J'ai vu Dark Shadows le jour de sa sortie, et une fois n'est pas coutume, je tente un billet pour en dire ce que j'en ai pensé :) Tout ça sera dans le bordel le plus absolu, comme d'hab', à croire que trop d'années d'études à décortiquer, analyser textes et films ont provoqué un effet indésirable chez moi, à savoir faire tout le contraire de ce que j'ai appris! Je ne serai pas objective, pas ordonnée, et je ne m'appuierai pas sur des arguments indéboulonnables :)

Je ne m'occupe pas du résumé, si vous lisez ce texte, c'est que vous le connaissez :)

Déjà, je ne m'attendais à rien de spécial pour ne pas être déçue après la catastrophe qu'était Alice, (et en temps que grande grande fan de Burton) et bien tant mieux, parce qu'il n'y avait franchement rien de spécial et que j'ai pu apprécier les quelques petits moments rigolos sans me dire « Mon Dieu, Burton me déçoiiiiiiit »... Et avec le recul, je me dis que j'ai vraiment apprécié le film grâce à ça et au fait que n'importe quel clampin qui me raconte une histoire de « voyage dans le temps », je suis preneuse, mais que si je devais replacer ce film dans la filmo de Burton, je dirais que c'est juste une catastrophe, et que oui, je suis très déçue.
Ce film est un bon divertissement, certes, mais pas un bon Burton, ni un Burton tout court : à part ses thèmes fétiches et les têtes des acteurs, je n'ai pas du tout reconnu la pâte de mon réalisateur préféré. Je ne reconnais pas la musique d'Elfman : pas de beau et grand thème, plus normal tu meurs, ça aurait aussi bien pu être un autre compositeur. Les images, les ambiances, les costumes, tout est affreusement normal, n'importe quel type aurait pu réaliser ce film, voire même un fan de Burton qui aurait foutu à la louche tout ce qu'il connait de lui. Le thème est fantastique, certes, mais le film ne l'est pas. Esthétiquement, ça lorgne plus vers Twilight qu'Edward Gorey, comme ça voudrait nous le faire croire, et la partie 1972 est très très laide pour ma part: quitte à faire dans le kitsch, j'aurai préféré un visuel délirant à la Mars Attacks!, en plus ça aurait accentué le clivage entre Barnabas et le monde étrange dans lequel il débarque.
A mon avis c'est dû aux moyens : genre Burton a plein de sous, il peut faire un beau manoir : certes Collinwood est très classe, mais c'est une bâtisse normale, qui n'a pas du tout la classe du château d'Edward par exemple, tout biscornu et fait de briques et de brocs. Et c'est comme ça pour tout il me semble, ce qui enlève une bonne partie du charme. Trop léché, trop parfait, trop normal. Comme dit, limite Twilight par moments, ce qui se ressent aussi par le fait que c'est un film de vampires, mais je ne trouve pas le genre franchement renouvelé: niveau famille de tarés gothiques, la Famille Addams me plaît plus :)
Je me suis surprise à avoir envie plusieurs fois que Barnabas la ferme tellement il est ennuyeux, pourtant, l'éloquence d'un aristo du XVIII ème confronté au registre de 1972, ça aurait pu être génial ! Ils ont vraiment queuté sur les dialogues, notamment les face-à-face Barnabas/femme qui /qu'il aime. (A ce titre la scène de sexe est assez naze (par contre, contente qu'il y ait un peu de sexe, ça change:) )) Les dialogues avec Angélique étaient dégoulinants de clichés, j'aurai cru revoir Mr et Mrs Smith, quant aux scènes d'amour avec Josette/Victoria, mais quelle platitude ! Où est l'amour dans tout ça ? Où sont les sentiments ? Non et puis alors c'est juste un détail hein, mais Josette, quel prénom ridicule... Dans toute la scène où il lui court après pour pas qu'elle se suicide, alors que c'est sensé être un minimum tragique, j'avais juste envie de rire... Cependant la dernière scène, avec son petit maquillage gothique à la Nosferatu, là oui l'héroïne avait quelque chose de touchant :)
J'étais super contente de revoir Helena et Michelle, deux actrices que j'adore, mais là, on ne les voit pas, et elles ont vraiment des rôles stupides ! Rien à la mesure de leur talent, Helena a déjà été plus trash dans le genre Sue Helen... Elles sont très secondaires et même dans Stardust, qui est pas un super film, ou dans Hairspray, alors qu'on la voit pas trop, Michelle Pfeiffer avait mille fois plus de charisme que ça... Elle est loin la Catwoman, la Tourvel ou même la sorcière d'Eastwick
A la fin, avec la vieille révélation de Caroline qui est un loup-garou, je me suis dit : non mais c'est quoi l’intérêt à part de foutre une dea ex machina pour tuer la vilaine sorcière ? Les scénaristes ont du se dire : bon ben on a une sorcière un vampire, des fantômes, un docteur fou, on peut bien mettre une louve-garou ça passera inaperçu !
J'ai adoré la galerie de portraits d'Angélique, et à la fin, quand elle ressemble à une poupée de porcelaine. Si son personnage de garce avait pas été aussi cliché, j'aurai applaudi Burton d'avoir réussi enfin à faire une héroïne forte, après le désastre d'Alice :) D'ailleurs je me suis demandé si toutes ces petites phrases sur le féminisme étaient pas là un peu pour s'excuser d'avoir auparavant fait une Alice aussi nulle :)
Les personnages n'ont pas de finesse, les acteurs, à part Eva Green, qui est la seule à ressortir du lot, ont l'air de pas savoir ce qu'ils font là : j'avais l'impression que Depp se cachait derrière son maquillage et ses longs doigts, un vrai pantin de théâtre qu'il faut voir de loin, qui gesticule, blablate et montre ses dents blanches, sauf que là on est au cinéma mon vieux, et plein de choses passent aussi par les regards... Il savait faire, ça avant, nous faire comprendre tout le passé et les pensées de son personnage par des gestes et des regards, dans Edward on en a une superbe preuve, mais là, c'est merdique. C'est même plus un bon acteur...
Tout ce qui est confrontation 1780/1972, c'était chouette, mais c'est vrai qu'il y avait pas mal de rapprochements avec les Visiteurs, à tel point que quand Barnabas tape avec sa canne sur la route, j'ai cru qu'il allait dire « Pouah ça puire » :D Pour moi, difficile de laisser le bénéfice du doute à Burton quant à son visionnage des Visiteurs : le film a eu du succès et c'est bien pour ça qu'on a fait un Les Visiteurs en Amérique .
C'était bien trop long à mon goût. Il y a plein de scènes qui auraient pu être raccourcies, voire d'autres qui auraient du être étoffées, histoire de développer les personnages. Si dans Mars Attacks ! ça ne me dérangeait pas qu'il y ait des tonnes de personnages pas très fouillés, c'est parce que ça allait à mille à l'heure. Là, non, parce que le rythme est mauvais.
Sinon tout le truc avec Alice Cooper m'a fait mourir de rire, et euh... j'adore les costumes XVIII ème, et j'en ai un en projet^^
Dans tous les gens que je connais qui l'ont vu, tous l'ont vraiment aimé... Je dois avoir un problème... Moi Burton ne me fait plus trop rêver, et c'est triste. Et je ne pense pas que ça s'arrangera avec Frankenweenie.
Je ne vois pas trop où est le « renouveau à la Beetlejuice » comme je l'ai entendu plusieurs fois, et j'avoue que j'aimerai presque que Burton devienne pauvre pour nous refaire des films où le manque de flouze donnait lieu à plus d'imagination :) 

J'ai trouvé  hyper prévisible la toute fin avec Helena en vampire, c'est même amené avec de gros sabots puisque que quand Barnabas la mord, on lui voit des dents de vampire pendant un peu trop longtemps.

Dans la série "Burton s'inspire de Corman", (mémoire de master oblige), je pense direct à La Chute de la maison Usher! Pour moi c'est bien plus qu'une inspiration, il y a des scènes entières qui sont reprises, et c'est fait avec beaucoup, beaucoup moins de tact que ce qui avait été fait avec Sleepy Hollow/la chambre des tortures/l'Enterré vivant: La jeune innocente qui débarque dans un manoir qu'elle découvre hanté, les passages secrets avec de grands escaliers, la forêt avec des arbres bizarres en bordure (dans le film de Corman, la forêt avait subi un incendie malencontreux, mais ça sert vraiment l'ambiance alors que là on a du relativement normal comme forêt), la maison qui s'anime (au premier degré, sans grande subtilité), Barnabas sous son portrait (mais qui a bien moins de classe et de mystère que Price en Usher), la jolie femme fantôme, le lustre qui tombe à la fin, bref, y en a des tonnes d'autres, et si dans la nouvelle de Poe il y avait une grande symbolique psychologique derrière tout ça, là Burton nous transforme Collinwood en un creusé à clichés, il n'en fait rien de neuf, et j'ai trouvé que ça avait d'autant moins de charme que, comme je l'ai dit, que ce soit dans le film de Corman ou dans tous les autres films de "Château hanté" de Burton, la baraque, avec ses décors carton-pâte, son architecture tordue, ses effets spéciaux à deux ronds et sa fausse fumée, a pour moi infiniment plus de charme, de corps, de présence que cet espèce d’entrepôt provisoire où tout ce qui est moderne est trop petit pour ces grands murs, et me parait déjà vieux et moche (genre le Docteur Maboul qui pour moi est forcément un jouet de mon enfance à la boîte bousillée qui traîne dans le grenier de ma mamie :) )


Bon, avec tout ça, faut pas croire, mais j'en suis quand même ressortie avec un grand sourire aux lèvres et j'ai envie de le revoir :)