Emmanuelle Nuncq

Romancière à deux visages, couturière rêveuse et plein d'autres choses encore.

Mot-clé - Cyrano de Bergerac

Fil des billets - Fil des commentaires

Captain Tangara

Pour information, le tangara ou calliste, c'est cet oiseau-là:

tangara-chilensis-a174_p1.jpg

Après quelques recherches j'ai trouvé que c'était l'oiseau qui ressemblait le plus à mon projet, d'où ce titre d'article^^ En fait, pour le second jour des Imaginales, je vais me concocter un costume de pirate noir et turquoise plein de plumes. A vrai dire je vais plutôt être un mélange de Roxane et Angus, mes personnages dans Bordemarge :)

Voilà l'esquisse et les tissus que je vais utiliser:

Esquisse.jpg

Tissus.JPG

8 avril:

Voilà, j'ai fait la chemise du dessous!

DSC04583.JPG

Elle est ouverte sur les côtés à partir de la taille pour que je puisse bouger. Sinon, je me suis rendue compte ce matin que j'avais ce corset-là qui est exactement dans le même tissu que la doublure et qui ira très bien avec ! Alors du coup je ne vais pas faire le corset que j'avais prévu :)

DSC04584.JPG

9 avril:

J'ai passé un temps fou à faire une saleté de corsaire! Rien ne se mettait comme il fallait, j'ai du faire des tonnes de retouches, le tissu accroche... Bref, le pantalon est fini, mais je ne continue pas la couture aujourd’hui! Greu :P

DSC04588.JPG

10 avril:

Décidément, chaque pièce de ce costume va me prendre beaucoup de temps on dirait :) J'ai mis toute la matinée à faire le chapeau!

J'ai recouvert un chapeau de paille du même cuir noir que les hauts-de-chausses et la future redingote. Pour ça, j'ai coupé deux ronds pour les bords, un plus petit pour le dessus et une bande pour le tour. Chaque pièce est entoilée puis amidonnée pour être plus rigide.

DSC04591.JPG

Au final je ne sais pas si c'était une si bonne idée que ça (à part le carton pour le fond) de tout renforcer parce que c'était très difficile à poser et que j'ai du retoucher au marqueur toutes les bords blancs qui se voient. L'avantage c'est qu'on voit moins la paille que si j'avais posé directement le tissu dessus, et que ça fait presque vrai!

DSC04592.JPG

Bon il est loin d'être parfait mais si on le regarde de loin il fait illusion!

DSC04594.JPG

DSC04595.JPG

14 mai:

J'ai encore changé d'avis! Je me suis dit qu'avec la chemise en synthétique, le corset et la redingote j'allais mourir de chaud, alors j'ai remplacé le haut par la chemise de Darcy que j'ai cousue la semaine dernière et ai eu l'idée d'ajouter un beau gilet turquoise tout brodé. Il sera un mélange (harmonieux, on espère) entre ce modèle-là que j'ai trouvé au hasard du net:

7368-1.jpg

Et ce modèle-là qui est dans mon livre "Bêtes de scènes" que la bmi m'a offert en cadeau de départ. Je l'adore ce bouquin, mais jusqu'à présent c'était juste pour le plaisir des yeux et pas spécialement pour l'inspiration :) Espérons que j'arrive à faire aussi joli avec les plumes !

001.jpg

J'ai coupé les pièces d'après le patron d'un gilet de mec piqué à mon ex, que j'ai rallongées en fonction de la coupe du gilet rose :

DSC04904.JPG

L'extérieur est en turquoise dans le même tissu que la bande du chapeau et l'intérieur dans une doublure verte. Pour l'instant, j'ai cousu ensemble le haut des pièces.

DSC04905.JPG

Sinon, ce matin, j'en ai profité pour refaire le corsaire de partout, maintenant il me va parfaitement ! Bon par contre, j'ai remplacé les boutons par des élastiques :P

15 mai:

Voilà les boutonnières :

DSC04911.JPG

16 mai:

J'ai brodé un bouton avec un plume de paon pour voir, et je trouve que ça rend bien comme ça, aussi je vais faire les 10 pareils :)

DSC04913.JPG

J'ai épinglé des plumes pour voir ce que ça va donner.

DSC04914.JPG

19 mai:

J'ai encore changé d'avis et j'ai finalement brodé des poches à la place^^

DSC04950.JPG

DSC04952.JPG

22 mai:

J'ai cousu des liens derrière pour pouvoir l'ajuster:

DSC04959.JPG

Ce qui rend ça vachement plus classe^^ (Et j'ai donc cousu les boutons, terminé les finitions)

DSC04958.JPG

Et j'ai re-encore-changé d'avis en trouvant que finalement, c'était pas si mal les plumes en bas, mais juste sous les poches^^ Ma mère doit en avoir marre à force parce que vous ne savez pas, c'est que j'ai du lui envoyer une dizaine de photos avec des essais pour qu'elle me donne son avis :D

DSC04960.JPG

Bon, ça m'a l'air fini tout ça, hormis le jabot que je vais changer :)

DSC04968.JPG

DSC04969.JPG

Il est minuiiiiiiit, l'heure du crime, de mes yeux comme des tournedos au poivre et de mes doigts comme des saucisses piquées sur un grill!! Il est minuit, donc, et je viens de terminer un jabot et une pochette assortie à mon gilet pour y glisser mes cartes de visite !

DSC04971.JPG

DSC04970.JPG

25 mai:

Après avoir inauguré mon costume pour une partie des Lames du Cardinal avant-hier soir, je me suis rendue compte que mes bas glissaient alors j'ai fait des jarretières! Et sinon, les bas, c'est moi qui les ai faits aussi^^

DSC04999.JPG

Liebster Blog Award

blogaward.jpg

Hey vous savez quoi? J’ai été nominée :D C’est marrant ça, et c’est trop bien, surtout pour une nana comme moi qui lit quasiment jamais les blogs des autres (du moins pas régulièrement) et qui en plus était persuadée qu’elle n’avait pas de lecteurs :D Et ben en fait si j’en ai! Et Les Gobelins est sorti de son anonymat pour me choisir moi :) ! Dites les gens, faut pas faire les fantômes hein, je suis gentille je vais pas vous manger^^!

Alors le principe c’est de dire 5 choses sur soi, de répondre à 5 questions posées par la personne qui nous a nominé dont on donne le lien, nominer à son tour 5 blogs et leur poser 5 questions.

Je ne sais pas qui a créé ça, ni à quoi ça sert, ni si on gagne quelque chose ou si ça ramène des visiteurs, mais le principe me plaît bien!

5 révélations à mon propos:

1: Je suis une angoissée de la life. On dirait pas comme ça hein, vu que je poste rarement des trucs vraiment personnels, que ce soit sur mon blog ou ailleurs, et que je suis d’un naturel visiblement enthousiaste (merci moman de m’avoir appris à être forte devant les autres) mais j’angoisse pour tout et pour rien. Avec le temps et surtout l’arrivée de mon amoureux dans ma vie, ça s’est arrangé, mais il ne se passe quand même pas une journée sans que des doutes et des questions m’assaillent : ils sont de plus à moins débiles hein (du genre « est-ce que je n’aurai pas des taches sur mes collants quand je me rendrai à mon prochain salon ?» à « mais pour quoi suis-je faite ??? Je suis top nulle personne ne m’aime si je me suicidais de suite?», mais il n’empêche que c’est comme ça, même si je sais que c’est idiot ou que ça ne sert à rien, j’angoisse.

2: Je suis une psychotique des cheveux. Les miens je les déteste, et quand ils sont attachés, y a intérêt à ce qu’ils ne dépassent pas ! Aussi je coupe tous ces petits cheveux qui font trop moche tout autour du visage, histoire d’avoir un ovale parfait T-T Ouais ouais je sais :D

3: Je suis un tout p’tit peu trop passionnée : j’ai dix mille projets à la minute, et quand l’un d’entre eux concerne d’autres personnes que moi, et qu’ils ne vont pas assez vite à mon goût ou que ça ne les emballe que moyen, ça m’énerve. J’ai perdu pas mal de potes à être chieuse comme ça, alors maintenant je ne dis plus rien, parce que je sais pas qu’on peut pas forcer les gens à s’engager dans de gros trucs ou à aller plus vite que la musique:)

4: Conséquence de mon naturel passionné, j’ai laissé la moitié de ma vie derrière moi par amour. C’est je crois la seule et unique fois où j’ai fait un truc courageux en accord avec mes principes et ma personnalité, j’en suis super fière, et je ne le regrette pas une seule seconde !

5: Euh…, je sais pas, j’imite super bien les chatons? Je suis super cool? J’aime pas cuisiner parce que ça me fait perdre du temps dans ma vie déjà trop courte? Je connais par cœur toutes les chansons de Walt Disney? Mon rêve c’est de participer à une comédie musicale? J’ai raté mon permis cinq fois? J’aime pas les salsifis et les rognons? Je sais pas déchiffrer une portée de notes et j’ai triché toute ma scolarité en refaisant les musiques de la prof à l’oreille?

Les 7 questions des Gobelins :

  • Quel personnage de littérature aurais tu aimé être?

Des tonnes, mais avant tout, Cyrano de Bergerac. Je rêve d’avoir son courage, son insolence, son charisme, son intelligence, sa répartie, et surtout, surtout, ses costumes de mousquetaire :P Sinon, y a Doctor Who, c’est pas mal non plus^^ Ce sont principalement des hommes, mas il n’y a qu’eux pour pouvoir faire tout ce qu’ils veulent, même dans la fiction…

  • Quel est ton film en costume préféré?

J’en ai des tonnes, et beaux costumes ne signifient pas toujours bon film. Alors pour les costumes uniquement on va dire « A tout jamais » ; pour le film historique uniquement ça sera « Cyrano de Bergerac », et pour le meilleur mélange des deux, je pense à « Beaumarchais l’insolent » peut-être, bien qu’il n’y ait pas une robe parmi d’autres que j’ai envie de reproduire:)

  • Quelle est ton époque préférée?

Pour la mode, la Renaissance et 1912. Pour la place des femmes, maintenant, et ça n’est pas encore parfait, et pour la culture, les années 1880 (bien que la place des femmes et la mode ne soit pas trop mal^^)

  • Quelle est ton personnage historique féminin préféré?

Je dirais Olympe de Gouges. Il me semble que c’est la nana la plus proche de mes convictions, et la plus courageuse aussi.

  • Quel forme d’artisanat aimerais tu apprendre?

La cordonnerie ! Je rêve de savoir me faire mes propres chaussures, mais c’est vraiment un art difficile.

  • Quelle est la dernière création qui t’a fait t’arracher les cheveux?

M’arracher les cheveux, je ne sais pas trop, parce que j’adore les défis, mais celle sur laquelle j’ai passé le plus de temps entre réalisation et recherches, c’est mon costume de Mary Kelly !

  • Quel est ton prochain grand défi créatif?

Terminer mon roman en un mois ! Je sais que je peux le faire, mais ça va être dur !

Les cinq blogs que je nomine :

Alors là ce fut malheureusement compliqué, parce que comme je l’ai dit plus haut, des blogs que je suis et que j’aime bien, y en a pas des masses, et beaucoup sont étrangers (les meilleurs costumières sont au staaates :D ) Donc y a beaucoup de mes proches dedans ! Et ce n’est pas dans l’ordre de préférence^^ Il se peut que j’ai oublié des gens hein, m’en voulez pas^^


Qui mène me suive

Bizarreland

Le Rose et le Noir

Tshaw

Stella Polaris


Mes cinq questions :

(j’en reprends certaines des Gobelins, je les aime bien^^

  • Si tu pouvais là de suite, appliquer une théorie ou un concept pour rendre le monde meilleur, ce serait quoi ?

  • Quel est ton rêve d’enfance ?

  • Quel est ton héros de fiction favori?

  • Quel est le roman qui t’a changé le plus ?

  • Quelle est ta période historique préférée ?

Pour les deux premières questions, moi je veux bien aider à appliquer et réaliser! Et voilà ! Je pense avoir bien tout répondu^^ A qui le tour ?

BORDEMARGE

Mercredi 27 juin:

Finalement, j’aime toujours autant mon roman, malgré toutes les critiques mitigées que j’ai pu en lire! J’en ai lu des très bien qui m’ont rendue fière de moi, et toutes ces chroniques, qu’elles soient bonnes ou mauvaises (mais pas trop, personne ne m’a descendue en flèche :) ), ont finalement fait en sorte de me faire me poser les bonnes questions. J’ai retiré ce qu’il en fallait pour la suite de Bordemarge, que je suis en train d’écrire, et suffisamment de motivation pour continuer un bon bout de temps ;) Je compte faire de Nuxiger (titre très provisoire, c’est affreux ce nom) un roman encore bien meilleur :)



Mardi 15 mai:


Voilà un mois que Bordemarge est sorti, et en réalité, ça ne me fait pas autant d’effet que j’aurai cru; certes j’ai lu quelques critiques, c’est très agréable parce que le livre semble plaire, et que ça me fait toujours plaisir de lire des jolies choses; j’étais très fébrile la première semaine de sortie, mais maintenant cette fébrilité est retombée, et je n’en ai plus rien à faire. Comme si ça y est, le bouquin est sorti de moi, alors je ne m’en occupe plus. Je me demande ce que ça va donner la semaine prochaine, à Étonnants Voyageurs. Je crois que je me souviendrai plus de l’histoire, que je serai pas fichue de la défendre… et que si jamais on me pose des questions, je serai pas fichue non plus de répondre. Déjà rien que qu’une semaine avant qu’il ne sorte, je ne me souvenais plus que j’avais changé le nom du personnage de Clarence en Christian :) On dirait bien que ça va faire comme Porcelaines… dans une semaine je n’aurai retenu que les chose à améliorer, et dans un mois, je soutiendrai mordicus que c’est la pire daube que j’ai jamais écrite et j’en aurai honte :)
En ce moment je suis complètement vide, j’ai des tonnes d’idées dans la tête mais rien du tout qui ne me donne envie d’écrire. J’ai même abandonné les Chercheurs du Temps, alors que l’épisode 8 est presque fini et qu’il ne me reste presque plus rien! J’aimerai vraiment, mais vraiment retrouver ma motivation…



Lundi 16 avril:

Bordemarge est sorti! je n’ai pas dormi pendant une semaine, mais ça ne servait à rien, vraiment :) Jusque-là j’ai eu que des bonnes critiques, à part une mais son auteur semblait ne pas m’aimer moi plutôt que mon bouquin^^ et puis je m’en fiche, il en faut aussi :D Après les critiques des blogueurs, j’attends désormais les avis des lecteurs :)
Et sinon, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le tour de toutes les librairies pour le voir :D

L’avancement du costume de Roxane pour les Imaginales


Dimanche 1er avril:


C’est pas une blague, Bordemarge sort le vendredi 13 avril! J’ai super super hâte :D
Mercredi 4 (le jour de la ortie de Titanic en 3D, moi je dis c’est un signe ;) ) j’ai rendez-vous à paris pour parle à des journalistes! j’ai déjà reçu la couverture et on peut voir une page facebook consacrée au roman ici

Je présenterai ce livre aux Imaginales, où je serai déguisée en Roxane :)


Mercredi 18 janvier:

J’ai terminé hier de corriger mon texte, et j’y ai ajouté exactement 30 pages (pas fait exprès :) )
D’ici mi-février je devrai avoir la première maquette, j’ai hâte!!! :D

—————————————————————————

Samedi 10 décembre:

Cela fait trois jours que j’ai reçu les notes pour les corrections, et je travaille, je travaille! J’espère pouvoir rendre la nouvelle version pour qu’il soit bien publié en mars/avril, comme prévu au départ! Mais comme en trois jours j’ai corrigé 16 pages, si je continue sur ce rythme-là, ça fait 20 jours de travail, soit en gros un mois vu qu’il y aura les vacances de Noël entre temps, donc, je le rendrai logiquement début janvier.

—————————————————————————

Le 4 mars, j’écrivais le texte ci-dessous, dans lequel j’expliquai que j’étais sur un nouveau roman. Et bien je l’ai terminé ! Le 15 août tout pile, soit deux jours avant mon anniversaire, ce qui fait six mois pour l’écrire! (Bien plus rapide que Malemort que je n’ai même pas terminé). Pour ce faire j’ai passé deux jours dessus avec le soutien de mon zamoureux-que-je-remercie-comme-aux-césars, et le voilà, tout beau, tout neuf ! Pour l’instant, il s’appelle

liste des choses à faire avant de mourir, et je suis trop heureuse de la viiiiiiiiiie !!

            Alors il y a deux héroïnes, l’une c’est Roxane de Bordemarge, et l’autre Violette Linzen (qu’on peut retrouver dans bon nombre de mes nouvelles) et les deux sont vraiment différentes l’une de l’autre. Disons que l’une c’est mon côté Cyrano, et l’autre, mon côté Edgar Poe ;) . Il y a aussi tout un tas de personnages, dont plusieurs sont repris d’autres de mes nouvelles/écrits, et je les aime tous! Parmi eux, il en y a surtout quatre que je chéris particulièrement, parce que j’en ai fais des hommages à mes amis-que-j’aime, comme dirait Edward :)

            Il y a dedans, entre autres choses, un vaisseau pirate avec des pattes d’araignée, un capitaine russe que j’ai repris de Roman, un petit vieux en fauteuil roulant, des belles robes, des mains coupées, des inventions bizarres telles que le svadilfari, des hommages en veux-tu en voilà, des ch’tits n’orphelins, des capes, et pis aussi des épées !

            Bientôt, je posterai ici des illustrations de ce monde-là, parce que j’en ai tout plein de faites, et tout plein dans ma tête !

Maintenant, je n’ai plus qu’à attendre les retours de mon éditeur, et même si c’est stressant, ça l’est beaucoup moins que de me lever tous les matins en me disant: “j’ai un roman à finiiiiiiiiiiir!”

            Si vous avez la moindre question, n’hésitez pas ;)

 

Sans-titre-3-jpg_2617136-XL.jpg

 

Voici les trois premiers chapitres du roman que je suis en train d’écrire. Il me plait, il me plait, il me plait! Je me suis jamais autant amusée à écrire que pour ce truc. Il n’a pas de titre, les intrigues ne sont pas encore toutes très claires, y a plein de fautes d’orthographe et de grammaire, mais je m’en fiche: je visualise les personnages et vis avec eux pour la première fois depuis que j’ai écrit “Roman”… mon premier roman. Est-ce un signe ? Tout ce que j’aime (personnages, intrigues, époques, détails stupides, références littéraires)  s’imbrique ici d’une façon affreusement évidente, comme si c’était ça que je portais en moi et cherchais  écrire depuis le début ; c’est une vraie révélation et même s’il n’est jamais publié, je crois que je ne remercierai jamais assez mon éditeur de m’avoir fait ce cadeau-là.

Ne vous êtes vous jamais demandé ce que faisaient les héros de vos romans préférés, une fois que vous aviez tourné la dernière page et refermé le livre? Bordemarge est votre réponse.

 

 

 

Allancourt, août 1984

 

            Une discrète lumière bleue éclaira un instant les vitres de la salle des archives de la bibliothèque d’Allancourt, y dessina deux silhouettes, et s’éteignit, plongeant de nouveau la pièce dans le noir. Au milieu des cartons d’ouvrages qu’on était en train de trier cet été-là, entre deux immenses étagères vides, un homme et une femme enceinte, visiblement à terme tellement son ventre était énorme, parlaient tout bas.

— Je t’en prie mon amour! N’y va pas! Disait Marius en lui prenant les mains.

C’était un beau brun habillé comme un dandy du XIX ème siècle, portant des moustaches soignées et une montre à gousset à son gilet.

— Regarde-moi enfin! Reprit-il en lui montrant ses doigts qui se parsemaient de petites taches. Je me décrépis à vue d’œil! Il t’arrivera la même chose!

Eléonore, elle vêtue d’une robe blanche qu’elle avait voulue intemporelle, le prit dans ses bras avec douceur et passa ses doigts dans ses cheveux, qui se couvrirent de fils d’argent.

— Peut-être pas aussi rapidement, reprit-il avec tendresse, car tu as passé bien moins de temps que moi là-bas, mais dans dix, vingt ans tout au plus, tu mourras! Tu ne le verras même pas grandir, ajouta-t-il en posant sa main sur son ventre arrondi. Eléonore s’approcha de son amant qui déjà se courbait un peu plus, et posa sa main sur son visage:

— Dépêche-toi de passer le portail, alors. Je me suis déjà expliquée sur ce sujet tant de fois… Sa voix se brisa dans un sanglot. Je ne veux pas que notre enfant grandisse dans un monde de chimères.

Sous sa main, elle sentit les rides se creuser. Sa peau devenait moins ferme et ses yeux bordés de rouge.

— Allez te dis-je! Et puis tu reviendras me voir, n’est-ce pas? Il embrassa ses mains, qu’il tenait toujours dans les deux siennes, glissa une mèche de ses longs cheveux noirs derrière son oreille, et murmura, au bord du désespoir, la voix cassée:

— Éléonore, je te le jure. Je ferai tout pour trouver un moyen d’empêcher ce beau visage de se faner, ajouta-t-il en lui caressant la joue. Mais réfléchis encore! Ce monde-là a évolué sans nous!  On ne sait même pas en quelle année on est ! Comment est-ce que tu vas faire?

— Comme durant toute ma vie: je vais faire preuve d’imagination. Elle eut un sourire fugace. Ça ne nous a pas trop mal réussi jusque-là. Je le sais, ce sera une merveilleuse aventure.

Une quinte de toux, mêlée de larmes, plia Marius en deux. Il était proche du vieillard maintenant. Il savait qu’il n’en avait plus pour longtemps, s’il restait encore ici. Résigné par le sort qui l’attendait, il jeta un regard derrière lui, passa sa main dans ses cheveux devenus blancs, resserra sa lavallière anis dans un serrement désespéré et se traîna jusqu’au fond de la pièce, où il disparut. Éléonore fondit en larmes, puis sortit.

 

            Le lendemain matin, une bibliothécaire retrouva décroché le portrait du premier conservateur d’Allancourt, qu’elle trouva singulièrement vieilli. Avait-il toujours eu cette apparence-là ? Comme, cette année-là, on refaisait tout, depuis le désherbage jusqu’à la décoration, elle voulut le déplacer à l’étage, bien en vu dans le secteur adultes. Elle se dit que ça ajouterait une touche de charme, que ce vieux monsieur en gilet rayé, dont les yeux d’azur délavé  semblaient veiller sur eux.

Et le portrait n’a plus bougé depuis.

 

Chapitre

— Si on te le demande, gamin, tu diras que c’est La Plume qui t’a tiré de ce mauvais pas ! La pomme roula, brillante et rouge, jusqu’au coude du jeune homme, habillé d’un pourpoint tout aussi rouge brodé de petites plumes d’or, décrivit un arc de cercle dans les airs et atterrit dans les mains du gamin, qui acquiesça, un sourire jusqu’aux oreilles. Quant à toi, claironna le nommé La Plume en se tournant vers l’aubergiste à ses côtés, si tu recommences, gros homme, je serai obligé de te fesser les deux joues !

L’aubergiste, une espèce de créature qui tenait plus du cochon que de l’humain, baissa les yeux vers la garde de l’épée que le jeune homme portait à sa ceinture, -du beau travail, espagnol assurément- et grogna. C’était sa façon de répondre oui, qu’à l’avenir, il éviterait de traiter son fils comme un domestique et de lui administrer des taloches pour un rien. Le gosse, plutôt enrobé et petit, était en effet couvert de bleus, et tentait, sans succès, de cacher une cicatrice à l’arcade sous ses cheveux bruns coupés courts. Ils ne semblaient pas avoir connu l’usage du peigne depuis longtemps et rebiquaient en épis.

— Bien, continua La Plume, maintenant, je veux de quoi boire et manger, et je ne me lèverai pas tant que je ne serai pas rassasié !

Une bourse tinta sur le comptoir, et l’aubergiste descendit chercher sa meilleure bouteille de vin, non sans râler après cet insolent qui venait lui donner des cours d’éducation, qu’il s’empresserait d’oublier une fois qu’il serait parti. C’était son fils et il le traiterait comme il l’avait toujours fait. La Plume s’assit donc et son compagnon de voyage, un gringalet avec un long manteau brun qui semblait avoir copié sa coupe de cheveux sur celle du fils de l’aubergiste, se pencha vers lui en enlevant son foulard blanc de son cou :

— Pourquoi faut-il que tu prennes ainsi un malin plaisir à te faire remarquer ? L’insolent rit aux éclats, et la plume de son feutre, énorme et blanche, frissonna:

— Je n’en sais rien, peut-être pour t’embêter ? J’adore te voir avec ces joues toutes rouges.

Seamus baissa la tête comme une jeune fille pudique, et reporta son regard sur la cheminée qui flambait joyeusement. L’aubergiste s’approcha d’eux avec deux bouteilles de vin et autant de verres dans les mains, qu’il posa avec violence sur leur table.

— Ces messieurs voudront peut-être une chambre pour la nuit ? Demanda-t-il avec tout le mépris dont il était capable.

— Non, nous ne resterons pas ! répondit La Plume, qui n’avait pas pris la peine d’enlever son pourpoint, ni son foulard noir, ni son impressionnant feutre. Contentez-vous de soigner nos chevaux. Du mieux que vous pouvez, ajouta-t-il, c’est-à-dire mieux que le garnement que vous employez. La plume fit un signe vers l’enfant : approche-toi d’ailleurs. Ton nom ?

— Peter, répondit-il en s’approchant, guettant d’un œil la réaction de son père.

— Et bien Peter, tu vas manger avec nous. A cette heure, un gamin comme toi a mieux à faire que de servir tous ces clients avinés, dit-il en faisant un grand geste pour montrer les hommes attablés dans l’auberge. Le père tenta de s’interposer :

— Il a encore ses tâches à accomplir ce soir ! La cuisine ne va pas se nettoyer toute seule ! Le jeune homme se leva, soudain devenu grave :

— Monsieur aubergiste père, vous avez des mains non ? Et à la vue des taloches que vous lui avez données, je gage que vous savez les utiliser. Alors servez-vous en pour faire votre ménage vous-même, ou mieux encore, servez-vous de tout l’argent que vous avez assurément économisé sur son dos pour payer des gens qui vous aideront, et l’envoyer à l’école. Un silence accueillit cette phrase, et l’aubergiste se mit à rougir de colère. Seamus posa une main sur le bras de son compagnon, qui se calma et se rassit.

            Dehors, par les fenêtres ouvertes, La Plume vit les derniers rayons du soleil se mourir derrière les collines de Bordemarge, et avec eux, apparaître dans un vrombissement effrayant les silhouettes d’énormes libellules métalliques. Il se raidit sur sa chaise, abaissa le bord de son feutre sur ses yeux comme s’ils pouvaient le voir d’ici, et chuchota à l’oreille de Seamus :

— Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Ils ont des odonates maintenant ? Seamus se retourna pour les voir, discerna dans le couchant des hommes en noir montés sur leurs machines volantes, et blêmit :

— Il faut croire. Allons-nous-en.

— Très finement réfléchi ! La Plume se leva brusquement, jeta sa bourse sur le comptoir pour dédommager l’aubergiste et se précipita vers les écuries, Seamus sur ses talons. Mais leurs chevaux étaient loin d’être prêts à endurer une course, ils venaient juste d’arriver ! La Plume sangla les sacoches sur les deux destriers qui lui semblaient les plus frais :

— Arrête, c’est du vol ! Cria Seamus.

— Où tu vois du vol ? A la place de ses bidets je lui laisse deux puissantes bêtes dressées et nourries au château ! Qu’il vienne seulement se plaindre, ce verrat ! Seamus haussa les épaules et l’aida à finir d’harnacher. Après tout…. De toute façon, il n’avait jamais réussi à raisonner cet énergumène.

            Ils enfourchèrent leurs nouvelles montures et se dirigèrent vers le sud. Derrière eux, les pirates de Khaltourine, montés sur les odonates, n’étaient plus qu’à quelques dizaines de mètres de l’auberge.

— Attendez-moi ! Cria une voix derrière eux. Quand il se retourna, Seamus aperçut Peter, monté sur un de leurs chevaux, qui leur filait le train.

 

 

Allancourt, de nos jours

 

 

— Trois heures, encore trois horribles heures à tenir ! pensa Violette, complètement abattue. L’ennui lui faisait comme un manteau lourd sur les épaules, et ses cheveux, longs et fins, pendaient lamentablement, comme deux ailes de cygne noir, autour de son visage. A la voir ainsi, les paupières lourdes, les lèvres blanches, le visage émacié et pâle d’un cadavre, on aurait dit une héroïne tragique jouée par Isabelle Adjani, ou une de ces images gothiques de vamps à moitiés nues dans la neige qu’on trouve au détour d’Internet.

 A cette heure-ci, la bibliothèque n’était peuplée que de ses collègues et de quelques rares usagers habitués, qui ne viendraient certainement pas lui demander quoi que ce soit. Elle bougea la souris pour que l’écran sorte de sa veille et consulta sa messagerie pour la cinquième fois depuis le début de l’après-midi. A part quelques publicités pour la St-Valentin qu’elle s’empressa de supprimer, il n’y avait rien. Ces mails-là l’énervaient au plus haut point. Et dire que chaque année c’était la même chose ! Pourquoi fallait-il que tout et tout le monde lui rappelle qu’elle était célibataire ? Comme si c’était essentiel de finir sa vie en couple ! Alors que finir sa vie tout court était la seule chose importante pour elle ici-bas.

La seule carte qu’elle avait reçue depuis que cette stupide fête était en mesure de l’intéresser, c’était celle de son voisin de classe en cinquième, un crétin boutonneux qui croyait que les petits chats avec des nœuds roses la feraient forcément fondre. Or Violette n’aimait pas les nœuds roses, les petits cœurs et le chocolat. Elle n’aimait pas grand’chose en fait, et le seul chat qu’elle supportait, c’était le sien, un vieux matou noir avec un sale caractère qui s’appelait Edgar, et lui rapportait plutôt des oiseaux morts que des petits cœurs en sucre.

Cela faisait maintenant deux ans qu’elle travaillait dans cette bibliothèque et chaque jour elle détestait son métier encore plus. Au début, elle avait cru qu’elle parlerait littérature avec ses lecteurs. Ça n’avait jamais été le cas, parce que la seule chose sur laquelle elle les renseignait, c’était la direction des toilettes. Elle soupira et regarda par la fenêtre les nuages gris qui s’étiraient sur le ciel bas et lourd d’Allancourt. Dans un quart d’heure, tout au plus, la nuit serait tombée et la journée s’achèverait comme elle avait commencée : dans l’ennui, la brume et la dépression la plus totale.

            Un bruit de plastique la sortit de ses noires pensées.

— Regarde-moi ça, cria un jeune homme en entrant dans la pièce et sortant une chemise rose tout juste achetée de son sac d’emballage. Je l’ai eue à -70%, la classe non? Violette avisa la chemise à laquelle pendait un paquet d’étiquettes rouges, et fit une grimace.

— Tu peux pas être plus discret? Clarence lui lança un éclatant sourire, qui trancha sur sa peau noire, à la manière du chat de Cheshire, et regarda à la ronde. Il n’y avait que deux personnes sur la longue rangée d’ordinateurs, et elles n’avaient pas bougé à la vue de sa splendide chemise.

— Qui tu veux que ça dérange? Ceux-là sont trop absorbés à mater des filles sur facebook. Et lui collant sa chemise sous le nez: alors?

— Une horreur. Le sourire de Clarence disparut aussi vite qu’il était apparu.

— Tu crois?

— C’est pour la fille de 15h? Clarence acquiesça.

— Une blonde pareille n’est pas du genre à considérer comme toi les chemises roses comme le summum du fashion et de la virilité. Mets du noir, bon sang, c’est classe et t’es sûr de pas faire d’impair.

— Pour qu’on me voit plus ? Violette esquissa un sourire.

— Bon, du blanc alors. Elle frissonna. Clarence retrouva sa bonne humeur et rangea sa chemise rose dans son sac.

— Et toi les amours, comment ça va ? Violette leva les yeux au ciel. Clarence aimait l’emmerder, il savait pertinemment qu’elle détestait cette question, digne de l’interrogatoire d’une mamie gâteuse.

— Oh moi tu sais, j’en suis toujours au même point avec Marius, dit-elle en montrant derrière elle le portrait du premier conservateur des lieux, un vieil homme à l’air peu amène, portant  bacchantes blanches, gilet, lorgnons  et montre à gousset. Il est pas très causant.

— Si tu enlevais de ta tête ce panneau « Attention Violette méchante, ne pas toucher » peut-être  que… Violette l’interrompit :

— Hey ! Traite-moi de coincée aussi !

— Coincée, non ! Mais par contre… Violette lui donna un coup de poing à chaque insulte : cynique, désagréable, fausse rebelle, dépressive, fêlée, asociale, anarchiste et provocatrice, ça oui !

— Mais t’as fini ? Elle se rembrunit : et je suis pas dépressive. Clarence leva un sourcil sceptique :

— Autant que moi je suis diplômé en physique nucléaire. C’était une blague entre eux : Clarence était effectivement diplômé, et il n’avait jamais voulu dire comment il en était arrivé ici, en secteur jeunesse, à faire des animations déguisé en pirate pour les gamins de trois ans. Au fait, qu’est-ce qu’il devient, reprit-il, le pauvre type qui t’a laissé le cœur en miettes ?

— Ben, hésita Violette, il empoisonne les limbes de ce qui me reste de mon pauvre cerveau fêlé ? Il souffre atrocement dans la prison de souvenirs et de remords que j’ai construite pour lui ? Clarence éclata de rire, et chuchota en voyant les deux usagers se tourner vers eux, visiblement revenus à la vie :

— T’as le sens de la formule toi. T’aurais pas été poète maudit par hasard ? Que de points communs avec ce cher vieux Marius, décidément…

— Quand t’auras fini de dire des conneries tu pourrais peut-être me laisser bosser ?

— Bosser, quel grand mot ! Et dans une révérence, il quitta les lieux avec son sac plastique, sa bonne humeur et sa chemise rose.

            Les deux heures qui suivirent parurent encore plus longues à Violette, qui maintenant regrettait d’avoir fait partir Clarence, pensait à William, dont le souvenir douloureux avait été réactivé par sa question. Non, elle ne savait pas ce qu’il devenait, mais contrairement à ce qu’elle avait laissé entendre, elle ne s’en fichait pas du tout. Aux dernières nouvelles, il était en Californie, mais depuis, peut-être était-il revenu en France ? Est-ce qu’il pensait à elle, parfois ? Certainement pas autant qu’elle pensait à lui. En se levant brusquement de son bureau, elle tenta de chasser cette idée en alignant encore les livres avec le bord de l’étagère. On vint lui demander les toilettes quatre fois, elle consulta sa messagerie encore trois, puis elle chassa les deux scotchés de leurs ordinateurs, rangea le dernier chariot, et quitta le bâtiment.

Le Souffleur

Le Souffleur


Il arrive parfois qu’on reste sans voix. Face à votre patron qui vous agresse, à ce merveilleux jeune homme dont vous êtes tombée amoureuse, face à votre grand-mère qui devient un peu folle, ou face à tous ces élèves qui vous dévisagent lors de votre premier cours, vous ne savez pas quoi répondre… Tous les jours, il arrive qu’on se retrouve dans des situations où l’on aimerait bien trouver Les Mots. Ceux qui convainquent, ceux qui expliquent, ceux qui vengent, ceux qui font pleurer de joie… Vous aimeriez ne pas vous laisser faire par votre patron, Lui dire à quel point vous l’aimez, trouver les mots pour la rassurer, ou transmettre votre savoir avec brio. Mais vous restez muet.

Dans un monde parfait, où tout se déroulerait comme vous le souhaitez, vous y arriveriez. Mais vous pensez que ce monde-là n’existe pas, et n’existera jamais.

Moi, je sais qu’il existe, qu’on peut y aller, et je connais même un de ses habitants, un être extraordinaire, qui pourrait vous aider. C’est un héros, un poète divin, la tête dans les étoiles et les pieds sur la lune, un homme qui maîtrise l’épée aussi bien que les mots. Comme tout super-héros qui se respecte, il met son talent au service des opprimés, des victimes, en un mot : des gens comme vous, qui ont besoin de lui.

Il s’appelle le « Souffleur », et les mots, le charisme, les belles déclarations et les scandales insolents qu’il a en trop, il les fait passer en vous.

Tout de noir vêtu, coiffé d’un feutre de plumes d’encre, armé de sa longue épée à lame noire avec laquelle il écrit sa vie et défends les vôtres, il se faufile dans vos silences pour les combler d’inspiration. Tout petit dans le creux de votre oreille, ou immense comme l’ombre de la nuit, caché derrière cet autre à qui vous souhaiter tout dire, ou tapi dans votre cœur qu’il gonfle de courage, il est partout. Il est le vent qui souffle et s’insinue dans vos failles, il est la brise qui attise votre flamme, le mistral qui rafraîchit vos pensées colériques, en un mot, il est le « Souffleur ».

Il est le « Souffleur », celui qui vous insuffle la force d’être vous-même. Et il est en vous. Il suffit juste de le chercher un peu, car c’est tout simplement l’enfant que vous étiez.

Du courage! Ou Cyrano Vert-de-Trac

cyrano

Je viens de me faire insulter par un usager. En soi, ce n’est pas grave (c’est d’ailleurs ce que je réponds tout le temps à tout) mais ça m’a permis de réfléchir à un truc qui sera l’objet de cet article : le courage. De plus l’insulte (« Si ça vous plait d’être une chienne c’est votre problème ») mêlée à la réaction de mon supérieur (En gros j’aurais rien du répondre et laisser pisser “Monsieur, je vais la recadrer cette petite” et “Emmanuelle franchement, tu n’as pas été très diplomate” alors que j’ai même pas haussé la voix ni prononcé la moindre chose déplacée) m’ont passablement énervée. Je déteste par-dessus tout l’injustice et la violence gratuite, qu’elle soit verbale ou physique (Elle a bien failli être physique d’ailleurs. (Et puis est-ce que la violence, sous quelle forme qu’elle soit, peut être justifiée ?))

D’aussi loin que je me souvienne, je ne me suis jamais mise en colère. Une fois, vers mes dix-huit ans, j’ai pété une pile pour un motif dont je ne me rappelle même plus, excepté que c’était pitoyable parce que je pleurais comme une dinde (du genre ça coule de partout et je deviens toute rouge), mais depuis, ou du moins depuis que je vis seule, rien. Pourtant, des motifs de me mettre en rogne, j’en ai eu des tonnes. Des gens que j’ai eu envie de frapper, aussi. Des gens qui m’ont fait du mal, trop pour les compter sur mes doigts.

Sur ma liste des choses à faire avant de mourir j’ai marqué entre autres choses : « faire un scandale » et je crois que ce n’est pas pour rien. Un jour, j’arriverai à me mettre en colère et à dire ce que je pense d’une belle manière et surtout, immédiatement ; car il est évident que se mettre en rogne toute seule et trouver les mots parfaits seulement après les avoir réfléchis trois heures ne sert à rien.

Le souci c’est que les rares fois où j’aurai eu envie de crier, je me suis retrouvée en face de cons. Et le souci avec les cons, c’est qu’ils sont cons, alors forcément, ils crient plus fort que vous, sortent des arguments idiots, des insultes toutes faites, passent d’un sujet à un autre sans aucune logique et ça, ça me déstabilise. Que répondre du tac au tac à un type qui vous insulte pour vous dire le contraire de ce qu’il disait la seconde d’avant ? A une autre qui vous traite de salope sans la moindre raison ? A moins de rentrer dans le jeu et de crier plus fort, ou d’insulter plus fort, il n’y a qu’une solution, c’est de s’écraser jusqu’à ce que l’autre se taise, et jusqu’à présent, c’est toujours la solution que j’ai choisie. Mais un jour, je crierai plus fort, et ce, avec des insultes sublimes.

Dans les films et les bouquins que j’aime, le héros a toujours un charisme et une répartie de malade. A un moment ou un autre, il y a toujours une scène comme ça où il écrase tout le monde de son esprit, de son lyrisme et de son humour : la fin du Cercle des Poètes disparus, de Pleasantville sont comme ça, de même que toutes les scènes finales des avocats qui arrivent à sauver une cause perdue, ou tout Cyrano même. (J’aurai du commencer par lui)

Comment faut-il faire pour être comme ça ? On m’a dit : fait du théâtre : j’en ai fait et ça n’a rien changé, excepté que j’ai découvert encore plus de morceaux de bravoure (« Bon appétit, ô ministres intègres ! ») et que du coup, je suis encore plus frustrée. On m’a dit qu’il fallait que je m’exerce. Mais faut-il que je recherche les querelles?

J’en ai marre d’avoir peur de tout. Je veux du courage, je veux de la répartie, je veux être une héroïne de roman !