Hier j'ai assisté aux funérailles d'un ami. Yal était mon ami... Mais je crois que Yal était l'ami de tous ceux qui le connaissaient. Il était impossible de ne pas l'aimer, et c'est une phrase qui est revenue souvent, d'ailleurs, hier.
Quelques minutes à peine après être arrivée, dans la foule, j'ai aperçu le visage de mon ex, lui, ce gros connard qui m'a fait tellement de mal, et je suis restée totalement pétrifiée. Que faisait-il là, ce salaud hypocrite qui n'avait jamais dit que du mal du mort ? Qui a essayé, comme avec tous mes proches, de le discréditer à mes yeux ? Je ne peux pas croire une seule seconde qu'il l'aimait vraiment... Lui et sa femme savent comment cela s'est terminé entre nous, et je ne peux croire une seule seconde qu'il soit revenu les voir ces dernières années, depuis qu'on a rompu. Qu'il ne soit pas venu pour autre chose que de mauvaises raisons. Mais de toutes façons, ce ne sont pas mes oignons, comme qui dirait... Sauf que ça me fout vraiment les boules.
Je n'ai pas cessé de pleurer pendant la cérémonie. À la fois parce que les textes étaient très beaux, parce que l'émotion était palpable, parce que j'ai vraiment pris conscience que cette disparition n'était pas un cauchemar, parce que je regrette de ne pas avoir dit à Yal tout un tas de choses importantes, parce que je n'ai pas lu avant qu'il parte le roman qu'il m'avait dédicacé et choisi avec tant de soin dans sa bibliographie, surtout, parce qu'il me manque atrocement... mais aussi parce que ce connard d'ex m'aura encore une fois gâché la vie.
Parce qu'en le voyant, lui et sa gueule de con, alors que je m'étais promis que jamais plus je ne changerai de comportement à cause de lui, au lieu de lui péter la gueule, au lieu de l'insulter, ou mieux, de simplement faire comme s'il n’existait pas, j'ai fui. J'ai fui lâchement à peine la cérémonie terminée, les yeux baissés au sol, les jambes tremblantes, les mains cramponnées au bras de mon amoureux. J'ai fui, et je n'ai pas réussi à saluer toutes mes connaissances, tous mes amis. J'ai fui, et je ne suis même pas aller faire un câlin à Sara. J'ai fui, et je n'ai pas été cette femme forte et sûre d'elle que Yal, parmi d'autres, m'avait poussé à retrouver en moi, à faire grandir, à imposer. J'ai fui, et je m'en veux terriblement.
La seule chose que je chéris au milieu de toutes mes larmes, c'est Hervé. Je savais déjà qu'il était merveilleux, mon amoureux, mais là...
Merci d'avoir été là, toi.