant « aux fausses gloires », les peintres de salon (Alexandre Cabanel ou William Bouguereau) ou les peintres d’histoire (Jean-Louis-Ernest Meissonier ou Jean-Léon Gérôme). Il crée le scandale en suggérant que la place de l’œuvre de Manet est au Louvre, à l’occasion d’un manifeste en faveur du peintre en 1866. Après 1875, Zola s’écarte de ce mouvement (baptisé Impressionniste à partir du salon de 1874), qui évolue vers un art qui « ne produit pas d’œuvres assez solides, assez travaillées ».

Pour Zola, le peintre est avant tout une personnalité. Il affirme : « Ce n’est pas l’arbre, le visage, la scène qu’on me présente qui me touchent ; c’est l’homme que je trouve dans l’œuvre ». Cette personnalité doit exercer un effet unificateur puissant sur le tableau, dans lequel le peintre transpose toute son énergie. Le centre de l’œuvre devient alors non plus le sujet choisi, mais l’expression de la personnalité de l’artiste.

Dans une lettre à son ami Valabrègue écrite le 18 août 1864, Zola expose une théorie qui repose sur une métaphore dite des trois écrans. Ceux-ci s’interposant entre l’artiste et l’observateur, la reproduction exacte du réel est impossible pour l’écrivain. Il a une préférence pour l’écran réaliste, mais s’insurge contre la représentation picturale de type photographique : le tempérament de l’artiste doit toujours s’exprimer dans l’œuvre.

Loin de tout dogmatisme ou idée préconçue, Zola affirme très tôt une sûreté de jugement remarquable, acceptant de reconnaître la qualité, voire le génie, dans des tableaux réalisés par ceux-là mêmes qu’il critique sévèrement dans leur conception picturale. Ses critiques ont été assez visionnaires puisque ceux qu’il admirait sont toujours connus aujourd’hui, et ceux qu’il honnissait sont désormais oubliés.

L’influence des arts plastiques sur l’œuvre de Zola est patente. L’écrivain semble avoir structuré ses romans tel le peintre sa toile, avec l’emploi constant de dossiers préparatoires. Souvent, dans ceux-ci, Zola ébauche des représentations des lieux qu’il veut décrire, ou certains objets, ou encore des plans. Il déploie aussi un art de la composition éprouvé dans les descriptions. Il paraît avoir traité l’espace romanesque comme le peintre son espace pictural. Zola a donc apporté au groupe des impressionnistes sa force de conviction et son talent de critique pour convaincre. Sa proximité avec ce mouvement artistique l’a lui-même très fortement influencé dans sa démarche littéraire. Ses conceptions novatrices de la « personnalité » de l’artiste et de la transformation de l’objet en un réel artistique peuvent préfigurer le surréalisme, que Zola ne connaîtra jamais.

Zola s’est moins intéressé à la sculpture. Dans un article consacré au Nègre endormi de Philippe Solari en 1868, il y écrit : « Si un art souffre du milieu moderne c’est à coup sûr la sculpture. Née au matin de l’humanité, chez des peuples vivant demi-nus, elle se trouve mal à l’aise dans nos sociétés vieillies, vêtues de vêtements sombres et étroits ». Il n’a reconnu le talent que d’un seul sculpteur, outre Solari : Auguste Rodin. En 1891, à l’occasion de la réalisation d’une statue de Balzac financée par la Société des gens de lettres, il soutient passionnément la candidature de Rodin.

                        La photographie

Émile Zola semble s’être intéressé à la photographie à partir de 1888. Victor Billaud, rédacteur et imprimeur de la Gazette des bains de mer de Royan-sur-l’Océan l’initie à cette technique pendant des vacances que l’écrivain passe à Royan, invité par son éditeur Charpentier. Mais ce n’est qu’à l’issue de l’achèvement des Rougon-Macquart, en 1894, que Zola s’adonne pleinement à cette passion. Possédant jusqu’à une dizaine d’appareils photographiques, il a produit autour de dix mille plaques, dont seules quelques centaines ont été conservées.

Amateur éclairé, quasi professionnel, Zola installe trois laboratoires photographiques (à Paris, Médan et Verneuil). Il développe lui-même ses négatifs, procède aux agrandissements et réalise toutes sortes d’essais avec des papiers de couleur ou des formats exotiques. Minutieux, il note dans de petits carnets les temps de pose et d’autres détails pour chaque cliché.

Il est passionné par l’expression de la réalité quotidienne que lui fournissent ces moments figés. L’ensemble de ces photographies, expression d’un regard d’une grande modernité, forme un témoignage précieux sur la seconde moitié du XIXe siècle. Ses sujets de prédilection sont les scènes de la vie quotidienne, prises à Paris, Médan ou Verneuil. Il effectue un véritable reportage photographique lors de l’exposition universelle de 1900. Il aime aussi à photographier de nombreux paysages, notamment lors de ses voyages en Italie, ou pendant son exil londonien. Dernier thème de prédilection : ses familles et ses enfants qu’il a sur-abondamment représentés en images. Dans ce cadre, il met lui-même au point un déclencheur à distance afin de se représenter avec ses enfants sur les clichés.

La photographie n’a pas été un outil employé par l’écrivain pour la préparation de ses romans. Cette passion reste un outil de représentation du réel, passif, illustré par une dédicace sur un de ses albums consacré à ses deux enfants : « Denise et Jacques. Histoire vraie par Émile Zola ». Le rôle de la photographie est en général négatif dans ses romans — ainsi, dans La Curée, ou Madeleine Férat, le malheur est annoncé par une photo. La photographie, talent longtemps ignoré de l’écrivain, fait partie intégrante de l’œuvre zolienne, constitutive de sa personnalité

 

II/ Personnages et résumé

Ce roman est considéré comme la véritable ouverture de ce cycle bien connu, le premier (La Fortune des Rougon) étant souvent jugé introductif et comme la Genèse, car contenant en lui les prémisses des thèmes chers à Zola par la suite et en quelque sorte, le creuset où les germes développés par la suite (appas du gain, luxure, folie, alcoolisme, violence…) naissent du ventre d’Adélaïde Fouque, dite Tante Dide.

Il me faut pour commencer vous présenter les personnages. Là encore, j’emprunte leur description à mon amie Wiki. Horreur des spoilers ? Passez votre chemin.

a) Personnages

  • Aristide Rougon/Saccard : Fils de Pierre et Félicité Rougon, il est le frère cadet de Eugène Rougon, qu’il admire. Déjà apparu dans La Fortune des Rougon, il y joue dans le premier roman de la série des Rougon-Macquart le rôle du journaliste républicain de province. Opportuniste, il change de camp au moment du coup d’Etat et soutient le parti de ses parents, assistant sans intervenir au meurtre par un gendarme de son cousin, jeune insurgé politique idéaliste. Aristide Rougon change de nom pour Saccard à son arrivée à Paris, en partie pour ne pas compromettre son frère en cas de découverte de ses malversations et, en partie car “il y a de l’argent dans ce nom là; on dirait que l’on compte les pièces de cent sous”. Profondément cupide et fin stratège, son frère lui trouve une place à l’Hôtel de ville, ce qui lui permet de prendre part à la Curée, via des spéculations relatives à la vente d’immeubles et de terrains parisiens à l’occasion de la réalisation des projets d’aménagement du baron Haussmann. De son premier mariage avec Angèle Sicardot, il a deux enfants, Clotilde et Maxime. Après la mort, bienvenue, de son épouse, il se remarie par l’entremise de sa soeur, Mme Sidonie, avec Renée Béraud du Châtel, riche héritière à qui il volera discrètement son argent et ses biens. Devenu une grande fortune de Paris, malgré des risques sérieux de banqueroute, il survit à sa seconde épouse à la fin du roman, plus complice de son fils et du régime que jamais. Il réapparaît par la suite dans L’Argent.
  • Renée Saccard : Née Béraud du Châtel, fille d’un ancien magistrat ayant démissionné après le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. Alors qu’elle sortait d’un couvent, elle se fait violer par un homme de quarante ans et tombe enceinte. Elle révéla à son père sa grossesse, mais non son viol, avec la complicité de sa tante. A la recherche d’un homme acceptant de se faire passer pour le père de l’enfant, elle trouve, via Mme Sidonie, pour jouer ce rôle et l’épouser Aristide Saccard. L’enfant ne voit pas le jour, Renée fait une fausse couche, permettant à Aristide de cumuler les avantages dans le monde que constituent une belle épouse, un grand nom, une grande fortune et de belles propriétés sans avoir l’inconvénient de les partager avec un héritier. Personne amorale, ponctuellement dévorée de remords liés à son éducation de grande bourgeoise classique, elle mène une vie de luxe insolent et de succès mondains, cherchant à satisfaire son désir de vices et de plaisirs. A l’arrivée au foyer familial de Maxime, elle le traite comme son enfant, rapidement comme son ami avant de former le projet de le séduire et d’en faire, avec succès, son amant. Lorsque Maxime la quitte pour se marier à Louise et que son mari lui vole ses biens, elle sombre dans le chagrin, le jeu, et finit par mourir d’une méningite.
  • Maxime Rougon/Saccard : Fils de Aristide et Angèle Rougon, il passe les quinze premières années de sa vie à Plassans élevé par sa grand-mère, Félicité Rougon (La Fortune des Rougon). Arrivé à Paris après la mort de sa mère, son physique androgyne et sa malice lui ouvrent les faveurs des hautes bourgeoises parisiennes. Archétype de l’homme-femme, symbole de la décadence de la haute société impériale, il représente également le “petit crevé”, fils de parvenu parisien du second Empire vivant des rentes de ses parents.
  • Sidonie Rougon : Sœur d’Aristide Rougon/Saccard que tout le monde appelle Mme Sidonie. Effacée, doucereuse, vêtue d’une éternelle robe noire, elle dirige un commerce douteux, jouant à la fois le rôle d’entremetteuse et de commerçante. Elle vit de l’agio et de l’embarras des autres. Ce personnage fait clairement écho à celui de La Méchain, qui apparaît dans L’Argent. Comme toute la branche des Rougon, elle est animée d’une soif de l’argent, du gain. Elle n’hésite ainsi pas un instant à proposer à Saccard de se marier avec Renée alors que sa précédente femme, Angèle, agonise encore dans la chambre adjacente.
  • Angèle Rougon/Saccard : Née Sicardot, calme et douce, folle de nourriture et de maquillage, elle est la première femme d’Aristide Rougon. Elle découvre le secret de la Curée lorsque son mari, ivre, lui révèle les plans secrets du baron Haussmann. A sa mort, des suites d’une maladie foudroyante, elle comprend les plans de remariage de son mari, mais semble dans son dernier regard lui pardonner cette cruauté.
  • Clotilde Rougon/Saccard : Fille de Aristide et Angèle Rougon/Saccard, après la mort de sa mère elle part vivre chez son oncle Pascal à Plassans. Elle réapparait dans Le Docteur Pascal.
  • Louise De Mareuil : Fille de bourgeois, très riche héritière, elle est une des premières à découvrir l’inceste entre Maxime et Renée. Fiancée de Maxime elle reste placide cependant et l’épouse. Atteinte d’une grave maladie, bossue et pleine d’esprit, elle finit sa vie en Italie avec son jeune mari dans la première année de son mariage.
B) Résumé:

Le personnage principal est Aristide Rougon, dit Saccard, qui va faire une rapide fortune en spéculant sur les futurs terrains à bâtir à l’époque des grands travaux menés à Paris par le baron Haussmann.

L’action se déroule à Paris. Eugène Rougon a fait carrière en politique grâce à son soutien à Napoléon III: il est ministre. Son frère Aristide commence en bas de l’échelle par un modeste emploi. Sa femme s’appelle Angèle. Ils ont une fille (Clotilde) et un garçon (Maxime), ce dernier vivant encore à Plassans chez ses grand-parents. Ils vivent dans un modeste appartement de deux pièces. Eugène aide son frère à obtenir un emploi à la mairie de Paris, ce qui permet à ce dernier d’avoir accès à tous les plans des travaux d’Haussmann. Sa femme meurt. Il envoie sa fille chez Pascal, un de ses frères, et se marie à une jeune fille nommée Renée Béraud du Châtel, par intérêt. Ayant pris le nom d’Aristide Saccard, il peut participer à la curée, le dépeçage de Paris par les spéculateurs, tâche dont il s’acquitte à merveille. Il accumule rapidement une grande fortune en achetant à bas prix des immeubles entiers, dont il sait qu’ils seront bientôt rachetés à prix d’or par la ville, qui souhaite les détruire afin de construire les futurs grands boulevards de la capitale. Pourtant, Aristide a un train de vie faramineux et il ne refuse aucune dépense à ses proches. Ayant besoin de toujours plus d’argent, et alors qu’il accumule les échecs spéculatifs, il escroque sa propre femme Renée, qui possède un important capital immobilier, sans aucun scrupule.
Le roman comporte également une intrigue amoureuse. Devenu veuf, Saccard a épousé Renée Béraud du Châtel, dont la fortune lui avait permis de se lancer dans la spéculation. Le couple est libre, chacun des deux époux ayant de nombreux amants sans que cela gêne l’autre le moins du monde. Jusqu’au jour où Renée, nouvelle Phèdre, tombe amoureuse de Maxime, fils que Saccard a eu de son premier mariage. La relation semi-incestueuse entre Renée et Maxime est finalement connue de Saccard, sans que celui-ci en soit vraiment affecté. Le roman se clôt sur une Renée abandonnée par Maxime, dépossédée de sa fortune par Aristide, et qui sombre dans la folie avant de mourir d’une méningite.

III/ Ma « critique » proprement dite

Maintenant que je (enfin wikipédia) vous ai présenté l’auteur, les personnages et la trame, je vais pouvoir m’attaquer réellement à mon « analyse ». Ce sera un avis (je le répète) purement personnel, vu à travers mes propres filtres.

  • Un de mes premiers filtres est celui de mon amour des costumes. Comme vous le savez peut-être, j’adore tout ce qui a un rapport quelconque avec la mode, plus précisément la mode historique, et plus précisément encore la mode du XIX ème. Le roman se passant au II cd Empire, et ayant comme héroïne une jeune femme de la haute bourgeoisie avide de chiffons et de dentelles, vous imaginez que je me suis délectée à la lecture de ces pages.

Renée Saccard se paye les services d’un dénommé Worms, personnage en réalité calqué sur un couturier ayant réellement existé : Worths. Je vais arrêter de pavéïser un peu et vous ferais grâce de sa biographie, mais il faut savoir que c’est cet homme qui a inventé la haute-couture telle qu’elle se présente encore aujourd’hui, en faisant porter les modèles à des mannequins vivants et non plus des poupées, en créant des modèles inédits et standardisés (et non plus du sur-mesure à la demande de la cliente), et en instaurant les célèbres cycles « automne-hiver » et « printemps-été ».

La première apparition de Renée Saccard la décrit portant une toilette tout à fait semblable à celle de la balançoire de Renoir, ce qui est plutôt drôle quand on sait que ce tableau a été peint en 1876, soit 4 ans après la publication du livre.

Une de mes robes préférées est celle que porte Renée lors de sa première apparition en temps que femme du monde. J’ai pour projet de la réaliser, sachant que d’après une description, mon imagination se devra de combler les manques. Voici pour les amoureuses des costumes cette description qui est pour moi un petit bijou :

« Quand Renée entra, il y eut un murmure d’admiration. Elle était vraiment divine. Sur une première jupe de tulle, garnie, derrière, d’un flot de volants, elle portait une tunique de satin vert tendre, bordée d’une haute dentelle d’Angleterre , relevée et attachée par de grosses touffes de violettes ; un seul volant garnissait le devant de la jupe où des bouquets de violettes, reliés par des guirlandes de lierre, fixaient une légère draperie de mousseline. Les grâces de la tête et du corsage étaient adorables, au-dessus de ces jupes d’une ampleur royale et d’une richesse un peu chargée. Décolletée jusqu’à la pointe des seins, les bras découverts avec des touffes de violettes sur les épaules, la jeune femme semblait sortir toute nue de sa gaine de tulle et de satin, pareille à une de ces nymphes dont le buste se dégage des chênes sacrés ; et sa gorge blanche, son corps souple, était déjà si heureux de sa demi-liberté, que le regard s’attendait toujours à voir peu à peu le corsage et les jupes glisser, comme le vêtement d’une baigneuse folle de sa chair. Sa coiffure haute, ses fins cheveux jaunes retroussés en forme de casque, et dans lesquels courait une branche de lierre, retenue par un nœud de violettes, augmentaient encore sa nudité, en découvrant sa nuque que des poils follets, semblables à des fils d’or, ombraient légèrement. Elle avait, au cou, une rivière à pendeloques, d’une eau admirable, et, sur le front, une aigrette faite de brins d’argent, constellés de diamants. Et elle resta ainsi quelques secondes sur le seuil, debout dans sa toilette magnifique, les épaules moirées par les clartés chaudes. »

Le temps de la Curée (dont le cœur de l’action s’étend sur près de trois ans, entre l’automne 1861 et l’hiver 1863/64) se décline en bals, sorties au théâtre, promenades au bois, etc… Le dernier bal donné par Renée en son hôtel est un bal costumé pour la mi-carême, avec cotillons et tableaux vivants. (Cette scène de bal doit peut-être à celle du bal chez Rosannette, dans l’Éducation Sentimentale de Flaubert, publié en 1869). C’est à cause de scènes comme celles-ci que je rêve de donner un bal, et si possible, exactement de la même manière. Je veux prévoir la toilette des mois à l’avance, faire des tableaux vivants, avoir un carnet de bal, un éventail, des cavaliers, et je veux aussi tous ces jeux de séductions. On a plus d’occasions comme celles-là de nos jours pour draguer élégamment… A part une boîte de nuit, je ne vois pas trop quel lieu pourrait remplir le même office aujourd’hui ! Si j’habitais à Paris, je remettrai les bals au goût du jour, ainsi que les jours de visite ! Le lundi serait mon jour de réception et je passerai la journée à faire des gâteaux comme Bree Van de Kamp pour chouchouter tous mes amis !

Bref, ces tableaux vivants sont au nombre de trois et présentent l’histoire de Narcisse (Maxime) et de la Nymphe Echo (Renée). Toutes les amies de Renée campent des nymphes, des muses, des pierres précieuses et des déesses, et nul besoin de vous préciser que Zola décrit en long en large et en travers tous leurs costumes et que je me suis régalée. Là encore, ça m’a donné envie de tous les réaliser. (Sauf celui de Maxime, qui est en espèce de collant moulant vert à la Noureïev). Cette scène de bal, dont Renée ne profite pas car elle et son amant ont été découverts, est une des plus belles du roman.

Le second filtre à travers lequel est passé ma petite analyse est celui de mon amour pour Paris au XIX ème siècle, notamment pendant le Second Empire et surtout pendant les travaux d’Haussmann. La Curée se déroule au début de ces travaux, et on peut suivre avec les personnages tous les bouleversements qui les ont affectés. Je ne suis pas très enchantée d’ordinaire par les histoires qui mettent en jeu politique, argent, pouvoir ou affaires immobilières (et c’est largement le cas ici) mais Zola a ce don de m’y intéresser à travers ses héros et son style, véritable torrent qui emporte tous mes préjugés et mes avis tièdes sur son passage. Zola pourrait me décrire un saucisson que j’aurai le souffle court à l’idée qu’il se fasse dévorer et termine dans d’horribles souffrances. Donc, mon amour pour Paris est largement comblé : hôtels particuliers, chantiers, travaux, grands bals, théâtres, parcs et promenades, tout y passe et tout est admirablement décrit. Il faut dire que Zola avait de la matière. Pour préparer la présentation de l’Hôtel des Saccard, par exemple, il a consigné dans ses « carnets d’enquête »   les renseignements qu’il a pris après avoir visité un hôtel de la rue de Monceau, sans doute celui du chocolat Menier. (Saccard, Saccharose, Sucre, Chocolat? Non, je capillotracte un peu trop?).

(Petite parenthèse: le personnage de Saccard est assez hideux, celui de Maxime n’est pas en reste, et à eux trois avec Renée, ils campent un « Phèdre » des temps modernes assez époustouflante.)

Mon troisième et dernier filtre est celui du personnage principal. J’aime énormément Renée Saccard. Zola est vraiment un artiste avec ses personnages, et en voilà encore une preuve. Il aime les femmes, et en dresse des portraits éblouissants, aussi bien physiquement (relisez la description plus haut) que moralement (hérédité milieu toussa, je vais pas revenir là-dessus, j’espère que vous connaissez). J’aime d’autant plus Renée que je me suis retrouvée en elle: j’avais l’impression de comprendre et de connaître cette femme qui enchaîne les amants par ennui, goût de la nouveauté, ou désespoir. D’être cette femme qui cherche à remplir sa vie monotone et blasée de bourgeoise par les fanfreluches, les folies et les dentelles, qui cherche en vain quelque chose d’Autre pour la sortir de sa déprime, et qui s’abandonne au vice plus par inconscience que par réelle méchanceté.Je me suis retrouvée aussi dans ses inquiétudes pour l’argent et dans sa légère extravagance. Voici un passage que j’adore qui vous aidera peut-être à mieux comprendre:

« Elle restait, d’ailleurs, l’étourdie qui étonnait Paris par ses extravagances. Des gaietés nerveuses la prenaient, des caprices prodigieux, dont s’entretenaient les journaux, en la désignant par ses initiales. Ce fut à cette époque qu’elle voulut sérieusement se battre en duel, au pistolet, avec la duchesse de Sternich, qui avait, méchamment, disait-elle, renversé un verre de punch sur sa robe ; il fallut que son beau-frère le ministre se fâchât. Une autre fois, elle paria avec Mme de Lauwerens qu’elle ferait le tour de la piste de Longchamp en moins de dix minutes, et ce ne fut qu’une question de costume qui la retint. ».

A la lumière du XXI ème siècle on ne peut que comprendre Renée face à l’inceste : notre morale n’est plus la leur, et j’imagine que je ne la regarde pas avec le même œil qu’un contemporain de Zola : oui elle commet l’inceste, mais après tout, elle a été mariée de force (mariage arrangé pour couvrir son viol, elle démarre mal dans la vie la pauvre) avec un type qui ne la touche jamais, et Maxime, qui n’est pas son fils, à juste cinq ans de moins qu’elle. Dans la même situation je crois que je ferai pareil…

Ce qui est d’autant plus bizarre, c’est que j’aime ce personnage alors qu’elle est bourrée de défauts et que, Zola oblige, elle finit à moitié folle…

Les scènes de sexe sont vraiment très belles. Zola a le don de tout dire sans rien dire, et de mettre dans la description des décors toute la sensualité qu’il n’exprime pas directement avec ses personnages. Par exemple, lorsque que Renée et maxime se donnent l’un à l’autre pour la première fois, il écrit :

« - Ah ! Voici ton nom, Maxime, s’écria Renée…

Ecoute… “ J’aime… ”

 Mais il s’était assis sur le coin du divan, presque aux pieds de la jeune femme. Il réussit à lui prendre les mains, d’un mouvement prompt ; il la détourna de la glace, en lui disant d’une voix singulière :

- Je t’en prie, ne lis pas cela. Elle se débattit en riant nerveusement.

- Pourquoi donc ? Est-ce que je ne suis pas ta confidente ? Mais lui, insistant, d’un ton plus étouffé :
- Non, non, pas ce soir. Il la tenait toujours, et elle donnait de petites secousses avec ses poignets pour se dégager. Ils avaient des yeux qu’ils ne se connaissaient pas, un long sourire contraint et un peu honteux. Elle tomba sur les genoux, au bout du divan. Ils continuaient à lutter, bien qu’elle ne fît plus un mouvement du côté de la glace et qu’elle s’abandonnât déjà. Et comme le jeune homme la prenait à bras-le-corps, elle dit de son rire embarrassé et mourant :
- Voyons, laisse-moi… Tu me fais mal.

Ce fut le seul murmure de ses lèvres. Dans le grand silence du cabinet, où le gaz semblait flamber plus haut, elle sentit le sol trembler et entendit le fracas de l’omnibus des Batignolles, qui devait tourner le coin du boulevard. Et tout fut dit. Quand ils se retrouvèrent côte à côte, assis sur le divan, il balbutia, au milieu de leur malaise mutuel :

- Bah ! Ça devait arriver un jour ou l’autre.»

 Je trouve ça bien plus parlant que n’importe quelle description salace. Ici c’est donc le cabinet de Maxime qui les incite à la faute (et non pas cabinets, ah ah), et par la suite, leurs amours seront différentes selon les endroit qu’ils fréquenteront: le cabinet de toilette de Renée, ou la serre par exemple. Il y a en effet une très jolie description de scène de sexe dans l’immense serre de l’hôtel particulier des Saccard, qui fait un pendant assez joli aux scènes d’amour de La faute de l’Abbé Mouret qui elles se passeront dans le Paradou. On peut mettre en balance la serre et ce qu’il y a de frelaté, factice et malsain dans la relation Renée/Maxime avec le Paradou et ce qu’il a de naturel, de vigoureux et de beau dans la relation Octave/Albine. Cela dit c’est une analyse qu’il faudrait que je reprenne au moment de ma relecture de ce livre, car je ne l’ai plus précisément en tête.

C’est vraiment une jolie histoire que celle de la Curée, et dans le lot de tous les Rougon-Macquart que j’ai pu lire, elle se place dans le top 5 (avec “La Faute de l’Abbé Mouret”, “Nana” et “Au bonheur des Dames” pour l’instant). Voilà, j’en ai terminé avec mon analyse (qui approche tout de même des 40 pages), et j’espère que ça vous a plu ! Par contre, je ne vous promets pas de recommencer de suite. C’est vraiment un travail fastidieux que je ne peux me permettre en ce moment étant donné tout le travail que j’ai, même en copiant les biographies et vous faisant grâce de toutes les références bibliographiques, comme j’avais prévu de le faire au début… Oui, parce que pour bien vous embêter, j’avais prévu de vous présenter ça comme mon mémoire, avec références, notes de bas de page, sommaire et tout le tralala !

Pour terminer, je tenais à vous donner quelques références de tableaux qui pourraient fort bien servir d’illustrations à ce roman, notamment à la scène de bal chez l’Empereur (qui n’est pas la dernière scène de bal) :

La Balançoire, de Renoir

Bal masqué à l’opéra, de Manet

Invitation à la valse, Edwin Scott

Une soirée, de Jean Béraud

Le buffet, de Jean-Louis Forain

Le bal, de James Tissot

PS du 23 octobre 2013: depuis que j’ai écrit cet article, j’ai effectivement réalisé la robe verte de Renée!