Emmanuelle Nuncq

Romancière à deux visages, couturière rêveuse et plein d'autres choses encore.

Mot-clé - Bibliothécaire

Fil des billets - Fil des commentaires

Murder des Imaginales 2015

J'ai envie de parler davantage de mes projets sur ce blog, même s'ils ne concernent pas spécialement la couture ou l'écriture, et on dirait que ça ne déplait pas à mes lecteurs car j'ai eu trois commentaires aujourd'hui! Trois oui, quel miracle :D J'ai la chance de rempiler pour la cinquième année consécutive pour la murder-party de la bmi qui se tient le vendredi des Imaginales. Si la première année je travaillais au sein de la bmi et en ai organisé une bonne moitié, les années suivantes j'ai continué, de l’extérieur, pour écrire le scénario, les feuilles de perso et l'élaboration de l'affiche (deux ans de suite c'est à mon ex, graphiste, qu'a échu cette mission) et j'avoue que j'en suis ravie car pour la première fois de ma vie, j'ai la sensation d'être vraiment bonne dans mon travail et d'avoir ma place au sein d'une équipe. Les autres organisateurs de cette murder sont des gens adorables que j'ai grand plaisir à retrouver chaque année, et cette murder une expérience géniale que je serais ravie de renouveler plus souvent :) (J'ai failli ne pas la faire cette année, oups) Il a fallu trouver un thème différents des quatre autres murder et une ambiance visuelle forte, comme d'habitude, sachant que les thèmes étaient:

  • année 1: fantasy et vol
  • année 2: 1900, extra-terrestres et disparition
  • année 3: personnages sortis d’œuvres de fiction et meurtre
  • année 4: 1942, cinéma et meurtre

Je me suis dit que cette année de la SF pourrait être marrant, et que le thème "Mutation" des Imaginales 2015 amenait des idées sympas, donc le cru 2015 sera: SF kitsch à la Star Trek, poissons et disparition. Oui oui, poissons, vous avez bien lu^^ Et c'est là que je voulais en venir; j'ai donc passé tout l'après-midi à concocter l'affiche et vous aurez donc la primeur de la voir ici! (Peut-être qu'on me demandera des modifications, auquel cas ce sera la première version^^)

Tadâââ!!! Elle est belle hein :D ?

affiche_murder_2015.jpg

Bonnet d'aviateur

Aux Imaginales, une de mes copines en portait un, et quand j’ai vu la Momie hier soir (revu pour la trouzmillième fois plutôt, je suis amoureuse de Rachel Weisz elle est trop bien), j’ai su qu’il me fallait absolument un bonnet d’aviatrice! Comment, je n’en avais pas encore dans ma grande collection de chapeau pourtant agrandie par l’apport de celle de mon amoureux??? Honte à moi! Voilà qui est réparé :D

J’ai voulu faire les choses bien, en ce moment question couture je change ma façon de travailler, je prends mon temps, j’essaie de calmer ma frénésie habituelle, puisque j’ai pu remarquer pour mes derniers projets que c’était vachement plus beau quand on essayait pas de boucler une robe en trois heures :D Alors ce bonnet-là j’ai mis bien toute une matinée^^

Par contre j’ai pris qu’une photo en cours de réalisation, désolée…

Voilà les deux pièces du côté, avec des petites poches qui ferment vraiment :D (Oui depuis que j’ai découvert la joie d’un boutonnière bien faite, j’en fous partout :p ) Je n’avais pas de cuir alors c’est de la suédine (mais je trouve que ça le fait, même si en cas d’attaque de tempête de momie je ne risque pas d’être très bien protégée^^), et pour la doublure, ce n’est pas du mouton, mais un gros coton avec la trame apparente.

  DSCN4435.JPG

Par rapport à l’image du dessus on peut voir que j’ai raccourci les pattes, mis une sangle (j’avais boucles et œillets d’avance, ça c’est cool^^), fait une petite visière et cousu le bord du bonnet en beige parce que je trouvais ça joli :) (Bon là en fait on voit rien :p) Une de mes copines pense que les coutures apparentes c’est moche, mais là ça se pose d’office non? ^^ Les lunettes ne sont pas des lunettes de pilote mais de cheminot, alors bon ça fait pas très réaliste, mais y a de l’idée :D

Et si ma main est bleue, c’est parce que j’ai peint des chaussures hier et que ça ne s’en va pas :D

DSCN4439.JPG

Et comme j’aime tout autant la Momie que le personnage d’Amy Addams dans la Nuit au Musée 2 (cette coupe de cheveux bon sang!!!) je n’ai pas pu résister à me la jouer Amelia Earhart :D C’est du costume placard hein, mais du placard de qualité, j’avais quand même deux trois trucs classes qui rendent bien, genre mes bottes dont je suis fan^^

Vous vous rendez compte que je n’ai absolument rien retouché sur la photo en pied? Pour moi, c’est un miracle :D Ou alors ça veut peut-être dire que je m’aime enfin comme je suis :P Faut dire que depuis mon adolescence j’ai perdu 22 kg maintenant et je n’ai enfin plus besoin de retoucher mes rondeurs avec photoshop! Voilà à presque 30 ans je suis raccord avec l’image de moi qui me trotte dans la tête depuis gamine… Et maintenant que c’est enfin le cas j’en ai pas pour longtemps à en profiter, puisque je vais vieillir ouiiiiin :’(

banniere.jpg

DSCN4443.JPG

amelianb.jpg

Sous le bonnet je me suis fait la coiffure d’Evelyne Carnahan, et suis allée pêché mes anciennes toutes pitites lunettes cuivre dans ma collection de lunettes (oui je fais collection de lunettes et de chapeau ;) ): je sens que je vais me trimballer toute la journée en brillante bibliothécaire de 1923 :D

Biographie de la Graaande Emmanuelle


Biographie

« Mademoiselle Emmanuelle Nuncq est né en 1984, à Conflans-Ste-Honorine. Toute petite déjà, sa passion pour la lecture causait de graves dommages dans la bibliothèque de ses parents. En effet, elle dévorait déjà des romans et même des pavés indigestes, au sens littéral s’entend. Et depuis le ventre de sa maman jusqu’à aujourd’hui, les livres ne l’ont plus quittée. D’ailleurs, Emmanuelle a su lire bien avant de savoir faire du vélo : les livres sont restés, et le vélo ? Il n’a plus jamais été utilisé. Voyager par la pensée était tout de même plus confortable. Après un cursus scolaire absolument prodigieux, dont une première année de DEUG de Lettres Classiques catastrophique qui ont fait d’elle la honte de ses professeurs, Emmanuelle Nuncq entama, sans surprise, des études tout aussi exemplaires dans le domaine des Lettres et des métiers du livre…

Maintenant docteur ès Lettres, elle est l’auteur d’un mémoire de master portant sur l’adaptation cinématographique des œuvres d’Edgar Allan Poe par Roger Corman et son influence dans le cinéma contemporain, notamment chez Tim Burton.

Après ces fascinantes études, elle a exercé durant trois ans l’emploi de bibliothécaire, emploi qui lui laissa (presque) tout le loisir de la lecture et de l’écriture. Après quelques mois à enchaîner les petits boulots suite à un déménagement en Belgique, elle est de nouveau bibliothécaire, et elle adore ça.

Son premier roman « Porcelaines », publié en 2010, a obtenu le Prix du Premier roman en Ligne édition 2011. Cette histoire de vengeance et d’amour, construite en chapitres éclatés,  rend hommage à la littérature du XIX ème siècle et à l’univers de la poupée de porcelaine. Toute référence à l’œuvre de Burton et de Corman (qu’elle étudiait pendant l’écriture du roman) est purement faite exprès.

Son roman « Bordemarge », histoire fantastique mêlant réalité et fiction, est paru pour les Imaginales 2012.

Bibliographie :

  • The Show must go one? (poème), lauréate du concours “Poésie en liberté”, 2001
  • Étoile du Soir, Lueur d’Espoir (nouvelle), in Phénix Mag n°8. Février 2008 
  • Ulalume de Bordemarge (BD), in Non ? Si ! Bulles n°10. 2010 
  • Porcelaines (roman), éditions le manuscrit, août 2010. (Lauréate du Prix du premier roman en ligne 2011)
  • M. Andrieux est un ours mal léché (nouvelle), in Phénix Mag n°11. Février 2011 
  • Le magicien et le fée (nouvelle), in Des rails, revue ferroviaire, n°11. Avril 2011
  • Bordemarge (roman), éditions Castelmore. 13 avril 2012
  • Des Étoiles au coin des yeux (nouvelle), in Lunatique, n°85. Décembre 2012
  • Vous serez Immortelle (nouvelle), in Anthologie Trolls et Légendes, mars 2013
  • Qui se souvient encore de moi (nouvelle), in ? . 2013

Scène coupée de Bordemarge - La femme libérée et le dandy

Quoi quoi? Qu'est-ce que c'est que ça? Une scène coupée qui traîne dans mes dossiers depuis octobre 2011 et que j'ai terminée seulement aujourd'hui? Honte sur moi :D

 

Scène coupée

Août 1976, entre Allancourt et Bordemarge

La femme libérée et le dandy

 

            Marius Leyssieux, très beau jeune homme d'une trentaine d'années (et ce depuis environ soixante-dix ans d'ailleurs), se tenait bien droit devant la cheminée de sa roulotte, une tasse de thé à la main. Mis des pieds à la tête avec la plus parfaite correction, il portait une chemise blanche au col bien amidonné, une montre de gousset en argent attachée à son gilet, un pantalon noir à pinces ainsi que des godillots lustrés recouverts de guêtres. Seule une lavallière rouge, à laquelle il avait épinglé une petite clef d'argent, jetait une note de couleur dans sa tenue.

            Le véhicule qui roulait dans la forêt de Bordemarge n'était pas encore l'Athanor: il n'avait que deux pièces, à savoir un salon qui faisait également office de chambre et de cabinet de toilettes, et le poste de commandement, qui se réduisait en tout et pour tout à un frein et deux paires de rênes. L'Athanor était alors tiré par des chevaux, et non pas par de l’énergie à vapeur.

            Si sa roulotte n'était pas tout à fait l'Athanor, Marius Leyssieux n'était pas non plus tout à fait l'Orfèvre, et encore moins le patriarche. Il voyageait seul, sans se soucier des autres, pas plus des adultes que des orphelins croisés sur son chemin. Tout ce qui l’intéressait pour l'heure, c’était ses inventions et la facilité avec il les créait à Bordemarge. La table en acajou au milieu du salon était en permanence recouverte de pièces de mécanique, de plans et d’instruments de travail.

            Tout en sirotant son thé, Marius laissa ses pensées se perdre dans les flammes, puis jeta un coup d’œil au-dessus du manteau de cheminée. Le tableau magique affichait son propre portrait. En de très rares occasions, il était retourné à Allancourt afin de tester des théories et les mettre en application dans un autre univers. Il n'avait plus rien tenté depuis qu'il s'était rendu compte qu'une ride, lors du dernier passage, était apparue sur son front. Très soucieux de son image, il avait rompu immédiatement tout lien avec le monde où il avait grandi, pour garder à jamais sa beauté et sa jeunesse. De toute façon, son enfance avait été misérable, sa carrière de conservateur d'un ennui mortel, (il détestait la province et n’avait jamais réussi à monter sur Paris), il n'avait jamais eu d'amis, et aucune femme n'était jamais passée dans sa vie. Comparé à Allancourt, Bordemarge était pour lui un paradis, et il ne regrettait absolument rien de son choix.

            Depuis qu'il était tombé de ce côté du portrait, il avait pu à loisir développer son amour des sciences. A cet instant, il réfléchissait à un problème posé par la dernière invention sur laquelle il travaillait, à savoir une lunette astronomique destinée à observer les habitants des planètes. Il se demandait comment atténuer les aberrations chromatiques des lentilles, quand, passant la tête la première à travers le tableau, une femme lui tomba dans les bras. Il se retrouva projeté sur le tapis et sa tasse de porcelaine vola pour exploser en une dizaine de morceaux un peu plus loin sur le sol.

            Marius, le souffle coupé par la chute et le poids qui pesait sur lui, posa ses mains sur les épaules de la nouvelle arrivée, et la souleva pour mieux la voir. Elle avait un visage de poupée, un peu trop maquillé à son goût, de grands yeux bleus derrière des lunettes immenses qui lui donnaient l’air d’une chouette, et de longs cheveux noirs qui faisaient comme un rideau autour de leurs visages face-à-face.

— Vous n'avez rien? lui demanda-t-il, un peu sonné.

La jeune femme roula sur le côté, se mit assise et retira ses grandes lunettes à monture noire. Les mains sur les tempes, elle grimaça. Marius ne vit plus que son nez qui dépassait du rideau de ses cheveux.

— Siiii... gémit-elle. Mal à la tête... Soif...

Marius s'assit à son tour et défroissa son gilet avant de s'approcher d'elle.

— Cela va passer. Il se mit debout, servit deux tasses de thé et lui en tendit une : qui êtes-vous? Que faites-vous ici?

Elle avisa le thé.

— Vous êtes fou, dit-elle en se recouchant sur le tapis. Je meurs de chaud... Je crois que je vais clamser...

            Elle secoua sa blouse blanche pleine de dentelles et Marius, avisant son ventre nu, détourna la tête, affreusement gêné. Il ouvrit tous les hublots et l'air du soir rafraîchit leurs deux visages. Qui était cette dévergondée? se demanda-t-il. Il la regarda de nouveau. Pourquoi portait-elle un pantalon aux pattes larges, qui plus est orange, et ces bijoux multicolores qu'on aurait dits faits de celluloïd?

— Vous travaillez aux Folies-Bergères? lui demanda-t-il, un air hautain sur la figure. Dans un cirque?

Et comme elle ne répondait pas, les yeux fermés, il s'inquiéta de nouveau et se pencha  sur elle, mais elle lui éclata de rire au nez.

— Vous n'allez pas vous y mettre aussi, dit-elle en essuyant son front moite avec sa manche. J'ai déjà assez d'un conservateur grincheux qui critique mes pantalons.

Il l'aida à se remettre debout.

— Vous êtes bibliothécaire alors?

— Et vous, vous êtes le type du tableau.

Une fois sur ses jambes, un vertige la saisit et elle lui tomba dans les bras une seconde fois, évanouie. Il saisit sa taille pour la retenir et resta un instant avec sa tête sur son épaule, totalement désemparé par sa peau nue sous ses doigts, puis tira une chaise de la table pour l’asseoir. Elle reprit ses esprits lentement.

  Je suis désolée, murmura-t-elle. Je me suis levée trop vite. Vous auriez de l’eau ?

Il hocha la tête et se précipita dans le poste de commandement.

  Je reviens ! lui cria-t-il en tirant sur les rênes des chevaux pour les arrêter.

Il descendit de l’Athanor immobilisé pour éteindre les svadilfaris de ses bêtes, puis repassa à l’arrière du véhicule. Sur la plateforme, il puisa de l’eau dans un des deux tonneaux entreposés, puis revint dans le salon par la porte de derrière. La jeune femme avait éteint le feu avec le thé et se tenait devant la cheminée, l’objet de son crime encore à la main.

  Du Earl Grey si … s’offusqua Marius en posant la cruche d’eau sur la table. Et dire que c’était ma dernière cuillère.

— Désolée, mais j’ai vraiment trop chaud. De l’autre côté, c’est la pire canicule que j’ai jamais connue…

— Comment vous êtes arrivée ici ? lui demanda-t-il en lui servant un verre.

Elle posa la théière et le but avidement.

— Il a fallu que je monte dans le grenier chercher les panneaux d’exposition. J’étais déjà très mal, mais la chaleur en haut était atroce. Je suis tombée dans les pommes, je crois. (Elle prit la cruche à deux mains et la vida d’un trait). La dernière chose que j’ai vue, c’est ce tableau. Elle le désigna du pouce et s’essuya la bouche : ça va mieux !

— Vous êtes tombée à travers, lui expliqua Marius. Maintenant, il faut absolument que vous retourniez de l’autre côté.

— Hors de question.

— Pourquoi ?

— Tout d’abord, parce que je déteste qu’on me donne des ordres.

— Et ensuite ?

Elle haussa les épaules.

— Ensuite. Elle se rassit sur la chaise et regarda autour d’elle: parce que ça m’a l’air bigrement plus intéressant de votre côté. C’est sensass’ chez vous. Et vous avez une belle bibliothèque.

Elle se releva pour l’observer.

— Ne touchez à rien ! lui ordonna Marius quand il vit qu’elle avançait sa main pour saisir un livre par le dos. Êtes-vous réellement bibliothécaire ? Il fouilla dans un petit coffret et en retira une paire de gants qu’il lui tendit: mettez-les.

La jeune femme le regarda dans les yeux, lui tira la langue et sortit le livre de l’étagère sans user des gants.

— En général, répliqua-t-elle avec un petit ton moqueur, on ne donne pas des ordres aux filles qu’on rencontre pour la première fois, même si elles vous tombent dessus… littéralement. On dit : « Bonjour, je suis ravi de faire votre connaissance ».

            Marius lui prit le livre des mains, un exemplaire original des poèmes d’Edgar Allan Poe. Il le retourna pour caresser sa couverture.

— Je ne suis pas « ravi » de faire votre connaissance, lâcha-t-il avec aigreur. Je n’aime pas les gens en général et plus particulièrement celles qui se croient tout permis et tombent chez moi sans manière. De plus, permettez-moi de vous signaler qu’à chaque question que je vous ai posée, vous avez détourné la conversation. Je ne peux décemment pas appeler cela « faire connaissance ». Il ajouta sur un tout autre ton : je ne sais même pas quel est votre nom.

— « Qu'y a-t-il dans un nom? cita la jeune femme en caressant le dos d’un volume de Shakespeare. Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom. Ainsi, quand Roméo ne s'appellerait plus Roméo, il conserverait encore les chères perfections qu'il possède... Roméo, renonce à ton nom ; et, à la place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi tout entière. »

            Marius Leyssieur se raidit en entendant cette dernière phrase.

— Je… hésita-t-il. Il serra le livre contre lui: vous venez de me citer ma pièce préférée.

— Vraiment ? La jeune femme prit le recueil de Poe pour le poser sur la table et garda ses mains dans les siennes: vous n’avez pas l’air d’un grand romantique.

Marius, troublé, se dégagea de son étreinte d’un pas en arrière.

— Vous l’êtes ? demanda-t-il tout bas.

Elle redressa la tête dans un geste exalté.

— Oh que oui ! On ne dirait pas comme ça, avec mes pantalons et mes discours sur l’émancipation de la femme. C’est un des grands reproches de mon conservateur, d’ailleurs. Elle entrecroisa ses doigts et leva les yeux au ciel : mais en réalité, je ne rêve que Grandes Amours et Grandes Aventures !

            Marius s’autorisa un sourire.

— Est-ce que je pourrais enfin savoir votre nom, mademoiselle l’adoratrice de Shakespeare ?

            Elle abaissa son buste dans une élégante révérence, mimant les pans d’une grande jupe relevée.

— Monseigneur, je suis enchantée de faire votre connaissance. Mon nom est Éléonore Linzen.

 

Mon métier, moi et les autres

En tant que bibliothécaire, il m’arrive parfois d’avoir des demandes bizarres. J’ai essayé ci-dessous de noter les plus drôles ou les plus étranges, et je risque fort de compléter ça souvent!

 

Liste des choses qu’on m’a demandées:

Les toilettes (je ne compte plus)

Un code pour aller sur Internet (pareil)

Une poubelle, de l’aspirine, des mouchoirs, des trombones, un stylo, du papier, du typex, des élastiques, des bouchons d’oreille, le programme du cinéma, des numéros pour se faire livrer des pizzas, mon numéro de téléphone, à quelle heure je terminais, une femme, du papier à cigarette pour se faire un joint!

Par contre, jamais une question intéressante…

Exception à la règle, une jeune fille qui voulait retrouver l’auteur d’un tableau que personne ne connaissait, mais à force d’investigations, je l’ai retrouvé!

 

Mots des lecteurs :

 

Moi: Tu veux que je t’aide à le lire ?

Une petite fille de quatre ans : Ah non, toi tu dois retourner à ton travail !

*

Une lectrice: Excusez-moi madame, comment est-ce que ça marche ici ? Une fois qu’on a payé la carte, on doit la recharger après pour emprunter d’autres livres ?

*

Un lecteur : « Excusez-moi, je cherche un ouvrage, dont la cote est 109 GOD, mais là sur l’étagère, je vois pas le GOD »

*

Un lecteur : « excusez-moi madame, on m’a dit qu’il y avait des ateliers d’écriture ici ? »

Moi : « en effet, pourquoi ? »

Le lecteur : « vous y participez ? »

Moi : « Je sais en quoi cela consiste, si c’est cela que vous voulez dire. Ces ateliers durent… »

Le lecteur : (me coupant) : Non, mais est-ce qu’il y a des filles ?

Moi : L’écriture n’est pas réservée aux femmes, il y a des hommes aussi.

Le lecteur : Non parce que vous voyez, moi mon rêve, c’est de me trouver une femme intellectuelle.

*

Une lectrice: “Je cherche des documents sur la 1 ère guerre euh la guerre 35/40”

*

Lecteur: « Bonjour Madame, je ne connais pas Internet, vous pouvez m’expliquer comment ça marche? »

Moi: « Oui, monsieur (je lui crée sa session et je l’installe. Arrivés sur google: ) Le problème, c’est que sur le net on trouve tout Monsieur. Il va falloir me dire ce que vous recherchez précisément. »

Lecteur: « Une femme. »

*

Un lecteur : « S’il-vous-plait ? Vous auriez le dernier numéro de l’Echo des Vosges ? Non parce que mon fils est mort et il faisait la première page. »

*

Moi (à une bande d’ados déchaînés) : « Ici c’est moi qui fait régner la loi. »

*

Une jeune lectrice: « Vous avez la Peste de Camus? Mais par contre je ne sais pas de quel auteur c’est. »

*

Un lecteur : « C’est vous qui écrivez ? »

Moi (toute fière) : « Oui oui, pourquoi ? »

Le lecteur : « C’est parce que j’écris aussi, je voulais savoir si vous vouliez bien me corriger.»

*

Un lecteur attend à deux mètres de moi alors que je suis en train de ranger les rayons architecture. Au bout d’un moment je le regarde et lui demande:

Moi: “Vous voulez quelque chose?”

Lui: “C’est pas que la vue de votre fessier me dérange, mais j’aimerai bien avoir mon code Internet”

Moi: “Je suis pas sensée le savoir, vous pouvez me le demander, vous pourriez très bien être en train de regarder les rayons architecture”

Lui: “C’est pas trop mon truc”

Tiens donc… Et les bonnes manières non plus…

*

Lecteur: “Je voudrais m’inscrire sur un fast-food”

Moi: (Comme je ne comprends pas, je vais voir sur son ordinateur de quoi il me parle) “Aaaaah! Vous voulez vous inscrire sur facebook?”

*

Lecteur: “Dites, on écrit bien candidature et pas condidature?”

Moi: “C’est CANdidature.”

Lecteur: “Ah? Je viens d’envoyer plus de vingt lettres de condidatures. Vous croyez qu’ils vont le remarquer?”

Moi: “Je pense, oui.”

*

Un lecteur: “Vous pouvez me donner lecture de mes droits?”

*

Une lectrice: “Je cherche les romans”

Moi “Vous êtes devant”

Une lectrice: “Non mais je voyais marqué Littérature alors je pensais pas que c’était là”

*

Une lectrice: “Je lis aux toilettes!”

Moi “Pardon?”

Une lectrice: “Jolie votre toilette! Et vous la portez très bien!”

*

Un lecteur: “Euh l’ordi y morche po!!”

Moi “Il faudrait allumer l’écran monsieur.”

*

Une lectrice: (me tendant une cote marqué sur un ti post-it) “Pendant que je vais voir des livres pour ma fille, vous pouvez me sortir ça!”

*

Un lecteur: (me tendant sa carte d’identité) “Je peux avoir un code internet s’il-vous-plaît? Puis après vous irez me chercher un chocolat j’en ai besoin.”

*

Un lecteur: (me tendant une pile de livres) “Vous pourriez me garder ça un quart d’heure? Je vais aller roupiller.”

*

Un lecteur: “Y a pas de lettre en majuscule dans le code?”

Moi: “Si le Q en gros au milieu” (Comme quoi des fois, c’est moi qui merde :D)

*

Un jeune lecteur: “Vous êtes nouvelle ici? Parce que je vous ai jamais vue”

Moi: “Je suis là depuis l’ouverture”

Le lecteur: “Ouah vous êtes comme un fantôme!”

*

Une lectrice à sa fille: (la parfumant outre-mesure) “C’est de l’eau de Cologne, t’en veux? C’est au citron, ça rafraîchit, parce qu’il fait vraiment trop chaud ici.”

Tiens c’est gentil de me demander mon avis à moi aussi. Maintenant ma banque schlingue la cocotte à 2 sesterces. Et le parfum en plein mois d’août, euh… ?

*

Une policière arrive, met la main à la poche arrière, l’air super méchant, et dégaine… sa carte de bibliothèque:

La policière: (super froide, pas un sourire) “Bonjour madame, j’ai réservé un bouquin.”

Je vais le chercher, toute petite dans mes chussures, prête à expliquer que noooon c’est pas ma fauuuuute. C’est le dernier Guillaume Musso T-T

*

Un lecteur: “Je peux vous laisser mes affaires? Je reviens dans cinq minutes.”

Et voilà que sans que j’ai eu le temps de dire quoi que ce soit, il me pose ses trucs sur le bureau et va… aux toilettes évidemment.

*

Un lecteur: “Bonjour, petite!”

*

Un couple se montre des bouquins. L’homme montre une photo d’abeille:

La femme : « Oh quelle horreur ! Enlève-moi ça ! Moi au moins c’est joli ! »

Et elle de lui coller des photos d’embryons sous le nez. Je suis pas persuadée de trouver ça plus beau, pour ma part :D

*

Où il faut parfois décoder:

La femme : « Je voudrais un truc qui parle de femmes et d’enfants »

En fait, ça signifie “Je veux un roman qui mette en scène une relation entre une mère et ses enfants »

*

Un jeune (regardant sa copine qui tend sa carte vitale pour un code Internet): « On peut payer avec sa carte vitale? »

La copine: « Ouais, c’est comme chez le docteur, la bibli c’est remboursé par la Sécu »

*

Un lecteur (criant à travers la bibliothèque): « Siouplé, vous pouvez leur dire de la fermer? »

Moi: (sur place) « Vous pouvez vous déplacer pour me parler, là vous faites la même chose qu’eux »

Le lecteur: « Nan je me déplacerai pas, c’est votre boulot ça! En plus ils m’insultent!”

Moi: “Ils vous disent quoi?”

Le lecteur: “Nan mais ils m’insultent pas directement, mais en parlant ça me manque de respect! Et puis de toute façon la bibliothèque c’est un lieu de culte alors ils la ferment!»

Moi: « Il y a une légère différence entre lieu de culte et lieu culturel… »

Le lecteur: “Nan c’est pareil!”

Moi: “De toute façon, ils sont partis.”

*

Une lectrice (après que je lui ai trouvé son livre en cinq secondes) : « Il faut croire que vous êtes une magicienne…»

*

Moi: (pour qu’un groupe d’ados parle moins fort): « S’il-vous-plaît…»

Un des lecteurs à côté: « C’est pas s’il-vous-plaît qu’il faut leur dire, c’est une grande tarte dans la gueule!»

*

Un lecteur: « Bonsoir mademoiselle, j’ai réservé un livre sur la Résistance, on m’a dit qu’il était arrivé»

Moi: « Votre nom s’il-vous-plaît?»

Le lecteur: « Je m’appelle Jean Moulin»

*

Un lecteur: « C’est pas vous qui avez écrit un roman? Je vous ai vue dans le journal, et je me suis dit, je connais ce visage, ce rayon de soleil de la bibliothèque”

*

Je viens dire à un couple d’arrêter de se bécoter.

Lui: “Bah quoi, t’es jalouse? “

*

Voilà quelques mois maintenant que j’ai repris ma condition de bibliothécaire, mais je suis dans un environnement un peu plus “bourgeois”, on va dire, qui fait que les lecteurs sont en grande majorité cultivés, agréables, polis, et que ô miracle, ils me demandent bien plus souvent des renseignements que la direction des toilettes! Du coup, pour les “bourdes”, on peut repasser… Je vis le métier de bibliothécaire tel que je l’ai toujours rêvé, et si vous ne me croyez pas, rien que les prénoms des gosses (oui, en plus, je suis en jeunesse :D ) suffiront à vous faire comprendre: Faustin, Philomène, Tancrède, Enguerrand, Hortense, Théotime, Garance… Huppé, n’est-il pas?

*

Premier mot de lecteur de ma nouvelle condition!

Un lecteur de dix ans (me montrant « Tout savoir sur le sexe ») : « Madââââme, pourquoi vous avez ce livre ici ? C’est dégoûtant ! »

Moi : « Mais non c’est pas dégoûtant, c’est pour répondre à toutes les questions que tu pourrais te poser. »

Son copain : « Bah ouais, et quand tu seras grand, tu vas bien être obligé de le faire ! »

Article dans "Virgule"

Ce matin, mes collègues de jeunesse m’ont fait une jolie surprise, à savoir que mon roman “Bordemarge” est dans le coin lecture du magazine “Virgule” de ce mois-ci! J’en suis super fière, plus que d’autres articles en fait, parce que c’est un journal que j’aime beaucoup et que je trouve super bien fait. Je le suis pas régulièrement mais j’en ai feuilleté suffisamment pour savoir que c’est de la qualité :) J’avais même écrit à la rédaction y a quelques années pour qu’ils publient Ulalume :D

J’aime aussi pas mal la petite illustration en dessous :D

Seule petit bémol, l’avis de miss Sabine :p Si jamais tu lisais mon article, Sabine, sache que oui, c’est bien un livre pour les grands, c’est même écrit dessus, + de 14 ans ;)

BORDEMARGE

Mercredi 27 juin:

Finalement, j’aime toujours autant mon roman, malgré toutes les critiques mitigées que j’ai pu en lire! J’en ai lu des très bien qui m’ont rendue fière de moi, et toutes ces chroniques, qu’elles soient bonnes ou mauvaises (mais pas trop, personne ne m’a descendue en flèche :) ), ont finalement fait en sorte de me faire me poser les bonnes questions. J’ai retiré ce qu’il en fallait pour la suite de Bordemarge, que je suis en train d’écrire, et suffisamment de motivation pour continuer un bon bout de temps ;) Je compte faire de Nuxiger (titre très provisoire, c’est affreux ce nom) un roman encore bien meilleur :)



Mardi 15 mai:


Voilà un mois que Bordemarge est sorti, et en réalité, ça ne me fait pas autant d’effet que j’aurai cru; certes j’ai lu quelques critiques, c’est très agréable parce que le livre semble plaire, et que ça me fait toujours plaisir de lire des jolies choses; j’étais très fébrile la première semaine de sortie, mais maintenant cette fébrilité est retombée, et je n’en ai plus rien à faire. Comme si ça y est, le bouquin est sorti de moi, alors je ne m’en occupe plus. Je me demande ce que ça va donner la semaine prochaine, à Étonnants Voyageurs. Je crois que je me souviendrai plus de l’histoire, que je serai pas fichue de la défendre… et que si jamais on me pose des questions, je serai pas fichue non plus de répondre. Déjà rien que qu’une semaine avant qu’il ne sorte, je ne me souvenais plus que j’avais changé le nom du personnage de Clarence en Christian :) On dirait bien que ça va faire comme Porcelaines… dans une semaine je n’aurai retenu que les chose à améliorer, et dans un mois, je soutiendrai mordicus que c’est la pire daube que j’ai jamais écrite et j’en aurai honte :)
En ce moment je suis complètement vide, j’ai des tonnes d’idées dans la tête mais rien du tout qui ne me donne envie d’écrire. J’ai même abandonné les Chercheurs du Temps, alors que l’épisode 8 est presque fini et qu’il ne me reste presque plus rien! J’aimerai vraiment, mais vraiment retrouver ma motivation…



Lundi 16 avril:

Bordemarge est sorti! je n’ai pas dormi pendant une semaine, mais ça ne servait à rien, vraiment :) Jusque-là j’ai eu que des bonnes critiques, à part une mais son auteur semblait ne pas m’aimer moi plutôt que mon bouquin^^ et puis je m’en fiche, il en faut aussi :D Après les critiques des blogueurs, j’attends désormais les avis des lecteurs :)
Et sinon, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le tour de toutes les librairies pour le voir :D

L’avancement du costume de Roxane pour les Imaginales


Dimanche 1er avril:


C’est pas une blague, Bordemarge sort le vendredi 13 avril! J’ai super super hâte :D
Mercredi 4 (le jour de la ortie de Titanic en 3D, moi je dis c’est un signe ;) ) j’ai rendez-vous à paris pour parle à des journalistes! j’ai déjà reçu la couverture et on peut voir une page facebook consacrée au roman ici

Je présenterai ce livre aux Imaginales, où je serai déguisée en Roxane :)


Mercredi 18 janvier:

J’ai terminé hier de corriger mon texte, et j’y ai ajouté exactement 30 pages (pas fait exprès :) )
D’ici mi-février je devrai avoir la première maquette, j’ai hâte!!! :D

—————————————————————————

Samedi 10 décembre:

Cela fait trois jours que j’ai reçu les notes pour les corrections, et je travaille, je travaille! J’espère pouvoir rendre la nouvelle version pour qu’il soit bien publié en mars/avril, comme prévu au départ! Mais comme en trois jours j’ai corrigé 16 pages, si je continue sur ce rythme-là, ça fait 20 jours de travail, soit en gros un mois vu qu’il y aura les vacances de Noël entre temps, donc, je le rendrai logiquement début janvier.

—————————————————————————

Le 4 mars, j’écrivais le texte ci-dessous, dans lequel j’expliquai que j’étais sur un nouveau roman. Et bien je l’ai terminé ! Le 15 août tout pile, soit deux jours avant mon anniversaire, ce qui fait six mois pour l’écrire! (Bien plus rapide que Malemort que je n’ai même pas terminé). Pour ce faire j’ai passé deux jours dessus avec le soutien de mon zamoureux-que-je-remercie-comme-aux-césars, et le voilà, tout beau, tout neuf ! Pour l’instant, il s’appelle

liste des choses à faire avant de mourir, et je suis trop heureuse de la viiiiiiiiiie !!

            Alors il y a deux héroïnes, l’une c’est Roxane de Bordemarge, et l’autre Violette Linzen (qu’on peut retrouver dans bon nombre de mes nouvelles) et les deux sont vraiment différentes l’une de l’autre. Disons que l’une c’est mon côté Cyrano, et l’autre, mon côté Edgar Poe ;) . Il y a aussi tout un tas de personnages, dont plusieurs sont repris d’autres de mes nouvelles/écrits, et je les aime tous! Parmi eux, il en y a surtout quatre que je chéris particulièrement, parce que j’en ai fais des hommages à mes amis-que-j’aime, comme dirait Edward :)

            Il y a dedans, entre autres choses, un vaisseau pirate avec des pattes d’araignée, un capitaine russe que j’ai repris de Roman, un petit vieux en fauteuil roulant, des belles robes, des mains coupées, des inventions bizarres telles que le svadilfari, des hommages en veux-tu en voilà, des ch’tits n’orphelins, des capes, et pis aussi des épées !

            Bientôt, je posterai ici des illustrations de ce monde-là, parce que j’en ai tout plein de faites, et tout plein dans ma tête !

Maintenant, je n’ai plus qu’à attendre les retours de mon éditeur, et même si c’est stressant, ça l’est beaucoup moins que de me lever tous les matins en me disant: “j’ai un roman à finiiiiiiiiiiir!”

            Si vous avez la moindre question, n’hésitez pas ;)

 

Sans-titre-3-jpg_2617136-XL.jpg

 

Voici les trois premiers chapitres du roman que je suis en train d’écrire. Il me plait, il me plait, il me plait! Je me suis jamais autant amusée à écrire que pour ce truc. Il n’a pas de titre, les intrigues ne sont pas encore toutes très claires, y a plein de fautes d’orthographe et de grammaire, mais je m’en fiche: je visualise les personnages et vis avec eux pour la première fois depuis que j’ai écrit “Roman”… mon premier roman. Est-ce un signe ? Tout ce que j’aime (personnages, intrigues, époques, détails stupides, références littéraires)  s’imbrique ici d’une façon affreusement évidente, comme si c’était ça que je portais en moi et cherchais  écrire depuis le début ; c’est une vraie révélation et même s’il n’est jamais publié, je crois que je ne remercierai jamais assez mon éditeur de m’avoir fait ce cadeau-là.

Ne vous êtes vous jamais demandé ce que faisaient les héros de vos romans préférés, une fois que vous aviez tourné la dernière page et refermé le livre? Bordemarge est votre réponse.

 

 

 

Allancourt, août 1984

 

            Une discrète lumière bleue éclaira un instant les vitres de la salle des archives de la bibliothèque d’Allancourt, y dessina deux silhouettes, et s’éteignit, plongeant de nouveau la pièce dans le noir. Au milieu des cartons d’ouvrages qu’on était en train de trier cet été-là, entre deux immenses étagères vides, un homme et une femme enceinte, visiblement à terme tellement son ventre était énorme, parlaient tout bas.

— Je t’en prie mon amour! N’y va pas! Disait Marius en lui prenant les mains.

C’était un beau brun habillé comme un dandy du XIX ème siècle, portant des moustaches soignées et une montre à gousset à son gilet.

— Regarde-moi enfin! Reprit-il en lui montrant ses doigts qui se parsemaient de petites taches. Je me décrépis à vue d’œil! Il t’arrivera la même chose!

Eléonore, elle vêtue d’une robe blanche qu’elle avait voulue intemporelle, le prit dans ses bras avec douceur et passa ses doigts dans ses cheveux, qui se couvrirent de fils d’argent.

— Peut-être pas aussi rapidement, reprit-il avec tendresse, car tu as passé bien moins de temps que moi là-bas, mais dans dix, vingt ans tout au plus, tu mourras! Tu ne le verras même pas grandir, ajouta-t-il en posant sa main sur son ventre arrondi. Eléonore s’approcha de son amant qui déjà se courbait un peu plus, et posa sa main sur son visage:

— Dépêche-toi de passer le portail, alors. Je me suis déjà expliquée sur ce sujet tant de fois… Sa voix se brisa dans un sanglot. Je ne veux pas que notre enfant grandisse dans un monde de chimères.

Sous sa main, elle sentit les rides se creuser. Sa peau devenait moins ferme et ses yeux bordés de rouge.

— Allez te dis-je! Et puis tu reviendras me voir, n’est-ce pas? Il embrassa ses mains, qu’il tenait toujours dans les deux siennes, glissa une mèche de ses longs cheveux noirs derrière son oreille, et murmura, au bord du désespoir, la voix cassée:

— Éléonore, je te le jure. Je ferai tout pour trouver un moyen d’empêcher ce beau visage de se faner, ajouta-t-il en lui caressant la joue. Mais réfléchis encore! Ce monde-là a évolué sans nous!  On ne sait même pas en quelle année on est ! Comment est-ce que tu vas faire?

— Comme durant toute ma vie: je vais faire preuve d’imagination. Elle eut un sourire fugace. Ça ne nous a pas trop mal réussi jusque-là. Je le sais, ce sera une merveilleuse aventure.

Une quinte de toux, mêlée de larmes, plia Marius en deux. Il était proche du vieillard maintenant. Il savait qu’il n’en avait plus pour longtemps, s’il restait encore ici. Résigné par le sort qui l’attendait, il jeta un regard derrière lui, passa sa main dans ses cheveux devenus blancs, resserra sa lavallière anis dans un serrement désespéré et se traîna jusqu’au fond de la pièce, où il disparut. Éléonore fondit en larmes, puis sortit.

 

            Le lendemain matin, une bibliothécaire retrouva décroché le portrait du premier conservateur d’Allancourt, qu’elle trouva singulièrement vieilli. Avait-il toujours eu cette apparence-là ? Comme, cette année-là, on refaisait tout, depuis le désherbage jusqu’à la décoration, elle voulut le déplacer à l’étage, bien en vu dans le secteur adultes. Elle se dit que ça ajouterait une touche de charme, que ce vieux monsieur en gilet rayé, dont les yeux d’azur délavé  semblaient veiller sur eux.

Et le portrait n’a plus bougé depuis.

 

Chapitre

— Si on te le demande, gamin, tu diras que c’est La Plume qui t’a tiré de ce mauvais pas ! La pomme roula, brillante et rouge, jusqu’au coude du jeune homme, habillé d’un pourpoint tout aussi rouge brodé de petites plumes d’or, décrivit un arc de cercle dans les airs et atterrit dans les mains du gamin, qui acquiesça, un sourire jusqu’aux oreilles. Quant à toi, claironna le nommé La Plume en se tournant vers l’aubergiste à ses côtés, si tu recommences, gros homme, je serai obligé de te fesser les deux joues !

L’aubergiste, une espèce de créature qui tenait plus du cochon que de l’humain, baissa les yeux vers la garde de l’épée que le jeune homme portait à sa ceinture, -du beau travail, espagnol assurément- et grogna. C’était sa façon de répondre oui, qu’à l’avenir, il éviterait de traiter son fils comme un domestique et de lui administrer des taloches pour un rien. Le gosse, plutôt enrobé et petit, était en effet couvert de bleus, et tentait, sans succès, de cacher une cicatrice à l’arcade sous ses cheveux bruns coupés courts. Ils ne semblaient pas avoir connu l’usage du peigne depuis longtemps et rebiquaient en épis.

— Bien, continua La Plume, maintenant, je veux de quoi boire et manger, et je ne me lèverai pas tant que je ne serai pas rassasié !

Une bourse tinta sur le comptoir, et l’aubergiste descendit chercher sa meilleure bouteille de vin, non sans râler après cet insolent qui venait lui donner des cours d’éducation, qu’il s’empresserait d’oublier une fois qu’il serait parti. C’était son fils et il le traiterait comme il l’avait toujours fait. La Plume s’assit donc et son compagnon de voyage, un gringalet avec un long manteau brun qui semblait avoir copié sa coupe de cheveux sur celle du fils de l’aubergiste, se pencha vers lui en enlevant son foulard blanc de son cou :

— Pourquoi faut-il que tu prennes ainsi un malin plaisir à te faire remarquer ? L’insolent rit aux éclats, et la plume de son feutre, énorme et blanche, frissonna:

— Je n’en sais rien, peut-être pour t’embêter ? J’adore te voir avec ces joues toutes rouges.

Seamus baissa la tête comme une jeune fille pudique, et reporta son regard sur la cheminée qui flambait joyeusement. L’aubergiste s’approcha d’eux avec deux bouteilles de vin et autant de verres dans les mains, qu’il posa avec violence sur leur table.

— Ces messieurs voudront peut-être une chambre pour la nuit ? Demanda-t-il avec tout le mépris dont il était capable.

— Non, nous ne resterons pas ! répondit La Plume, qui n’avait pas pris la peine d’enlever son pourpoint, ni son foulard noir, ni son impressionnant feutre. Contentez-vous de soigner nos chevaux. Du mieux que vous pouvez, ajouta-t-il, c’est-à-dire mieux que le garnement que vous employez. La plume fit un signe vers l’enfant : approche-toi d’ailleurs. Ton nom ?

— Peter, répondit-il en s’approchant, guettant d’un œil la réaction de son père.

— Et bien Peter, tu vas manger avec nous. A cette heure, un gamin comme toi a mieux à faire que de servir tous ces clients avinés, dit-il en faisant un grand geste pour montrer les hommes attablés dans l’auberge. Le père tenta de s’interposer :

— Il a encore ses tâches à accomplir ce soir ! La cuisine ne va pas se nettoyer toute seule ! Le jeune homme se leva, soudain devenu grave :

— Monsieur aubergiste père, vous avez des mains non ? Et à la vue des taloches que vous lui avez données, je gage que vous savez les utiliser. Alors servez-vous en pour faire votre ménage vous-même, ou mieux encore, servez-vous de tout l’argent que vous avez assurément économisé sur son dos pour payer des gens qui vous aideront, et l’envoyer à l’école. Un silence accueillit cette phrase, et l’aubergiste se mit à rougir de colère. Seamus posa une main sur le bras de son compagnon, qui se calma et se rassit.

            Dehors, par les fenêtres ouvertes, La Plume vit les derniers rayons du soleil se mourir derrière les collines de Bordemarge, et avec eux, apparaître dans un vrombissement effrayant les silhouettes d’énormes libellules métalliques. Il se raidit sur sa chaise, abaissa le bord de son feutre sur ses yeux comme s’ils pouvaient le voir d’ici, et chuchota à l’oreille de Seamus :

— Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Ils ont des odonates maintenant ? Seamus se retourna pour les voir, discerna dans le couchant des hommes en noir montés sur leurs machines volantes, et blêmit :

— Il faut croire. Allons-nous-en.

— Très finement réfléchi ! La Plume se leva brusquement, jeta sa bourse sur le comptoir pour dédommager l’aubergiste et se précipita vers les écuries, Seamus sur ses talons. Mais leurs chevaux étaient loin d’être prêts à endurer une course, ils venaient juste d’arriver ! La Plume sangla les sacoches sur les deux destriers qui lui semblaient les plus frais :

— Arrête, c’est du vol ! Cria Seamus.

— Où tu vois du vol ? A la place de ses bidets je lui laisse deux puissantes bêtes dressées et nourries au château ! Qu’il vienne seulement se plaindre, ce verrat ! Seamus haussa les épaules et l’aida à finir d’harnacher. Après tout…. De toute façon, il n’avait jamais réussi à raisonner cet énergumène.

            Ils enfourchèrent leurs nouvelles montures et se dirigèrent vers le sud. Derrière eux, les pirates de Khaltourine, montés sur les odonates, n’étaient plus qu’à quelques dizaines de mètres de l’auberge.

— Attendez-moi ! Cria une voix derrière eux. Quand il se retourna, Seamus aperçut Peter, monté sur un de leurs chevaux, qui leur filait le train.

 

 

Allancourt, de nos jours

 

 

— Trois heures, encore trois horribles heures à tenir ! pensa Violette, complètement abattue. L’ennui lui faisait comme un manteau lourd sur les épaules, et ses cheveux, longs et fins, pendaient lamentablement, comme deux ailes de cygne noir, autour de son visage. A la voir ainsi, les paupières lourdes, les lèvres blanches, le visage émacié et pâle d’un cadavre, on aurait dit une héroïne tragique jouée par Isabelle Adjani, ou une de ces images gothiques de vamps à moitiés nues dans la neige qu’on trouve au détour d’Internet.

 A cette heure-ci, la bibliothèque n’était peuplée que de ses collègues et de quelques rares usagers habitués, qui ne viendraient certainement pas lui demander quoi que ce soit. Elle bougea la souris pour que l’écran sorte de sa veille et consulta sa messagerie pour la cinquième fois depuis le début de l’après-midi. A part quelques publicités pour la St-Valentin qu’elle s’empressa de supprimer, il n’y avait rien. Ces mails-là l’énervaient au plus haut point. Et dire que chaque année c’était la même chose ! Pourquoi fallait-il que tout et tout le monde lui rappelle qu’elle était célibataire ? Comme si c’était essentiel de finir sa vie en couple ! Alors que finir sa vie tout court était la seule chose importante pour elle ici-bas.

La seule carte qu’elle avait reçue depuis que cette stupide fête était en mesure de l’intéresser, c’était celle de son voisin de classe en cinquième, un crétin boutonneux qui croyait que les petits chats avec des nœuds roses la feraient forcément fondre. Or Violette n’aimait pas les nœuds roses, les petits cœurs et le chocolat. Elle n’aimait pas grand’chose en fait, et le seul chat qu’elle supportait, c’était le sien, un vieux matou noir avec un sale caractère qui s’appelait Edgar, et lui rapportait plutôt des oiseaux morts que des petits cœurs en sucre.

Cela faisait maintenant deux ans qu’elle travaillait dans cette bibliothèque et chaque jour elle détestait son métier encore plus. Au début, elle avait cru qu’elle parlerait littérature avec ses lecteurs. Ça n’avait jamais été le cas, parce que la seule chose sur laquelle elle les renseignait, c’était la direction des toilettes. Elle soupira et regarda par la fenêtre les nuages gris qui s’étiraient sur le ciel bas et lourd d’Allancourt. Dans un quart d’heure, tout au plus, la nuit serait tombée et la journée s’achèverait comme elle avait commencée : dans l’ennui, la brume et la dépression la plus totale.

            Un bruit de plastique la sortit de ses noires pensées.

— Regarde-moi ça, cria un jeune homme en entrant dans la pièce et sortant une chemise rose tout juste achetée de son sac d’emballage. Je l’ai eue à -70%, la classe non? Violette avisa la chemise à laquelle pendait un paquet d’étiquettes rouges, et fit une grimace.

— Tu peux pas être plus discret? Clarence lui lança un éclatant sourire, qui trancha sur sa peau noire, à la manière du chat de Cheshire, et regarda à la ronde. Il n’y avait que deux personnes sur la longue rangée d’ordinateurs, et elles n’avaient pas bougé à la vue de sa splendide chemise.

— Qui tu veux que ça dérange? Ceux-là sont trop absorbés à mater des filles sur facebook. Et lui collant sa chemise sous le nez: alors?

— Une horreur. Le sourire de Clarence disparut aussi vite qu’il était apparu.

— Tu crois?

— C’est pour la fille de 15h? Clarence acquiesça.

— Une blonde pareille n’est pas du genre à considérer comme toi les chemises roses comme le summum du fashion et de la virilité. Mets du noir, bon sang, c’est classe et t’es sûr de pas faire d’impair.

— Pour qu’on me voit plus ? Violette esquissa un sourire.

— Bon, du blanc alors. Elle frissonna. Clarence retrouva sa bonne humeur et rangea sa chemise rose dans son sac.

— Et toi les amours, comment ça va ? Violette leva les yeux au ciel. Clarence aimait l’emmerder, il savait pertinemment qu’elle détestait cette question, digne de l’interrogatoire d’une mamie gâteuse.

— Oh moi tu sais, j’en suis toujours au même point avec Marius, dit-elle en montrant derrière elle le portrait du premier conservateur des lieux, un vieil homme à l’air peu amène, portant  bacchantes blanches, gilet, lorgnons  et montre à gousset. Il est pas très causant.

— Si tu enlevais de ta tête ce panneau « Attention Violette méchante, ne pas toucher » peut-être  que… Violette l’interrompit :

— Hey ! Traite-moi de coincée aussi !

— Coincée, non ! Mais par contre… Violette lui donna un coup de poing à chaque insulte : cynique, désagréable, fausse rebelle, dépressive, fêlée, asociale, anarchiste et provocatrice, ça oui !

— Mais t’as fini ? Elle se rembrunit : et je suis pas dépressive. Clarence leva un sourcil sceptique :

— Autant que moi je suis diplômé en physique nucléaire. C’était une blague entre eux : Clarence était effectivement diplômé, et il n’avait jamais voulu dire comment il en était arrivé ici, en secteur jeunesse, à faire des animations déguisé en pirate pour les gamins de trois ans. Au fait, qu’est-ce qu’il devient, reprit-il, le pauvre type qui t’a laissé le cœur en miettes ?

— Ben, hésita Violette, il empoisonne les limbes de ce qui me reste de mon pauvre cerveau fêlé ? Il souffre atrocement dans la prison de souvenirs et de remords que j’ai construite pour lui ? Clarence éclata de rire, et chuchota en voyant les deux usagers se tourner vers eux, visiblement revenus à la vie :

— T’as le sens de la formule toi. T’aurais pas été poète maudit par hasard ? Que de points communs avec ce cher vieux Marius, décidément…

— Quand t’auras fini de dire des conneries tu pourrais peut-être me laisser bosser ?

— Bosser, quel grand mot ! Et dans une révérence, il quitta les lieux avec son sac plastique, sa bonne humeur et sa chemise rose.

            Les deux heures qui suivirent parurent encore plus longues à Violette, qui maintenant regrettait d’avoir fait partir Clarence, pensait à William, dont le souvenir douloureux avait été réactivé par sa question. Non, elle ne savait pas ce qu’il devenait, mais contrairement à ce qu’elle avait laissé entendre, elle ne s’en fichait pas du tout. Aux dernières nouvelles, il était en Californie, mais depuis, peut-être était-il revenu en France ? Est-ce qu’il pensait à elle, parfois ? Certainement pas autant qu’elle pensait à lui. En se levant brusquement de son bureau, elle tenta de chasser cette idée en alignant encore les livres avec le bord de l’étagère. On vint lui demander les toilettes quatre fois, elle consulta sa messagerie encore trois, puis elle chassa les deux scotchés de leurs ordinateurs, rangea le dernier chariot, et quitta le bâtiment.

Imitation de Zola

Autrefois, quand j’étais une jeune et belle étudiante, toute naïve et pleine d’ambitions littéraires sur les bancs de la faculté, j’avais un cours que je chérissais par-dessus tout : c’était une sorte d’atelier littéraire donné par un professeur adorable dont j’étais secrètement amoureuse (de même que les ¾ de mes camarades féminines, et c’était pas secret, dans la mesure où je rougissais comme une courge chaque fois qu’il me parlait ) dans lequel il nous a été donné plusieurs fois de pasticher un style littéraire. Je me souviens notamment d’un pastiche de Proust sur lequel j’avais passé bien une soirée, et que j’avais adoré faire…

Alors que je lisais cet après-midi au boulot (oui je sais c’est pas bien mais vive Wikisource!) « Le Ventre de Paris » (continuant sur ma lancée, à savoir lire les Rougon-Macquart dans l’ordre), j’ai eu envie de pasticher le style de Zola, que j’adore. Voici donc ce petit chapitre, sans prétention aucune, qui reprend ma désormais célèbre « Scène de la bibliothécaire emmerdée » (oui car j’en suis au moins à ma sixième réécriture de ce thème). J’espère que ça vous plaira, et s’il y a des connaisseurs dans mes lecteurs, est-ce qu’ils pourraient me dire si j’ai réussi mon exercice ou bien s’il est totalement loupé ?

 

 

Imitation de Zola

 

-Scène de la bibliothécaire emmerdée-

 

 

Florent Baudin entra dans la bibliothèque et grimpa les escaliers, de lourdes marches de marbre sali sur lesquelles des siècles de lecteurs avaient posé leurs semelles avant lui. Il ne reconnaissait plus l’endroit, s’y trouvait perdu, ne se souvenant plus depuis combien d’années il n’y avait pas mis les pieds.

Au fond, à la place des élégantes boiseries d’autrefois, des blocs d’étagères de métal gris s’élevaient comme des colonnes antiques, portant dans leurs flancs des alignements de livres, faisant des murs de briques. Cela semblait les murs d’une prison grecque, toute grise, d’un gris de tristesse, où l’on aurait enfermé le savoir comme on l’aurait fait d’oiseaux. Les pages ne demandaient qu’à s’envoler, dans cet ennui de plomb que la lumière, tombant des larges fenêtres, éclairait d’un demi-jour morne.

Devant lui, un vaste espace semé de fauteuils laids s’étendait. Cela faisait des tâches vives de couleurs orange et violette qui ne s’accordaient pas entre elles et agressaient les sens. Avec son âme de peintre, l’envie lui prit de bouleverser tout cela, ces couleurs laides et misérables, ces formes trop modernes, et d’y mettre du goût, de la vie, des rondeurs de femme. Le bâtiment lui semblait un bourgeois solitaire n’ayant jamais connu la douceur d’une bouche sensuelle, avec ses lignes trop nettes, sa sobriété guindée de couvent, et ses nuances empruntées à la palette d’un artiste misérable et loqueteux des bas-fonds.

Sur la gauche, perdue derrière un bureau noir et revêche trop grand pour elle, sous l’enfoncement que faisait la pente du toit et les hautes poutres de dentelle métallique se rejoignant en arc brut, il aperçut une jeune femme ; la bibliothécaire au vu du petit carré blanc marqué de son nom qui se détachait sur le coton de son corsage noir. Elle, belle femme, semblait attendre que l’on vienne la sortir de sa torpeur. Enfoui sous une abondante masse de boucles d’or fauve, son visage, pâle et rond comme une lune de décembre, exprimait l’ennui le plus profond. Ses paupières lourdes et sa joue comprimée par sa main, le coude posé sur le comptoir, lui donnaient l’air d’une Madone moderne, alanguie dans une pose sensuelle de serveuse de café sans client.

Quand elle vit Florent, dans un sursaut d’espoir du à son instinct de bibliothécaire, son œil s’alluma d’une flamme vivante, et tout son corps frissonna, sortant de l’attente ,comme d’un bain que l’on aurait laissé refroidir. Sa figure blanche se colora de rose aux joues, fleur fanée qui renaît à la vie, et elle se redressa en le mangeant de ses grands yeux. Mais lui, l’homme perdu, n’eut pas plus que ce premier regard de curieux pour elle. Il fit demi-tour, fuyant, et d’un bond, fut dans les escaliers. Elle s’éteignit de nouveau, comme la flamme d’une bougie que l’on aurait soufflée. La bibliothèque, comme elle, retourna à son gris de cendre.

Et c’était une tristesse de la voir là, si ennuyée, si morne et si désemparée, au milieu de cette mer de livres que personne n’ouvrait plus…

Petit bilan Ecritures de 2011

manque_d__inspi.jpg


Comme je commence un nouveau site et que j’ai supprimé les anciens (cinq ans de bons et loyaux services pour mon vieux blog mellemars, et je n’ai même pas versé une larme !), il a fallu un minimum d’organisation et de nettoyage. Je me suis rendue compte en faisant cela que le point sur mes projets d’écriture n’avait jamais été fait et que certains d’entre vous (combien, ça, c’est une autre question) pouvaient être un peu perdus.

Alors voilà : depuis que j’ai découvert l’écriture grâce à Marie (elle se reconnaîtra) quand j’avais 17 ans, j’ai écrit une cinquantaine de nouvelles, à peu près autant de poèmes, une bonne vingtaine de scenarii (films et théâtre), commencé un millions de projets, noté tout autant d’idées et gagné deux concours de poésie, jusqu’à ce qu’en août dernier, je publie Porcelaines, mon premier roman (officiel on va dire.)

Aux Imaginales 2009 j’ai participé à un speed-dating auteurs/éditeurs (expérience géniale) où j’ai eu la grande chance d’être repérée par quelqu’un de tout aussi génial. Je n’en parlerai pas plus jusqu’à ce que ça se fasse vraiment (j’ai toujours peur d’avoir la shkoumoune) mais j’ai travaillé depuis cette date-là sur un roman de fantasy qui s’est provisoirement appelé Malemort.

Pour une bonne dizaine de raisons que je ne vous exposerai pas, j’ai abandonné Malemort, avec force scrupules, mais c’était pour mieux rebondir, toujours avec la même maison d’édition, sur un roman… impossible à résumer rapidement mais qui me galvanise plus que tout ce que j’ai pu faire ces derniers temps ! J’espère avoir toujours la foi et mener ce projet à bout !

Les titres de romans sont genre complément noms

Travaillant dans une bibliothèque depuis quelques temps, j’ai pu remarquer que les titres des romans étaient souvent composés d’un complément du nom. Je ne suis pas la seule à m’être fait cette remarque puisque les auteurs de ce site en ont même tiré un générateur, fort drôle au demeurant. (J’y ai passé un temps fou d’ailleurs)


http://www.omerpesquer.info/untitre

Mais il me semble qu’on peut aller plus loin. En effet j’ai aussi remarqué qu’au-delà des compléments du nom, le vocabulaire et les champs lexicaux peuvent vous positionner tout de suite le roman dans un genre.
  • Pour un roman sentimental, forcez sur les champs lexicaux de l’amour (forcément), des sentiments, de la lumière et des couleurs. Ça peut nous donner des choses comme (tout est inventé, et tout ressemblance avec des titres existants bla bla…):

Exemple :
Les lumières de l’amour
La tendresse d’un lys
La rose de la tristesse.
La couleur de la violette.

  • Pour un roman du terroir, insistez (forcément) sur les lieux, mais également sur les prénoms et noms à connotation rustique, et les animaux. Le champ lexical de la météo sera également très prisé.

Exemple :
Manon des Bastides
Le Mas du Père Rustaud
La grotte de l’ours
A l’ombre du figuier
Le Puits de la vieille Marie

  • Pour un roman de fantasy, forcez sur le vocabulaire des armes, animaux fabuleux, des couleurs, des sentiments et de la météo (encore), et n’hésitez pas à mettre des noms là encore très connotés, avec force apostrophes, L et H
Exemple :
La Pierre de Rakh’el (notez l’habile transformation du prénom Rachel)
La Puissance de l’Epée stellaire
Le Dragon des Steppes Fris’kel
La Clairvoyance de la Licorne.

  • Enfin, pour un roman contemporain dans le vent et dont le titre donnera forcément envie de l’ouvrir, tellement il sera original et incongru, c’est tout simple : accolez avec un complément du nom, donc, deux mots qui a priori n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Si en plus ils sont provocateurs et incongrus, vous avez tout gagné. En sus, rajoutez un adjectif pour plus de décalage.

Exemple :
L’autopsie d’un kangourou suicidaire
Biographie de l’escalier à vis plate
Marivaudage des pots de confiture moisie
La manivelle du cul-de-jatte borgne.

Maintenant, vous pouvez vous amuser à créer vos propres titres et à les mélanger, à l’instar de ce titre d’un roman du terroir sentimental :
Les amours de Marie des Bastides
Ou de celui d’une trilogie du terroir sentimentale de fantasy incongrue :
Le puits de la Licorne rose estropiée

A vos neurones !