Ce matin je devais me rendre au commissariat de police pour m'enregistrer. En effet, depuis ce matin, j'habite donc officiellement avec mon amoureux! Ce fut compliqué d'y entrer, on s'en doute... Mais il n'y avait pas la moindre tension: je n'oublierai jamais la douceur et l'humour de l'agent de quartier qui s'est occupé de nous.

Je vis depuis plus de quatre ans maintenant en Belgique. Contrairement à certains tournants qu'a pris ma vie, celui-là était un véritable choix. Pas au début, en fait. Quand j'ai emménagé en 2012, c'était pour suivre un mec: j'ai débarqué dans un pays que je ne connaissais pas et m'y suis retrouvée toute seule, avec beaucoup de préjugés et de craintes; il faut dire que Kraainem n'a vraiment rien de glamour; cette ville dortoir de bourge, aux maisons moches et où rien ne se passe, n'avait rien pour me plaire.

Mais avec le temps, j'ai appris à chérir ce pays, et tout particulièrement Bruxelles. Je m'y suis fait des amis, j'ai appris à connaître et à aimer cette ville, ses quartiers, ses manifestations, les communes alentour. J'ai aimé chacune des rues, chacun des monuments, j'ai adoré la gentillesse et l'ouverture d'esprit de ses habitants.

Alors quand j'ai rompu avec monsieur connard, j'ai décidé de rester. J'aurais pu retourner en France; je crois que ç'aurait été plus simple. Pour le boulot, pour ma famille, pour tous mes amis qui sont restés là-bas... Mais j'ai fait le choix de Bruxelles. J'y ai depuis trouvé un travail que j'adore, où je me sens utile parce que je m'occupe d'adolescents issus en majorité de la communauté musulmane, et, au détour de la bibliothèque du quartier, l'amour de ma vie. Pas une seconde je ne le regrette. Et dans un an, je demanderai ma carte E+, celle qui m'autorisera à rester ici pour toujours. Ensuite, je demanderai la double nationalité. Car je compte bien rester.

Personne ne pourra me priver, me dégoûter de ce pays. Personne ne me fera peur.

Si la France est comme ma mère, la Belgique est ma meilleure amie.