cyrano

Je viens de me faire insulter par un usager. En soi, ce n’est pas grave (c’est d’ailleurs ce que je réponds tout le temps à tout) mais ça m’a permis de réfléchir à un truc qui sera l’objet de cet article : le courage. De plus l’insulte (« Si ça vous plait d’être une chienne c’est votre problème ») mêlée à la réaction de mon supérieur (En gros j’aurais rien du répondre et laisser pisser “Monsieur, je vais la recadrer cette petite” et “Emmanuelle franchement, tu n’as pas été très diplomate” alors que j’ai même pas haussé la voix ni prononcé la moindre chose déplacée) m’ont passablement énervée. Je déteste par-dessus tout l’injustice et la violence gratuite, qu’elle soit verbale ou physique (Elle a bien failli être physique d’ailleurs. (Et puis est-ce que la violence, sous quelle forme qu’elle soit, peut être justifiée ?))

D’aussi loin que je me souvienne, je ne me suis jamais mise en colère. Une fois, vers mes dix-huit ans, j’ai pété une pile pour un motif dont je ne me rappelle même plus, excepté que c’était pitoyable parce que je pleurais comme une dinde (du genre ça coule de partout et je deviens toute rouge), mais depuis, ou du moins depuis que je vis seule, rien. Pourtant, des motifs de me mettre en rogne, j’en ai eu des tonnes. Des gens que j’ai eu envie de frapper, aussi. Des gens qui m’ont fait du mal, trop pour les compter sur mes doigts.

Sur ma liste des choses à faire avant de mourir j’ai marqué entre autres choses : « faire un scandale » et je crois que ce n’est pas pour rien. Un jour, j’arriverai à me mettre en colère et à dire ce que je pense d’une belle manière et surtout, immédiatement ; car il est évident que se mettre en rogne toute seule et trouver les mots parfaits seulement après les avoir réfléchis trois heures ne sert à rien.

Le souci c’est que les rares fois où j’aurai eu envie de crier, je me suis retrouvée en face de cons. Et le souci avec les cons, c’est qu’ils sont cons, alors forcément, ils crient plus fort que vous, sortent des arguments idiots, des insultes toutes faites, passent d’un sujet à un autre sans aucune logique et ça, ça me déstabilise. Que répondre du tac au tac à un type qui vous insulte pour vous dire le contraire de ce qu’il disait la seconde d’avant ? A une autre qui vous traite de salope sans la moindre raison ? A moins de rentrer dans le jeu et de crier plus fort, ou d’insulter plus fort, il n’y a qu’une solution, c’est de s’écraser jusqu’à ce que l’autre se taise, et jusqu’à présent, c’est toujours la solution que j’ai choisie. Mais un jour, je crierai plus fort, et ce, avec des insultes sublimes.

Dans les films et les bouquins que j’aime, le héros a toujours un charisme et une répartie de malade. A un moment ou un autre, il y a toujours une scène comme ça où il écrase tout le monde de son esprit, de son lyrisme et de son humour : la fin du Cercle des Poètes disparus, de Pleasantville sont comme ça, de même que toutes les scènes finales des avocats qui arrivent à sauver une cause perdue, ou tout Cyrano même. (J’aurai du commencer par lui)

Comment faut-il faire pour être comme ça ? On m’a dit : fait du théâtre : j’en ai fait et ça n’a rien changé, excepté que j’ai découvert encore plus de morceaux de bravoure (« Bon appétit, ô ministres intègres ! ») et que du coup, je suis encore plus frustrée. On m’a dit qu’il fallait que je m’exerce. Mais faut-il que je recherche les querelles?

J’en ai marre d’avoir peur de tout. Je veux du courage, je veux de la répartie, je veux être une héroïne de roman !