Je viens de terminer, comme je l’avais déjà dit dans l’article-là, un scénario pour un ami. Quand ça sera tourné, et avec qui, et comment, ça, c’est une autre histoire, mais ça m’a bien plu de l’écrire :)

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Extrait:

 

SCÈNE 1 - PREMIÈRE NUIT.  CHAMBRE EN PARFAIT DÉSORDRE.

(Roxane dort. Long travelling depuis la porte de sa chambre jusqu’à son visage. Sur la chaise de son bureau, Théophile Gautier, obèse, malade, jaune, mais les cheveux toujours noirs, un verre vide à la main, la regarde, puis se lève douloureusement pour aller la réveiller)

 

Théophile Gautier — (la réveillant doucement) S’il-vous-plait? Mademoiselle? (Il se rassoit)

Roxane — (se réveillant doucement) Quoi? Quoi? (Puis sursautant, terrifiée, se recroquevillant au fond du lit) Quoi?

Théophile Gautier — Je suis désolé de vous importuner, mais j’aimerai savoir où je suis. Et qui vous êtes aussi. (Roxane est toujours muette) Je me suis endormi chez moi, mon chat sur les genoux, et je me réveille ici. Mon verre est vide et tout a changé, sauf le chat, oui. Il s’est enfui sous votre lit (…) Je crois que j’ai trop bu.(…) Fantôme?

Roxane — Vous, vous êtes un fantôme?

Théophile Gautier — Non, je me demandais si vous, vous étiez un fantôme. Mais vous avez peut-être raison. Ces derniers temps, je n’allais pas très fort. Ma foi, je suis peut-être un peu mort. Même plus la force de caresser ce foutu chat, c’est trop bête. Vous avez du lait, peut-être?

Roxane — Il… Il ne boit que de l’eau.

Théophile Gautier — Non, c’est pour moi. (…) je ne bois plus que ça. (…) Mais je me rends compte que je dois vous importuner. Seulement, je ne peux pas partir, désolé.

Roxane — Pou… Pourquoi pas?

Théophile Gautier — J’ai essayé plusieurs fois, mais mes pieds restent collés au parquet de votre chambre. Et puis j’ai les jambes si lourdes! Je n’ai pas pu passer le seuil. J’ai été obligé de vous réveiller. Vous m’en voulez?

Roxane — (terrifiée) Comment, comment voulez-vous que j’en sache plus que vous? Vous débarquez comme ça en pleine nuit, et, et vous me réveillez pour du lait, et il faudrait que je vous aide? Pour qui vous vous prenez, Et comment vous êtes entré, d’abord?

Théophile Gautier — Je vous l’ai dit, je n’en sais rien. Maintenant je n’ai même plus la force de bouger.(…) Mon fauteuil est bien plus confortable. (…) Je crois que je n’en ai plus pour longtemps. (Il disparaît graduellement, Roxane se lève enfin et va pour le toucher.) Je fus charmé de faire votre connaissance.

Roxane — Non!

 

SCÈNE 2 - DEUXIÈME NUIT.  CHAMBRE RANGÉE. LUMIÈRES ALLUMÉES.

(Roxane, une dague à la main, ne dort pas et attend que quelque chose se passe. Théophile Gautier apparaît dans un fondu. Il a la même tête, mais les traits moins fatigués, et n’a plus mal aux jambes)

 

Roxane — Toute la journée j’ai gambergé. J’ai élaboré dix mille scenarii pour savoir qui vous étiez et comment vous êtes rentré chez moi. J’ai rien trouvé, à part des explications totalement surnaturelles. Et toute la nuit je vous ai attendu. Il va falloir parler.

Théophile Gautier — Bonjour. Bonsoir plutôt. Sachez que de mon côté j’ai réfléchi aussi. Il faut savoir que je suis dans le même état de stupéfaction que vous. Seulement, mon esprit est rompu aux choses surnaturelles et étranges. Il en conçoit tous les jours. Tandis que vous… vous me semblez bassement terre à terre.

Roxane — (Vexée) Terre-à-terre? Je travaille au milieu des livres. Des histoires bizarres, j’en lis tous les jours.

TG — Et moi j’en écris tous les jours. (…) C’est comme si j’avais été projeté dans une de mes nouvelles.

Roxane — (pointant sa dague sur lui) Je n’hésiterai pas à m’en servir! Répondez bordel de merde!

TG — (levant les bras) Très bien, très bien! Je suis fin escrimeur, mais comme vous êtes une femme, je ne tenterai rien. Je vous le répète, je n’en sais pas plus que vous. Êtes-vous donc toujours aussi agressive?

Roxane — (la dague toujours pointée) Non. Sauf quand on rentre chez moi sans dire bonjour ou s’il-vous-plaît.

TG — Je vais un peu mieux, mais je disparais encore. Bonsoir. (Il disparaît)

 

 

SCÈNE 3 - SIXIÈME NUIT.  CHAMBRE RANGÉE. LUMIÈRES ALLUMÉES.

(Roxane est en train de lire. Théophile Gautier apparaît dans un fondu. Il est un peu moins obèse, et alerte)

 

Théophile Gautier — Bonsoir! Comment allez-vous ce soir?

Roxane — Bien merci. Vous allez me déranger comme ça chaque nuit?

Théophile Gautier — Je le crains. Et c’est fort ennuyeux, j’étais en pleine phase créative. Un  chapitre assez réjouissant du Capitaine Fracasse.

Roxane — On a déjà eu cette conversation plusieurs fois. Je ne crois pas, et je ne croirais jamais, que vous êtes Théophile Gautier. C’est  complètement stupide.

Théophile Gautier — Pourtant vous admettez bien qu’un homme que somme toute vous ne connaissez pas apparaisse et disparaisse comme ça toutes les nuits dans votre chambre. Roxane, abaissez un peu votre garde! (Il se lève et va s’asseoir au pied de son lit. Elle soupire)

Roxane — Quel chapitre?

Théophile Gautier — Le duel entre Sigognac et Vallombreuse. Ah mes amis, épique comme il faut! J’espère qu’il vous plaira. En tout cas, il plait beaucoup à mes filles.

Roxane — J’l’ai déjà lu.

Théophile Gautier — C’est vrai? Prodigieusement effarant. Et vous avez aimé?

Roxane — J’ai adoré. Peut-être un de mes romans préférés. (Il s’approche d’elle)

Théophile Gautier — Mais c’est pour ça alors! C’est pour ça que je suis ici! Il doit exister une certaine… connexion entre nous. (Elle lève les yeux au ciel, un temps) Vous savez, je commence à vous connaître par cœur. Chaque minute de vos nuits que je passe ici, me font  comme plusieurs jours à vos côtés chez moi. On commence à faire vieux couple tous les deux. Pour un peu je vous connaîtrais plus qu’Ernesta.

Roxane — C’est votre femme?

Théophile Gautier — Oui, et j’ai deux filles aussi: Judith et Estelle. Si ma postérité est si grande à votre époque comme vous me l’avez dit, comment se fait-il que vous ne le sachiez pas?

Roxane — Et ben, peut-être parce que je m’intéresse qu’à ce que les artistes produisent… Moi ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent de leurs vies, tant qu’ils font de bons bouquins, ou de bons films, ça me va!En plus de ça, je n’en suis qu’au début de votre biographie.

Théophile Gautier (Il réfléchit) — Il faudra que vous me parliez encore de ce… cinéma. Ça ne laisse pas de me fasciner. Racontez-moi encore Terminator s’il-vous-plaît! (Elle sourit et commence à raconter, la voix se fond avec l’image)