Comme vous vous en doutez peut-être, cette année littéraire a été particulière. Elle l'a plus été pour moi que pour la plupart des autres auteurs, parce que ma carrière n'a pas simplement été mise entre parenthèses par la crise sanitaire, elle a carrément été stoppée, et d'une façon bien moche en plus.

A la veille de mon anniversaire, petit bilan de ces huit derniers mois :

En février, toute heureuse de mon choix, j'ai publié Beveridge manor par mes propres moyens et les choses avaient vraiment bien commencé. A la Foire du Livre de Bruxelles, mon roman a rencontré du succès, et j'en ai vendu une petite trentaine. Je commençais à faire des plans pour le futur, des calculs, à nouer des liens pour trouver des salons, et puis le confinement est arrivé.

Plutôt optimiste de nature, je me suis dit que ce n'était pas trop grave, qu'on trouverait bien d'autres solutions, que ça ne durerait pas longtemps. Hervé a créé un e-book, j'ai vendu quelques exemplaires par la poste, et puis j'ai participé au salon Virtua'livres organisé par Séma, ma dernière maison d'édition. C'est là que les choses ont commencé à déconner. Pour faire très court, à la suite de ce salon qui n'a pas très bien marché, certains auteurs ont commencé à émettre des critiques, en OFF d'abord, puis dans une conversation publique par mail. L'un d'entre eux n'a pas été diplomate, s'en est pris pour son compte, mais comme j'étais d'accord avec lui sur le fond, j'ai pris sa défense. Et là, mon éditeur m'a insulté dans la conversation publique, et m'a balancé dans la figure tout un tas de reproches qui n'avaient rien à faire là et dont la moitié étaient infondés, et l'autre moitié déjà réglés entre nous, du moins c'est ce que je croyais. (Un de ces reproches infondés était que j'avais bien profité de son stand au salon pour vendre mon livre aux dépens des autres ; alors que bon, c'est lui qui m'avait proposé cet arrangement à l'origine, et qu'il m'a même aidée à m'auto-publier ; du coup, je lui ai versé sa part qu'il m'avait pourtant refusée plusieurs fois.)

Je me suis sentie trahie et insultée ; forcément, je n'allais pas rester chez lui ! Alors avec ma co-autrice d'Incroyable Charlotte (la seule à prendre mon parti publiquement (et avec quel brio, merci encore^^), nous avons repris nos droits et brisé le contrat.

Je n'avais pas que Incroyable Charlotte chez lui, mais également Les Chercheurs du Temps, et une nouvelle dans une anthologie. Je dois dire qu'à la suite de cette espèce de crise de nerfs, mon désormais ex-éditeur s'est plutôt bien comporté, même s'il ne s'est jamais excusé clairement, et que j'ai pu racheter le stock de mes livres restants pour les vendre de mon côté. Comment, c'est une autre question, puisque je ne ferai plus de salon, mais ils sont dans mon grenier, c'est déjà ça :)

A la suite de cette affaire je n'ai plus écrit durant des semaines. Je me suis sentie vidée, perdue, trahie, et ne voyais plus vraiment l'importance ni l'intérêt d'écrire. J'ai alors profité du confinement pour coudre et surtout mener à bien d'autres activités et tâches pour lesquelles je n'avais plus trop de temps. Sans salons littéraires ni événements costumés, j'ai redécouvert ce que c'était que des week-ends libres ! Aujourd'hui, j'ai ralenti le rythme, et il m'arrive même de me poser juste pour lire, au beau milieu de la journée : incroyable non ?

Mais il faut croire que le virus de l'écriture n'est jamais tout à fait parti, parce que quelque chose de rare s'est produit : j'ai commencé un nouveau roman ! En mai, j'avais donc fait table rase de tous les projets d'écriture que j'avais planifiés. Dans ce vide, le terreau devait être fertile, car une idée fabuleuse a poussé, complètement différente de tout ce que j'ai écrit par le passé : on ne retrouve ni XIXè siècle, ni référence à Jane Austen, ni voyage dans le temps ! Il n'y a pas non plus de fantômes, d’héroïne rousse rebelle ni de héros romantique torturé, pas de mariage à la fin et pas d'histoire d'amour (enfin, pas de couple amoureux, plutôt). Par contre, ceux qui me connaissent bien y retrouveront mon amour de l'Art, de la Beauté et de l'Histoire. L'action se passe dans le nord de la France sous la Régence (française, donc 1715-1723), mon héros est un jardinier, et l'intrigue tourne autour des concertos brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach. Je n'en dirais pas plus !

Pour la première fois depuis des années, je n'ai pas de deadline, pas de maison d'édition en vue, pas de contraintes. J'écris à mon rythme et comme j'en ai envie !

Du coup, je ne peux pas prédire quand je l'aurais terminé. Ce qui est sûr, c'est que ce devrait être un pavé, et que j'ai seulement 12000 mots pour l'instant :)