Emmanuelle Nuncq

Romancière à deux visages, couturière rêveuse et plein d'autres choses encore.

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BORDEMARGE

27juin

Mercredi 27 juin:

Finalement, j’aime toujours autant mon roman, malgré toutes les critiques mitigées que j’ai pu en lire! J’en ai lu des très bien qui m’ont rendue fière de moi, et toutes ces chroniques, qu’elles soient bonnes ou mauvaises (mais pas trop, personne ne m’a descendue en flèche :) ), ont finalement fait en sorte de me faire me poser les bonnes questions. J’ai retiré ce qu’il en fallait pour la suite de Bordemarge, que je suis en train d’écrire, et suffisamment de motivation pour continuer un bon bout de temps ;) Je compte faire de Nuxiger (titre très provisoire, c’est affreux ce nom) un roman encore bien meilleur :)



Mardi 15 mai:


Voilà un mois que Bordemarge est sorti, et en réalité, ça ne me fait pas autant d’effet que j’aurai cru; certes j’ai lu quelques critiques, c’est très agréable parce que le livre semble plaire, et que ça me fait toujours plaisir de lire des jolies choses; j’étais très fébrile la première semaine de sortie, mais maintenant cette fébrilité est retombée, et je n’en ai plus rien à faire. Comme si ça y est, le bouquin est sorti de moi, alors je ne m’en occupe plus. Je me demande ce que ça va donner la semaine prochaine, à Étonnants Voyageurs. Je crois que je me souviendrai plus de l’histoire, que je serai pas fichue de la défendre… et que si jamais on me pose des questions, je serai pas fichue non plus de répondre. Déjà rien que qu’une semaine avant qu’il ne sorte, je ne me souvenais plus que j’avais changé le nom du personnage de Clarence en Christian :) On dirait bien que ça va faire comme Porcelaines… dans une semaine je n’aurai retenu que les chose à améliorer, et dans un mois, je soutiendrai mordicus que c’est la pire daube que j’ai jamais écrite et j’en aurai honte :)
En ce moment je suis complètement vide, j’ai des tonnes d’idées dans la tête mais rien du tout qui ne me donne envie d’écrire. J’ai même abandonné les Chercheurs du Temps, alors que l’épisode 8 est presque fini et qu’il ne me reste presque plus rien! J’aimerai vraiment, mais vraiment retrouver ma motivation…



Lundi 16 avril:

Bordemarge est sorti! je n’ai pas dormi pendant une semaine, mais ça ne servait à rien, vraiment :) Jusque-là j’ai eu que des bonnes critiques, à part une mais son auteur semblait ne pas m’aimer moi plutôt que mon bouquin^^ et puis je m’en fiche, il en faut aussi :D Après les critiques des blogueurs, j’attends désormais les avis des lecteurs :)
Et sinon, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le tour de toutes les librairies pour le voir :D

L’avancement du costume de Roxane pour les Imaginales


Dimanche 1er avril:


C’est pas une blague, Bordemarge sort le vendredi 13 avril! J’ai super super hâte :D
Mercredi 4 (le jour de la ortie de Titanic en 3D, moi je dis c’est un signe ;) ) j’ai rendez-vous à paris pour parle à des journalistes! j’ai déjà reçu la couverture et on peut voir une page facebook consacrée au roman ici

Je présenterai ce livre aux Imaginales, où je serai déguisée en Roxane :)


Mercredi 18 janvier:

J’ai terminé hier de corriger mon texte, et j’y ai ajouté exactement 30 pages (pas fait exprès :) )
D’ici mi-février je devrai avoir la première maquette, j’ai hâte!!! :D

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Samedi 10 décembre:

Cela fait trois jours que j’ai reçu les notes pour les corrections, et je travaille, je travaille! J’espère pouvoir rendre la nouvelle version pour qu’il soit bien publié en mars/avril, comme prévu au départ! Mais comme en trois jours j’ai corrigé 16 pages, si je continue sur ce rythme-là, ça fait 20 jours de travail, soit en gros un mois vu qu’il y aura les vacances de Noël entre temps, donc, je le rendrai logiquement début janvier.

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Le 4 mars, j’écrivais le texte ci-dessous, dans lequel j’expliquai que j’étais sur un nouveau roman. Et bien je l’ai terminé ! Le 15 août tout pile, soit deux jours avant mon anniversaire, ce qui fait six mois pour l’écrire! (Bien plus rapide que Malemort que je n’ai même pas terminé). Pour ce faire j’ai passé deux jours dessus avec le soutien de mon zamoureux-que-je-remercie-comme-aux-césars, et le voilà, tout beau, tout neuf ! Pour l’instant, il s’appelle

liste des choses à faire avant de mourir, et je suis trop heureuse de la viiiiiiiiiie !!

            Alors il y a deux héroïnes, l’une c’est Roxane de Bordemarge, et l’autre Violette Linzen (qu’on peut retrouver dans bon nombre de mes nouvelles) et les deux sont vraiment différentes l’une de l’autre. Disons que l’une c’est mon côté Cyrano, et l’autre, mon côté Edgar Poe ;) . Il y a aussi tout un tas de personnages, dont plusieurs sont repris d’autres de mes nouvelles/écrits, et je les aime tous! Parmi eux, il en y a surtout quatre que je chéris particulièrement, parce que j’en ai fais des hommages à mes amis-que-j’aime, comme dirait Edward :)

            Il y a dedans, entre autres choses, un vaisseau pirate avec des pattes d’araignée, un capitaine russe que j’ai repris de Roman, un petit vieux en fauteuil roulant, des belles robes, des mains coupées, des inventions bizarres telles que le svadilfari, des hommages en veux-tu en voilà, des ch’tits n’orphelins, des capes, et pis aussi des épées !

            Bientôt, je posterai ici des illustrations de ce monde-là, parce que j’en ai tout plein de faites, et tout plein dans ma tête !

Maintenant, je n’ai plus qu’à attendre les retours de mon éditeur, et même si c’est stressant, ça l’est beaucoup moins que de me lever tous les matins en me disant: “j’ai un roman à finiiiiiiiiiiir!”

            Si vous avez la moindre question, n’hésitez pas ;)

 

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Voici les trois premiers chapitres du roman que je suis en train d’écrire. Il me plait, il me plait, il me plait! Je me suis jamais autant amusée à écrire que pour ce truc. Il n’a pas de titre, les intrigues ne sont pas encore toutes très claires, y a plein de fautes d’orthographe et de grammaire, mais je m’en fiche: je visualise les personnages et vis avec eux pour la première fois depuis que j’ai écrit “Roman”… mon premier roman. Est-ce un signe ? Tout ce que j’aime (personnages, intrigues, époques, détails stupides, références littéraires)  s’imbrique ici d’une façon affreusement évidente, comme si c’était ça que je portais en moi et cherchais  écrire depuis le début ; c’est une vraie révélation et même s’il n’est jamais publié, je crois que je ne remercierai jamais assez mon éditeur de m’avoir fait ce cadeau-là.

Ne vous êtes vous jamais demandé ce que faisaient les héros de vos romans préférés, une fois que vous aviez tourné la dernière page et refermé le livre? Bordemarge est votre réponse.

 

 

 

Allancourt, août 1984

 

            Une discrète lumière bleue éclaira un instant les vitres de la salle des archives de la bibliothèque d’Allancourt, y dessina deux silhouettes, et s’éteignit, plongeant de nouveau la pièce dans le noir. Au milieu des cartons d’ouvrages qu’on était en train de trier cet été-là, entre deux immenses étagères vides, un homme et une femme enceinte, visiblement à terme tellement son ventre était énorme, parlaient tout bas.

— Je t’en prie mon amour! N’y va pas! Disait Marius en lui prenant les mains.

C’était un beau brun habillé comme un dandy du XIX ème siècle, portant des moustaches soignées et une montre à gousset à son gilet.

— Regarde-moi enfin! Reprit-il en lui montrant ses doigts qui se parsemaient de petites taches. Je me décrépis à vue d’œil! Il t’arrivera la même chose!

Eléonore, elle vêtue d’une robe blanche qu’elle avait voulue intemporelle, le prit dans ses bras avec douceur et passa ses doigts dans ses cheveux, qui se couvrirent de fils d’argent.

— Peut-être pas aussi rapidement, reprit-il avec tendresse, car tu as passé bien moins de temps que moi là-bas, mais dans dix, vingt ans tout au plus, tu mourras! Tu ne le verras même pas grandir, ajouta-t-il en posant sa main sur son ventre arrondi. Eléonore s’approcha de son amant qui déjà se courbait un peu plus, et posa sa main sur son visage:

— Dépêche-toi de passer le portail, alors. Je me suis déjà expliquée sur ce sujet tant de fois… Sa voix se brisa dans un sanglot. Je ne veux pas que notre enfant grandisse dans un monde de chimères.

Sous sa main, elle sentit les rides se creuser. Sa peau devenait moins ferme et ses yeux bordés de rouge.

— Allez te dis-je! Et puis tu reviendras me voir, n’est-ce pas? Il embrassa ses mains, qu’il tenait toujours dans les deux siennes, glissa une mèche de ses longs cheveux noirs derrière son oreille, et murmura, au bord du désespoir, la voix cassée:

— Éléonore, je te le jure. Je ferai tout pour trouver un moyen d’empêcher ce beau visage de se faner, ajouta-t-il en lui caressant la joue. Mais réfléchis encore! Ce monde-là a évolué sans nous!  On ne sait même pas en quelle année on est ! Comment est-ce que tu vas faire?

— Comme durant toute ma vie: je vais faire preuve d’imagination. Elle eut un sourire fugace. Ça ne nous a pas trop mal réussi jusque-là. Je le sais, ce sera une merveilleuse aventure.

Une quinte de toux, mêlée de larmes, plia Marius en deux. Il était proche du vieillard maintenant. Il savait qu’il n’en avait plus pour longtemps, s’il restait encore ici. Résigné par le sort qui l’attendait, il jeta un regard derrière lui, passa sa main dans ses cheveux devenus blancs, resserra sa lavallière anis dans un serrement désespéré et se traîna jusqu’au fond de la pièce, où il disparut. Éléonore fondit en larmes, puis sortit.

 

            Le lendemain matin, une bibliothécaire retrouva décroché le portrait du premier conservateur d’Allancourt, qu’elle trouva singulièrement vieilli. Avait-il toujours eu cette apparence-là ? Comme, cette année-là, on refaisait tout, depuis le désherbage jusqu’à la décoration, elle voulut le déplacer à l’étage, bien en vu dans le secteur adultes. Elle se dit que ça ajouterait une touche de charme, que ce vieux monsieur en gilet rayé, dont les yeux d’azur délavé  semblaient veiller sur eux.

Et le portrait n’a plus bougé depuis.

 

Chapitre

— Si on te le demande, gamin, tu diras que c’est La Plume qui t’a tiré de ce mauvais pas ! La pomme roula, brillante et rouge, jusqu’au coude du jeune homme, habillé d’un pourpoint tout aussi rouge brodé de petites plumes d’or, décrivit un arc de cercle dans les airs et atterrit dans les mains du gamin, qui acquiesça, un sourire jusqu’aux oreilles. Quant à toi, claironna le nommé La Plume en se tournant vers l’aubergiste à ses côtés, si tu recommences, gros homme, je serai obligé de te fesser les deux joues !

L’aubergiste, une espèce de créature qui tenait plus du cochon que de l’humain, baissa les yeux vers la garde de l’épée que le jeune homme portait à sa ceinture, -du beau travail, espagnol assurément- et grogna. C’était sa façon de répondre oui, qu’à l’avenir, il éviterait de traiter son fils comme un domestique et de lui administrer des taloches pour un rien. Le gosse, plutôt enrobé et petit, était en effet couvert de bleus, et tentait, sans succès, de cacher une cicatrice à l’arcade sous ses cheveux bruns coupés courts. Ils ne semblaient pas avoir connu l’usage du peigne depuis longtemps et rebiquaient en épis.

— Bien, continua La Plume, maintenant, je veux de quoi boire et manger, et je ne me lèverai pas tant que je ne serai pas rassasié !

Une bourse tinta sur le comptoir, et l’aubergiste descendit chercher sa meilleure bouteille de vin, non sans râler après cet insolent qui venait lui donner des cours d’éducation, qu’il s’empresserait d’oublier une fois qu’il serait parti. C’était son fils et il le traiterait comme il l’avait toujours fait. La Plume s’assit donc et son compagnon de voyage, un gringalet avec un long manteau brun qui semblait avoir copié sa coupe de cheveux sur celle du fils de l’aubergiste, se pencha vers lui en enlevant son foulard blanc de son cou :

— Pourquoi faut-il que tu prennes ainsi un malin plaisir à te faire remarquer ? L’insolent rit aux éclats, et la plume de son feutre, énorme et blanche, frissonna:

— Je n’en sais rien, peut-être pour t’embêter ? J’adore te voir avec ces joues toutes rouges.

Seamus baissa la tête comme une jeune fille pudique, et reporta son regard sur la cheminée qui flambait joyeusement. L’aubergiste s’approcha d’eux avec deux bouteilles de vin et autant de verres dans les mains, qu’il posa avec violence sur leur table.

— Ces messieurs voudront peut-être une chambre pour la nuit ? Demanda-t-il avec tout le mépris dont il était capable.

— Non, nous ne resterons pas ! répondit La Plume, qui n’avait pas pris la peine d’enlever son pourpoint, ni son foulard noir, ni son impressionnant feutre. Contentez-vous de soigner nos chevaux. Du mieux que vous pouvez, ajouta-t-il, c’est-à-dire mieux que le garnement que vous employez. La plume fit un signe vers l’enfant : approche-toi d’ailleurs. Ton nom ?

— Peter, répondit-il en s’approchant, guettant d’un œil la réaction de son père.

— Et bien Peter, tu vas manger avec nous. A cette heure, un gamin comme toi a mieux à faire que de servir tous ces clients avinés, dit-il en faisant un grand geste pour montrer les hommes attablés dans l’auberge. Le père tenta de s’interposer :

— Il a encore ses tâches à accomplir ce soir ! La cuisine ne va pas se nettoyer toute seule ! Le jeune homme se leva, soudain devenu grave :

— Monsieur aubergiste père, vous avez des mains non ? Et à la vue des taloches que vous lui avez données, je gage que vous savez les utiliser. Alors servez-vous en pour faire votre ménage vous-même, ou mieux encore, servez-vous de tout l’argent que vous avez assurément économisé sur son dos pour payer des gens qui vous aideront, et l’envoyer à l’école. Un silence accueillit cette phrase, et l’aubergiste se mit à rougir de colère. Seamus posa une main sur le bras de son compagnon, qui se calma et se rassit.

            Dehors, par les fenêtres ouvertes, La Plume vit les derniers rayons du soleil se mourir derrière les collines de Bordemarge, et avec eux, apparaître dans un vrombissement effrayant les silhouettes d’énormes libellules métalliques. Il se raidit sur sa chaise, abaissa le bord de son feutre sur ses yeux comme s’ils pouvaient le voir d’ici, et chuchota à l’oreille de Seamus :

— Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Ils ont des odonates maintenant ? Seamus se retourna pour les voir, discerna dans le couchant des hommes en noir montés sur leurs machines volantes, et blêmit :

— Il faut croire. Allons-nous-en.

— Très finement réfléchi ! La Plume se leva brusquement, jeta sa bourse sur le comptoir pour dédommager l’aubergiste et se précipita vers les écuries, Seamus sur ses talons. Mais leurs chevaux étaient loin d’être prêts à endurer une course, ils venaient juste d’arriver ! La Plume sangla les sacoches sur les deux destriers qui lui semblaient les plus frais :

— Arrête, c’est du vol ! Cria Seamus.

— Où tu vois du vol ? A la place de ses bidets je lui laisse deux puissantes bêtes dressées et nourries au château ! Qu’il vienne seulement se plaindre, ce verrat ! Seamus haussa les épaules et l’aida à finir d’harnacher. Après tout…. De toute façon, il n’avait jamais réussi à raisonner cet énergumène.

            Ils enfourchèrent leurs nouvelles montures et se dirigèrent vers le sud. Derrière eux, les pirates de Khaltourine, montés sur les odonates, n’étaient plus qu’à quelques dizaines de mètres de l’auberge.

— Attendez-moi ! Cria une voix derrière eux. Quand il se retourna, Seamus aperçut Peter, monté sur un de leurs chevaux, qui leur filait le train.

 

 

Allancourt, de nos jours

 

 

— Trois heures, encore trois horribles heures à tenir ! pensa Violette, complètement abattue. L’ennui lui faisait comme un manteau lourd sur les épaules, et ses cheveux, longs et fins, pendaient lamentablement, comme deux ailes de cygne noir, autour de son visage. A la voir ainsi, les paupières lourdes, les lèvres blanches, le visage émacié et pâle d’un cadavre, on aurait dit une héroïne tragique jouée par Isabelle Adjani, ou une de ces images gothiques de vamps à moitiés nues dans la neige qu’on trouve au détour d’Internet.

 A cette heure-ci, la bibliothèque n’était peuplée que de ses collègues et de quelques rares usagers habitués, qui ne viendraient certainement pas lui demander quoi que ce soit. Elle bougea la souris pour que l’écran sorte de sa veille et consulta sa messagerie pour la cinquième fois depuis le début de l’après-midi. A part quelques publicités pour la St-Valentin qu’elle s’empressa de supprimer, il n’y avait rien. Ces mails-là l’énervaient au plus haut point. Et dire que chaque année c’était la même chose ! Pourquoi fallait-il que tout et tout le monde lui rappelle qu’elle était célibataire ? Comme si c’était essentiel de finir sa vie en couple ! Alors que finir sa vie tout court était la seule chose importante pour elle ici-bas.

La seule carte qu’elle avait reçue depuis que cette stupide fête était en mesure de l’intéresser, c’était celle de son voisin de classe en cinquième, un crétin boutonneux qui croyait que les petits chats avec des nœuds roses la feraient forcément fondre. Or Violette n’aimait pas les nœuds roses, les petits cœurs et le chocolat. Elle n’aimait pas grand’chose en fait, et le seul chat qu’elle supportait, c’était le sien, un vieux matou noir avec un sale caractère qui s’appelait Edgar, et lui rapportait plutôt des oiseaux morts que des petits cœurs en sucre.

Cela faisait maintenant deux ans qu’elle travaillait dans cette bibliothèque et chaque jour elle détestait son métier encore plus. Au début, elle avait cru qu’elle parlerait littérature avec ses lecteurs. Ça n’avait jamais été le cas, parce que la seule chose sur laquelle elle les renseignait, c’était la direction des toilettes. Elle soupira et regarda par la fenêtre les nuages gris qui s’étiraient sur le ciel bas et lourd d’Allancourt. Dans un quart d’heure, tout au plus, la nuit serait tombée et la journée s’achèverait comme elle avait commencée : dans l’ennui, la brume et la dépression la plus totale.

            Un bruit de plastique la sortit de ses noires pensées.

— Regarde-moi ça, cria un jeune homme en entrant dans la pièce et sortant une chemise rose tout juste achetée de son sac d’emballage. Je l’ai eue à -70%, la classe non? Violette avisa la chemise à laquelle pendait un paquet d’étiquettes rouges, et fit une grimace.

— Tu peux pas être plus discret? Clarence lui lança un éclatant sourire, qui trancha sur sa peau noire, à la manière du chat de Cheshire, et regarda à la ronde. Il n’y avait que deux personnes sur la longue rangée d’ordinateurs, et elles n’avaient pas bougé à la vue de sa splendide chemise.

— Qui tu veux que ça dérange? Ceux-là sont trop absorbés à mater des filles sur facebook. Et lui collant sa chemise sous le nez: alors?

— Une horreur. Le sourire de Clarence disparut aussi vite qu’il était apparu.

— Tu crois?

— C’est pour la fille de 15h? Clarence acquiesça.

— Une blonde pareille n’est pas du genre à considérer comme toi les chemises roses comme le summum du fashion et de la virilité. Mets du noir, bon sang, c’est classe et t’es sûr de pas faire d’impair.

— Pour qu’on me voit plus ? Violette esquissa un sourire.

— Bon, du blanc alors. Elle frissonna. Clarence retrouva sa bonne humeur et rangea sa chemise rose dans son sac.

— Et toi les amours, comment ça va ? Violette leva les yeux au ciel. Clarence aimait l’emmerder, il savait pertinemment qu’elle détestait cette question, digne de l’interrogatoire d’une mamie gâteuse.

— Oh moi tu sais, j’en suis toujours au même point avec Marius, dit-elle en montrant derrière elle le portrait du premier conservateur des lieux, un vieil homme à l’air peu amène, portant  bacchantes blanches, gilet, lorgnons  et montre à gousset. Il est pas très causant.

— Si tu enlevais de ta tête ce panneau « Attention Violette méchante, ne pas toucher » peut-être  que… Violette l’interrompit :

— Hey ! Traite-moi de coincée aussi !

— Coincée, non ! Mais par contre… Violette lui donna un coup de poing à chaque insulte : cynique, désagréable, fausse rebelle, dépressive, fêlée, asociale, anarchiste et provocatrice, ça oui !

— Mais t’as fini ? Elle se rembrunit : et je suis pas dépressive. Clarence leva un sourcil sceptique :

— Autant que moi je suis diplômé en physique nucléaire. C’était une blague entre eux : Clarence était effectivement diplômé, et il n’avait jamais voulu dire comment il en était arrivé ici, en secteur jeunesse, à faire des animations déguisé en pirate pour les gamins de trois ans. Au fait, qu’est-ce qu’il devient, reprit-il, le pauvre type qui t’a laissé le cœur en miettes ?

— Ben, hésita Violette, il empoisonne les limbes de ce qui me reste de mon pauvre cerveau fêlé ? Il souffre atrocement dans la prison de souvenirs et de remords que j’ai construite pour lui ? Clarence éclata de rire, et chuchota en voyant les deux usagers se tourner vers eux, visiblement revenus à la vie :

— T’as le sens de la formule toi. T’aurais pas été poète maudit par hasard ? Que de points communs avec ce cher vieux Marius, décidément…

— Quand t’auras fini de dire des conneries tu pourrais peut-être me laisser bosser ?

— Bosser, quel grand mot ! Et dans une révérence, il quitta les lieux avec son sac plastique, sa bonne humeur et sa chemise rose.

            Les deux heures qui suivirent parurent encore plus longues à Violette, qui maintenant regrettait d’avoir fait partir Clarence, pensait à William, dont le souvenir douloureux avait été réactivé par sa question. Non, elle ne savait pas ce qu’il devenait, mais contrairement à ce qu’elle avait laissé entendre, elle ne s’en fichait pas du tout. Aux dernières nouvelles, il était en Californie, mais depuis, peut-être était-il revenu en France ? Est-ce qu’il pensait à elle, parfois ? Certainement pas autant qu’elle pensait à lui. En se levant brusquement de son bureau, elle tenta de chasser cette idée en alignant encore les livres avec le bord de l’étagère. On vint lui demander les toilettes quatre fois, elle consulta sa messagerie encore trois, puis elle chassa les deux scotchés de leurs ordinateurs, rangea le dernier chariot, et quitta le bâtiment.

Bordemarge, première annonce!

16décembre

Et voilà, c’est officiel, Bordemarge paraîtra chez Castelmore en 2012!

On peut d’ors et déjà lire deux articles (en substance les mêmes) sur fantasy.fr et sur le blog de Castelmore!

Et j’ai créé une page facebook pour mon roman, sur laquelle je mettrai les news :)

Article sur "Porcelaines" et son prix dans l'Express 27 mai 2011

1juin

On peut trouver le lien sur l’article en ligne ici:

Article en ligne

En espérant qu’il reste longtemps, et sinon, voilà l’image que j’ai réussi à obtenir!


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Prix du Premier Roman 2011

29mai

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, et autres trolls,

Je suis toute fière de vous annoncer que j’ai eu le “Prix du Premier Roman en ligne” pour Porcelaines, mon premier roman donc, et que ce joli prix m’a été remis lundi 23 à 19h.

Porcelaines est un roman que j’ai porté pendant presque deux ans et auquel, malgré ses innombrables défauts, je tiens beaucoup. Grâce à lui j’ai rencontré plein de gens chouettes, j’ai eu mes premiers lecteurs, mes premiers fans, mes premières critiques, mes premières séances de dédicace, mon premier Livre sur la Place, et surtout, mon premier PRIX Littéraire!!

Voici les critiques auxquelles j’ai eu droit:

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"Roman", mon premier roman

2mars

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Voici le premier chapitre d’une histoire que j’ai commencée à dix-sept ans. Je sais bien qu’il y a, avec le recul, un milliard de défauts mais j’y ai un attachement tout particulier, car Roman (prononcez comme le prénom) est mon premier roman! Enfin, le premier truc avec un début, un milieu et une fin dépassant les cinquante pages… Et il y a pas mal d’idées que par la suite j’ai retrouvées dans des films tels que Pirates des caraïbes, les Noces funèbres ou un livre comme la Nuit dernière au XVème  siècle.

Ce syndrome, je l’ai appelé le Syndrome du génie

 

 

Roman

 

 

  ”Enigme ténébreuse à jamais solitaire, il se tenait, de corps comme d’esprit, à l’écart de ses hommes »  

James Matthew Barrie, Peter Pan


I

 

            C’était le mois d’avril. Les cerisiers étaient alors en pleine floraison et parfumaient l’air doux de ce début de printemps, faisant danser leurs légers pétales roses au gré des brises, tels des papillons. Je venais à peine d’emménager à Combe Hill : ce château aux allures gothiques bordait la côte sud-est de l’Angleterre et était le seul domaine visible à des lieux à la ronde. Combe Hill me plaisait en tous points : ses escaliers tortueux, ses plafonds aux allures de nef et ses couloirs étroits menant à des pièces inconnues convenaient à mon esprit avide d’aventures et de romanesque. Des armures couvertes de poussière attendaient dans les coins que quelqu’un vienne les réveiller, des tableaux à la peinture assombrie par les ans ornaient les murs, et leurs portraits semblaient fixer l’au-delà de leurs yeux éteints depuis une éternité.

            Derrière cet immense manoir s’étendait un vaste jardin sur lequel, visiblement, la nature avait repris ses droits depuis longtemps. Les allées étaient recouvertes de mousse et de mauvaises herbes, les buissons croissaient dans toutes les directions, et le lierre grimpait le long de la façade pour recouvrir les fenêtres, grands vitraux en forme de longs arcs cintrés. Des sculptures torturées entouraient la lourde porte d’entrée en bois de chêne, au milieu de laquelle on pouvait voir un heurtoir en argent en forme de diable.

Le fait que ce château soit au bord d’une falaise, comme prêt de tomber, ajoutait à ses multiples charmes. Les planchers craquaient, le vent s’engouffrait en sifflant, et chacun de ces bruits rendait la maison vivante, comme peuplée par les fantômes des gens qui l’avaient habitée auparavant. J’avais déjà visité les moindres recoins, monté les longues tours noires avant même de me consacrer aux choses les plus essentielles de mon installation.

            Quelques mois auparavant, au cours d’un voyage, j’étais tombée en admiration devant la façade de cet imposant château, décorée de balcons et de sculptures d’un style qui n’était ni tout à fait celui du Moyen Age, ni tout à fait celui de la Renaissance. En voyant ce chef d’œuvre, je me suis dit alors que j’avais enfin trouvé la demeure qui hantait mes rêves, et je décidai sur-le-champ de changer complètement de vie afin de venir vivre en Angleterre. Je n’aurais pu nulle part trouver un château semblable, et j’aurai vendu tout ce que je possédais pour l’obtenir. Étrangement, il n’appartenait à personne et le pays me l’avait presque donné. On aurait dit que c’était un soulagement pour les habitants de la région.

             Après m’être installée, je m’aperçus après quelques jours, à force de parcourir en tous sens cette maison où je me sentais enfin chez moi, ne trouvant mes racines nulle part, que quelque chose n’était pas normal dans cette demeure : la chambre qui, au troisième étage, aurait dû logiquement faire la même taille que la pièce qui se trouvait juste en dessous d’elle, n’en faisait que la moitié. Par curiosité, je tapai contre la cloison la plus au nord.

            Comme je l’avais espéré, celle-ci sonnait creux. Une autre pièce se trouvait donc derrière. Je dévalai les escaliers à la recherche de mes outils, et remontai totalement essoufflée. J’observai le mur. Visiblement, il y avait eu là auparavant une porte qu’on avait décidé de condamner. A grands coups de marteau, j’entrepris d’abattre le mur, pleine d’espérance. En délogeant les briques au fur et à mesure,  je réussis enfin à percer un trou. Derrière,  je vis là la plus belle chose dont j’aurai jamais pu rêver : cette pièce était une bibliothèque. Etant amoureuse des livres depuis ma plus tendre enfance, vivant par et pour eux, rien n’aurait su me procurer plus de plaisir. La pièce était meublée dans un style hétéroclite : chaque pièce du mobilier appartenait à une époque différente, et pourtant tout s’accordait admirablement, comme si le temps s’était chargé d’arranger les choses. Je restai étourdie pendant quelques secondes, humant l’odeur de poussière et de vieux livres humides.  

            Le petit voltaire en velours rouge et or, usé jusqu’à la trame, semblait avoir été fait pour le bureau en acajou placé devant lui. Sur celui-ci était posé un encrier et des plumes encore tâchées, comme si on venait juste de s’en servir. Les rideaux cramoisis cachant à moitié les fenêtres étaient lourds de poussière, mais ce qui était le plus impressionnant, pour moi, c’était les murs remplis de rangées d’étagères en bois sombre. Remplie d’excitation, je m’acharnai sur le mur afin de pouvoir rentrer dans cette pièce au plus vite.

            Je vis étalés là sous mes yeux plus de trésors que je n’en avais jamais vus de ma vie.  Il y avait des milliers de livres de toutes tailles et de toutes sortes, mais, chose étrange, tous étaient, après examen rapide, antérieurs à la fin du XIX ème siècle. Je conçus alors l’idée de les lire tous, l’un après l’autre, dans l’ordre où ils avaient été déposés par la main de leur ancien propriétaire. Il y avait des éditions extrêmement rares, et même plusieurs incunables que je n’osais pas seulement effleurer de mes doigts indignes. Aucun classement n’ordonnait ces livres, on aurait dit que leur dernier lecteur les avait placés là au fil des ans, du hasard et des occasions.

            Je me mis alors, à partir de ce jour, à dévorer des dizaines d’essais, de romans, de biographies écrites en anglais, souvent en français, espagnol ou italien. Mon lecteur avait bon goût. On ne trouvait dans sa bibliothèque que des grands noms et des livres de tous horizons, de toutes langues.

            Un jour, dans le tiroir du bureau que je n’avais pas encore osé ouvrir, je  trouvai un énorme paquet de feuillets grossièrement taillés intitulé en anglais : « Mémoires de l’infortuné capitaine Roman Sellington ». Il avait été déposé avec un volume de poésie d’Alfred de Vigny, visiblement maintes fois consulté. J’ouvris le premier, connaissant par cœur le second, qui faisait partie de mes nombreux livres de chevet,  et fus très étonnée de découvrir que l’écriture en était manuscrite. C’était un journal de bord tenu avec soin, dont les lignes étaient tracées d’une écriture fine, longue et racée. J’en déduisis en l’étudiant que l’auteur devait être un homme, et qui plus est un homme anglais  des plus cultivés. Je l’ouvris au hasard, prise de cette même ferveur qui devait posséder les archéologues fouillant les tombeaux égyptiens, et lu le premier passage qui me tombait sous les yeux :

            « Il me semble que cela fait des siècles que nous errons sur les mers. Nous avons parcouru tous les océans de ce globe, visité des milliers de villes, et pourtant mon cœur est toujours rempli d’une langueur et d’un vide que toutes ces découvertes et ces voyages ne pourront jamais combler. Mon équipage cherche des consolations dans tout ce qu’il peut : l’alcool, les richesses, les femmes ; mais moi, je n’ai que faire des richesses, l’alcool ne me fait rien oublier, et les bras d’une femme ne pourront jamais me consoler de la perte de ma chère Lisa. Nous sommes maudits par ma faute, et par ma faute nous sommes condamnés à errer éternellement. Jamais nous ne trouverons le repos. »

            Le journal, après un bref examen, était tout rempli de ces mêmes pensées. Le capitaine semblait éternellement malheureux, il n’y avait pas un jour où un événement soit venu le distraire de sa fatale mélancolie. Il y avait parfois, jetés là comme pour s’en souvenir, des bribes de textes ou de poèmes, dont un, à la dernière page, en français, que je me mis à lire :

 « Il s’est trouvé parfois, comme pour faire voir
 Que du bonheur en nous est encore le pouvoir
 Deux âmes, s’élevant sur les plaines du monde
 Toujours l’une pour l’autre existence féconde,
 Puissantes à sentir avec un feu pareil
 Double et brûlant rayon né d’un même soleil
 Semblables dans leur vol aux deux ailes d’un ange,
Ou, tels que des nuits les jumeaux radieux
D’un fraternel éclat illumine les cieux.
Si l’homme a séparé leur Ardeur mutuelle,
C’est alors que l’on voit et rapide et fidèle
Chacune, de la foule écartant l’épaisseur,
Traverser l’univers et voler à sa sœur. »

            Au dessous de ce poème, que je reconnaissais être un extrait du recueil de poésie de Vigny joint avec le manuscrit, était inscrit ce passage, tâché par les larmes : « Ce poème aurait pu être ton préféré, ma douce Lisa, comme il fait partie des miens. Tu étais cet ange pour moi. Mais ce n’est pas l’homme qui nous a séparés, ce sont  la mort et la malédiction ; et, malgré tous mes efforts, jamais je ne pourrai te rejoindre, car je t’ai perdue pour toujours… »

            Je m’installai confortablement dans le voltaire, et commençai de reprendre le journal depuis le début, mais je ne trouvai pas une seule explication au sujet de ce que le capitaine Sellington appelait « la Malédiction ». Au fur et à mesure des pages, je m’attachais à ce capitaine, apprenait à le connaître. Je ne comprenais pas ce qui était arrivé à l’équipage du navire « La Plume », si ce n’est que son capitaine semblait s’accuser sans cesse d’être à l’origine d’un malheur extrême. A la fin du journal, je trouvai un marque- page orné d’un ruban d’où pendait un anneau doré. Je supposai que celui-ci était celui du capitaine, ou de sa défunte femme. Je ne pus m’empêcher de le détacher, et de le passer à mon doigt. Il m’alla parfaitement. Sur le marque-page cartonné était inscrit une nouvelle fois l’extrait du poème, le seul morceau de tout ce journal qui ait une note d’espoir. J’eus envie, le trouvant beau, de le répéter à haute voix et d’en faire résonner les vers au milieu de ces livres muets depuis trop d’années.

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20 janvier 2006